24 novembre 2008
20 novembre 2008
Rütli Wear ou le streetwear made in Neukölln

Le nom de Rütli ne vous évoque sûrement rien, mais sachez qu'il s'agit de l'école la plus célèbre d'Allemagne. Un nom chargé malgré lui de symboles et de préjugés, qui pourrait être brandi comme l'étendard des difficultés d'intégration en Allemagne. Car si l'Allemagne n'a pas eu sa "crise des banlieues" en 2005, elle a eu son "épisode Rütli" en 2006.
A l'occasion du Fashion Weekend de Neukölln dont nous vous parlions il y a quelques semaines, nous avons découvert une curieuse ligne de vêtements à l'effigie de la Rütli Schule. A l'instar des grandes universités Américaines, Stanford ou Berkeley, l'école Rütli de Neukölln a depuis deux ans sa propre ligne de vêtements streetwear corporate. Nous avons rencontré Matthias, l'un des fondateurs de ce label, qui s'avère être davantage une action sociale et culturelle qu'un simple projet de design de mode. Il nous en a appris un peu plus sur la longue histoire de cette école, le déferlement médiatique qu'elle a subi puis le déferlement créatif qui a cherché à redorer son image, Rütli Wear en tête.
La célèbre histoire de Rütli Schule
L'école Rütli a gagné sa réputation un jour de 2006, lorsqu'une enseignante de l'école a décidé d'écrire une lettre ouverte au Sénat de Berlin pour se plaindre de la difficulté d'enseigner dans cette école. Cette lettre a d'abord lancé le débat sur le système éducatif allemand, au niveau du secondaire. Il existe trois sortes de collèges-lycées en Allemagne: les Gymnasium, où sont rassemblés les meilleurs élèves, destinés à passer le bac et à poursuivre de longues études, les Realschulen, où sont regroupés les élèves à qui l'on apprend un métier, et enfin les Hauptschulen, où sont parqués tous les autres, en situation d'échec scolaire et souvent de détresse sociale. La Rütli Schule est une Hauptschule...
Mais plus qu'une polémique sur le système éducatif allemand, cette lettre a mis le feu aux poudres sur un sujet aussi sensible en Allemagne qu'en France: l'immigration et "l'intégration". Il faut savoir que Neukölln est le quartier Multi Kulti par excellence, et qu'à la Rütli Schule, 83% des élèves sont "issus de l'immigration". Ce que dénonçait l'enseignante dans sa lettre, c'était l'impossibilité d'enseigner quoi que ce soit à des élèves dans un climet de terreur, de violence, de vandalisme et de racisme. En quelque jour, l'histoire a fait le tour des rédactions allemandes, qui y ont vu un parfait marronier et se sont précipités à la Rütli Schule.
"Ce que voulaient dire cette enseignante, c'est que ces élèves n'avaient aucun avenir. Et les médias ont débarqué à l'école en se disant "attention, ce sont de vrais terroristes"... Tous les journaux allemands, et même des médias européens sont venus, ont filmé, pris des photos... Et ils ont même payé des élèves pour qu'ils fassent des choses bizarres. Tiens, je te donnes des cigarettes et tu balances cette poubelle...", nous raconte Matthias, l'un des fondateurs de Rütli Wear. Certains journalistes auraient même directement fourni les cailloux que les élèves étaient censés jeter moyennant rémunération. Pendant plusieurs semaines, la Rütli Schule a occupé le devant de la scène, décrite partout comme "Gewaltschule" ou "Terrorschule" (l'école de la violence et de la terreur). Puis les choses se sont calmé. Les médias ont commencé à prendre du recul et à analyser ce monstre médiatique qu'ils avaient crée. Et les autorités de Neukölln ont pris les choses en mains.
"Rütli était devenue l'école la plus célèbre d'Allemagne, tout le monde connaissait ce nom. Les politiques devaient agir parce que ce n'était pas bon pour eux que Neukölln apparaisse dans les médias comme un ghetto. Peu à peu, plein de projets comme le nôtre ont commencé à émerger. Tout le monde voulait faire quelque chose avec cette école. Finalement, elle a eu de la chance dans son malheur..."
Motifs designés par les élèves pour la collection N.1 de Rütli Wear
La création de Rütli Wear
Le projet est né pendant ces événements. Les trois fondateurs, tout juste sortis de leurs études de sociologie, ont eu cette idée dans un bar en buvant des bières, comme c'est souvent le cas: "On s'est dit qu'il n'était pas normal que les élèves se voient coller cette image et qu'ils endossent la responsabilité de tout ce qui ne va pas dans le système éducatif allemand. On voulait faire quelque chose. On a d'abord décidé d'imprimer des t-shirts avec le nom de Rütli, juste pour provoquer un peu. Le jour du 1er Mai, la manifestation qui a lieu tous les ans s'est dirigé tout droit vers l'école. Et là, on a commencé à distribuer nos t-shirst dans la foule. Vu la réaction des gens, on s'est dit que ça pourrait être intéressant de faire quelque chose avec ça. Tout le monde venait nous voir, nous poser des questions, nous dire que c'était cool... On a décidé d'aller parler au directeur de l'école, pour lui expliquer qu'on avait un projet, que les élèves pourraient créer leur propre design pour dire "c'est ça notre vie, pas ce qu'on montre dans les médias". Au début, il était plutôt réticent. Beaucoup de gens venaient le voir pour lui proposer des projets en rapport avec l'école, parce que Rütli était médiatique et que ça pouvait rapporter de l'argent... Le directeur était distant avec tous ces projets. On est revenu plusieurs fois, on a continué à lui parler de notre projet, je crois qu'on était assez agaçants en fait... Et puis il a finit par dire oui. Il nous a donné trois classes pour essayer. Chaque classe vient une journée par semaine à l'atelier."
Motifs designés par les élèves pour la collection N.2
Cet atelier, situé dans la Pflügerstrasse, ils l'ont ouvert avec un couple de Polonais et un Français. Ils y impriment leurs vêtements, ont crée un petit bar ouvert aux habitants du quartier et peuvent le louer pour une journée ou plus pour des projets d'impression. Depuis deux ans et demi, l'aventure Rütli Wear continue avec les élèves de l'école, âgés de 15 à 18 ans. Mais qui fait quoi exactement? Et comment se passent les relations avec ces ados?
"Les élèvent créent le design et les motifs. On est trois à travailler principalement sur le projet. L'un d'entre nous est designer, l'autre est éducatrice. Ils s'occupent des cours avec les élèves et développent différentes techniques créatives, comme leur donner deux minutes pour peindre un truc qui leur évoque Neukölln, ou bien les faire prendre des photos dans le quartier et les faire travailler à partir de ça. Et puis on leur apprend les techniques d'impression mais pour l'instant, ils ne le font pas eux-mêmes. Pour eux, c'est une bonne opportunité. Au début ils se demandaient ce qu'on leur voulait... Puis ils sont venus plusieurs fois, ils ont compris qu'ils pouvaient apprendre des choses et que c'était plus drôle que l'école! Des journaux sont venus les interviewer plusieurs fois, ils étaient super fiers. En général, on essaie de se mettre un peu en retrait et de les laisser sur le devant de la scène. Ils sont super fiers de leurs t-shirts. Et maintenant, ils sont fiers de leur école."
Nous nous sommes demandés comment les fondateurs du projet voyaient l'évolution actuelle du Reuterkiez, où est basé leur atelier. Quand ils ont commencé il y a deux ans et demi, il était bien loin du quartier branché qu'il est aujourd'hui, avec ses multiples bars et galeries d'art.
"Le Reuterkiez est un quartier spécial. Jusqu'ici, ce qui s'y passe est vraiment intéressant. Mais j'espère que ça n'ira pas trop loin dans la gentrification, comme Prenzlauer Berg. Il y a deux ans, il n'y avait qu'un ou deux bars. Aujourd'hui il y en a 40, ça se développe très vite! La situation actuelle est parfaite, j'espère que ça n'ira pas trop loin..."
Et l'avenir de Rütli Wear?
"L'idée maintenant, c'est de travailler avec d'autres écoles et institutions sociales et culturelles. On a déjà commencé avec le Kindergarten de la Reuterplatz. On veut que les gens développent leur propre design, leur propre ligne de vêtements, et nous, on s'occupe de les vendre et de faire de la pub..."
Motifs de la collection Kioskids
Si leurs ventes ont un peu baissé une fois que la tempête médiatique autour de l'école s'est calmée, ils ont remarqué que chaque fois que quelque chose se passe dans l'actualité, en rapport avec la délinquence juvénile, les ventes de Rütli Wear augmentent. Pour être prêt à acheter votre sweat Rütli à la prochaine échauffourée, rendez-vous sur leur shop online ou dans l'un de ces magasins:
* Croissanterie, Pannierstrasse 56
* SDW-Neukölln, l'atelier de Rütli Wear, Pflügerstrasse 11
* Hainweh, Gärtnerstrasse 17
* Ausberlin, Karl-Liebknecht-Strasse 17
La célèbre histoire de Rütli Schule
L'école Rütli a gagné sa réputation un jour de 2006, lorsqu'une enseignante de l'école a décidé d'écrire une lettre ouverte au Sénat de Berlin pour se plaindre de la difficulté d'enseigner dans cette école. Cette lettre a d'abord lancé le débat sur le système éducatif allemand, au niveau du secondaire. Il existe trois sortes de collèges-lycées en Allemagne: les Gymnasium, où sont rassemblés les meilleurs élèves, destinés à passer le bac et à poursuivre de longues études, les Realschulen, où sont regroupés les élèves à qui l'on apprend un métier, et enfin les Hauptschulen, où sont parqués tous les autres, en situation d'échec scolaire et souvent de détresse sociale. La Rütli Schule est une Hauptschule...
Mais plus qu'une polémique sur le système éducatif allemand, cette lettre a mis le feu aux poudres sur un sujet aussi sensible en Allemagne qu'en France: l'immigration et "l'intégration". Il faut savoir que Neukölln est le quartier Multi Kulti par excellence, et qu'à la Rütli Schule, 83% des élèves sont "issus de l'immigration". Ce que dénonçait l'enseignante dans sa lettre, c'était l'impossibilité d'enseigner quoi que ce soit à des élèves dans un climet de terreur, de violence, de vandalisme et de racisme. En quelque jour, l'histoire a fait le tour des rédactions allemandes, qui y ont vu un parfait marronier et se sont précipités à la Rütli Schule.
"Ce que voulaient dire cette enseignante, c'est que ces élèves n'avaient aucun avenir. Et les médias ont débarqué à l'école en se disant "attention, ce sont de vrais terroristes"... Tous les journaux allemands, et même des médias européens sont venus, ont filmé, pris des photos... Et ils ont même payé des élèves pour qu'ils fassent des choses bizarres. Tiens, je te donnes des cigarettes et tu balances cette poubelle...", nous raconte Matthias, l'un des fondateurs de Rütli Wear. Certains journalistes auraient même directement fourni les cailloux que les élèves étaient censés jeter moyennant rémunération. Pendant plusieurs semaines, la Rütli Schule a occupé le devant de la scène, décrite partout comme "Gewaltschule" ou "Terrorschule" (l'école de la violence et de la terreur). Puis les choses se sont calmé. Les médias ont commencé à prendre du recul et à analyser ce monstre médiatique qu'ils avaient crée. Et les autorités de Neukölln ont pris les choses en mains.
"Rütli était devenue l'école la plus célèbre d'Allemagne, tout le monde connaissait ce nom. Les politiques devaient agir parce que ce n'était pas bon pour eux que Neukölln apparaisse dans les médias comme un ghetto. Peu à peu, plein de projets comme le nôtre ont commencé à émerger. Tout le monde voulait faire quelque chose avec cette école. Finalement, elle a eu de la chance dans son malheur..."
La création de Rütli Wear
Le projet est né pendant ces événements. Les trois fondateurs, tout juste sortis de leurs études de sociologie, ont eu cette idée dans un bar en buvant des bières, comme c'est souvent le cas: "On s'est dit qu'il n'était pas normal que les élèves se voient coller cette image et qu'ils endossent la responsabilité de tout ce qui ne va pas dans le système éducatif allemand. On voulait faire quelque chose. On a d'abord décidé d'imprimer des t-shirts avec le nom de Rütli, juste pour provoquer un peu. Le jour du 1er Mai, la manifestation qui a lieu tous les ans s'est dirigé tout droit vers l'école. Et là, on a commencé à distribuer nos t-shirst dans la foule. Vu la réaction des gens, on s'est dit que ça pourrait être intéressant de faire quelque chose avec ça. Tout le monde venait nous voir, nous poser des questions, nous dire que c'était cool... On a décidé d'aller parler au directeur de l'école, pour lui expliquer qu'on avait un projet, que les élèves pourraient créer leur propre design pour dire "c'est ça notre vie, pas ce qu'on montre dans les médias". Au début, il était plutôt réticent. Beaucoup de gens venaient le voir pour lui proposer des projets en rapport avec l'école, parce que Rütli était médiatique et que ça pouvait rapporter de l'argent... Le directeur était distant avec tous ces projets. On est revenu plusieurs fois, on a continué à lui parler de notre projet, je crois qu'on était assez agaçants en fait... Et puis il a finit par dire oui. Il nous a donné trois classes pour essayer. Chaque classe vient une journée par semaine à l'atelier."
Cet atelier, situé dans la Pflügerstrasse, ils l'ont ouvert avec un couple de Polonais et un Français. Ils y impriment leurs vêtements, ont crée un petit bar ouvert aux habitants du quartier et peuvent le louer pour une journée ou plus pour des projets d'impression. Depuis deux ans et demi, l'aventure Rütli Wear continue avec les élèves de l'école, âgés de 15 à 18 ans. Mais qui fait quoi exactement? Et comment se passent les relations avec ces ados?
"Les élèvent créent le design et les motifs. On est trois à travailler principalement sur le projet. L'un d'entre nous est designer, l'autre est éducatrice. Ils s'occupent des cours avec les élèves et développent différentes techniques créatives, comme leur donner deux minutes pour peindre un truc qui leur évoque Neukölln, ou bien les faire prendre des photos dans le quartier et les faire travailler à partir de ça. Et puis on leur apprend les techniques d'impression mais pour l'instant, ils ne le font pas eux-mêmes. Pour eux, c'est une bonne opportunité. Au début ils se demandaient ce qu'on leur voulait... Puis ils sont venus plusieurs fois, ils ont compris qu'ils pouvaient apprendre des choses et que c'était plus drôle que l'école! Des journaux sont venus les interviewer plusieurs fois, ils étaient super fiers. En général, on essaie de se mettre un peu en retrait et de les laisser sur le devant de la scène. Ils sont super fiers de leurs t-shirts. Et maintenant, ils sont fiers de leur école."
Nous nous sommes demandés comment les fondateurs du projet voyaient l'évolution actuelle du Reuterkiez, où est basé leur atelier. Quand ils ont commencé il y a deux ans et demi, il était bien loin du quartier branché qu'il est aujourd'hui, avec ses multiples bars et galeries d'art.
"Le Reuterkiez est un quartier spécial. Jusqu'ici, ce qui s'y passe est vraiment intéressant. Mais j'espère que ça n'ira pas trop loin dans la gentrification, comme Prenzlauer Berg. Il y a deux ans, il n'y avait qu'un ou deux bars. Aujourd'hui il y en a 40, ça se développe très vite! La situation actuelle est parfaite, j'espère que ça n'ira pas trop loin..."
Et l'avenir de Rütli Wear?
"L'idée maintenant, c'est de travailler avec d'autres écoles et institutions sociales et culturelles. On a déjà commencé avec le Kindergarten de la Reuterplatz. On veut que les gens développent leur propre design, leur propre ligne de vêtements, et nous, on s'occupe de les vendre et de faire de la pub..."
Si leurs ventes ont un peu baissé une fois que la tempête médiatique autour de l'école s'est calmée, ils ont remarqué que chaque fois que quelque chose se passe dans l'actualité, en rapport avec la délinquence juvénile, les ventes de Rütli Wear augmentent. Pour être prêt à acheter votre sweat Rütli à la prochaine échauffourée, rendez-vous sur leur shop online ou dans l'un de ces magasins:
* Croissanterie, Pannierstrasse 56
* SDW-Neukölln, l'atelier de Rütli Wear, Pflügerstrasse 11
* Hainweh, Gärtnerstrasse 17
* Ausberlin, Karl-Liebknecht-Strasse 17
Libellés :
Rencontres,
Shopping
17 novembre 2008
Bowie et Berlin

"I'm fascinated by Berlin because of the friction. I've written songs in all the Western capitals, and I've always got to stage where there isn't any friction between a city and me. That became nostalgic, vaguely decadent, and I left for another city. At the moment I'm incapable of composing in Los Angeles, New York or in London or Paris. There's something missing. Berlin has the strange ability to make you write only the important things - anything else you don't mention, you remain silent, and write nothing... and in the end you produce Low."
Ces propos sont extraits d'une interview accordée par David Bowie au magazine Rock & Folk à la fin des années 70. Et s'il est un musicien emblématique de Berlin et de cette "friction", c'est bien David Bowie, qui y a vécu pendant près de trois ans, de 1976 à 1979. Le temps de composer trois de ses meilleurs albums et un titre qui pourrait être l'hymne de cette ville: Heroes. Sa vision de Berlin ressemble étrangement à celle que décrivent les protagonistes de Berlin Song, documentaire sur la scène musicale de Kreuzberg sorti en septembre dernier. L'un des musiciens, le Suédois Einar Stenseng, raconte d'ailleurs que la première chose qu'il a faite en arrivant à Berlin a été de se rendre à Schöneberg, Hauptstrasse 155, pour voir l'appartement où a vécu Bowie pendant ces trois ans, en compagnie d'un certain Iggy Pop. Et regardez comme ils ont l'air vif, sain et heureux:
Ces propos sont extraits d'une interview accordée par David Bowie au magazine Rock & Folk à la fin des années 70. Et s'il est un musicien emblématique de Berlin et de cette "friction", c'est bien David Bowie, qui y a vécu pendant près de trois ans, de 1976 à 1979. Le temps de composer trois de ses meilleurs albums et un titre qui pourrait être l'hymne de cette ville: Heroes. Sa vision de Berlin ressemble étrangement à celle que décrivent les protagonistes de Berlin Song, documentaire sur la scène musicale de Kreuzberg sorti en septembre dernier. L'un des musiciens, le Suédois Einar Stenseng, raconte d'ailleurs que la première chose qu'il a faite en arrivant à Berlin a été de se rendre à Schöneberg, Hauptstrasse 155, pour voir l'appartement où a vécu Bowie pendant ces trois ans, en compagnie d'un certain Iggy Pop. Et regardez comme ils ont l'air vif, sain et heureux:

Mais reprenons depuis le début. Au milieu des années 70, David Bowie est au bord de la rupture, physique et nerveuse, et a désespérément besoin d'un changement salvateur. Pour tourner définitivement la page Glam Rock, il décide de délaisser son costume de Ziggy Stardust et choisit Berlin pour incarner cette métamorphose. Ici, Bowie peut vivre et composer en toute quiétude, laissant derrière lui l'hystérie collective provoquée par ses précédents succès. "A cette époque, Berlin m'apparaissait comme une sorte de sanctuaire. C'était l'une des rares villes où je pouvais me déplacer dans l'anonymat le plus total. Les Berlinois s'en foutait complètement. Et puis j'étais fauché, la vie ici n'était pas chère..." (Interview au magazine UNCUT en 1999). Et pour parfaire cet anonymat, il se laisse pousser la moustache...
Cette "période berlinoise" fut un savant mélange de débauche et de créativité. Pour pallier la disparition de Ziggy, les médias y trouvèrent de quoi réalimenter le mythe. La consommation effrénée de drogues et d'alcool a conduit Bowie au bord de la schizophrénie, le poussant à cacher son urine de peur que des esprits maléfiques ne s'en emparent. Il aurait également tenu des propos douteux sur le Nazisme à l'époque et serait venu à Berlin en raison de son passé militaire. Si ces affirmations sont difficiles à croire, l'interview accordée à Playboy en 1976 ne laisse aucun doute sur le fait qu'il ait qualifié Hitler de rock star.
Si on laisse de côté le folklore médiatique qu'ont suscité ces trois ans à Berlin, il reste trois albums: Low, Heroes et Lodger. "C'est à Berlin que j'ai retrouvé la sensation de plaisir. C'est une ville huit fois plus grande que Paris, où il est si facile de se perdre et en même temps de se trouver." (Interview au magazine UNCUT). Ces trois albums sont fortement marqués par la présence de Brian Eno, qui participe à leur production. Mais surtout, ils portent l'empreinte de Berlin, particulièrement Heroes, le plus berlinois de tous. Le morceau éponyme sera d'ailleurs le titre phare de la BO du film Wir Kinder vom Bahnhof Zoo, relatant l'histoire de Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée, et fan de Bowie.

I can remember / Standing by the Wall /And the guards / Shout about our heads / And we kissed / For ever and ever / Then we can be heroes / Just for one day
L'album Heroes comprend également le fameux titre Neuköln (avec un seul l), morceau instrumental magnifique décrit par le NME comme "A piece of mood: la Guerre Froide dans une bulle de sang".
Si, comme les Lapins Techno, vous voulez partir en pélerinage sur les traces de David Bowie et découvrir des endroits où vous n'auriez probablement jamais mis les pieds, voici quelques suggestions:
* L'appartement où habitaient David Bowie et Iggy Pop à Schöneberg. Malgré l'émotion, on ne peut s'empêcher d'être légèrement déçus: pas de musée commémoratifs? Même pas une petite plaque en or pour signaler sa présence en ces lieux? Ben non. Mais quand même...
Hauptstrasse 155
U7 Kleistpark
* Le Hansa Tonstudio (à l'époque Hansa by Wall Studios). Le studio où Bowie a enregistré une partie de Low et Heroes était situé au bord du mur, dans le No Man's Land non loin de Potsdamer Platz.
Köthenerstrasse 38
U2 Mendelssohn-Bartholdy-Park
* Paris Bar
Aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est dans ce très chic restaurant de Charlottenburg que David Bowie et Iggy Pop venaient se remplir la panse et le gosier dès qu'ils avaient un peu d'argent à dépenser. Il fut également le théâtre d'une interview légendaire au magazine Rolling Stones.
Kantstrasse 152
S Savigny Platz

* SO36
Le club punk mythique de Kreuzberg, célèbre pour sa programmation pour le moins éclectique (soirées gay orientales, bingo, punk lesbien ou café Fatal) a vu passer David Bowie sur ses planches plus d'une fois à l'époque où il habitait Berlin.
Oraninstrasse 190
U1 Kottbusser Tor
Le Fritz Musictour propose tous les samedis et dimanches des visites guidées de la scène musicale de Berlin pour 19 €, avec visite du Hansa Studio sur demande et de nombreuses anecdotes sur Bowie.
Pour un savoir encore plus, on peut aussi acheter le livre de Tobias Rüther, "Helden - David Bowie und Berlin" (19,90 €), tout juste sorti en librairie (en Allemand...).
Libellés :
Le son du mur
13 novembre 2008
Libellés :
Lapins Techno Gallery
12 novembre 2008
Le mois européen de la photographie à Berlin
Le mois de la photo, crée à Paris en 1980, a fait des petits un peu partout en Europe. Depuis 2004, plusieurs capitales, dont Berlin, se sont associées pour donner à cet événement une portée europénne. Ce sont donc plus de 130 musées, galeries et institutions berlinois qui participent à l'événement cette année sous le mot d'ordre "noch nie gesehen" (jamais vu encore). L'occasion de découvrir oeuvres inédites, trésors cachés et autres archives exhumées. En voici une petite sélection (le programme complet et toutes les informations pratiques):
* La collection de photographies d'Agnes b. est présentée pour la première fois hors de France. Elle comprend notamment des oeuvres de Nan Goldin, Diane Arbus et Robert Mapplethorpe, rien que ca...Du 11 octobre au 7 décembre
C/O Berlin. International Forum For Visual Dialogues
Oranienburger Str. / Tucholskystr.
Entrée: 7 € (5 € TR)
* La Galerie Berinson offre l'occasion de découvrir le travail passionnant du photographe Hongrois André Kertész, ou, pour ceux qui connaissent déjà, de découvrir 64 pièces inédites.Du 18 octobre au 20 décembre
Galerie Berinson
Lindenstraße 34
* Cette photo que l'on voit un peu partout dans Berlin est l'affiche de la rétrospective Richard Avedon au Martin Gropius Bau. Un demi-siècle retracé à travers plus de 200 photographies, portraits de stars, photos de mode et photo-reportages (notamment une série sur le Nouvel An à Berlin en 1989).Du 19 octobre au 19 janvier
Martin-Gropius-Bau
Niederkirchnerstr. 7
Entrée: 8 € (6 € TR)
* À la fin de la seconde guerre mondiale, un photographe inconnu du nom de Tiedemann fut chargé de dresser un panorama en instantannés de la ville par les autorités de Berlin Est. Ces archives dressent un fascinant portrait de Berlin, année Zéro.
Du 19 octobre au 19 janvier
Berlinische Galerie
Alte Jakobstraße 124-128
Entrée: 6 € (3 € TR)
* Le Bauhaus Archiv présente une collection de photographies rapportées par Walter Gropius en 1928 d'un voyage d'étude aux Etats-Unis.Du 19 novembre au 2 février
Bauhaus-Archiv / Museum für Gestaltung
Klingelhöferstr. 14
Entrée: 6/7 €
Libellés :
Kultur und Konfitur
Inscription à :
Messages (Atom)
