Icon club: Le Paris Paris à Berlin Berlin

Photographie: Shunzan
Vous avez sûrement remarqué le nombre croissant de soirées dédiées à l’Electronique française dans la capitale allemande. Les DJ Mehdi, Kavinsky, Yuksek, Brodinski, Vicarious Bliss, et autres Busy P. viennent maintenant régulièrement s’essayer aux folles soirées berlinoises. Il y a quelques mois de ça, assister à un DJ set des chefs de file de la French Touch 2.0 relevait du miracle ou d’une surveillance monomaniaque de leurs pages myspace. Dans une ville où la techno minimale règne en maître depuis des années, s’essayer au son fluo made in France n’était pas chose aisée. Derrière ce regain d’intérêt pour l’Electro française à Berlin, on trouve un club, le Icon, et ses deux fondateurs, Lars Döring et Pamela Schobess. Nous les avons rencontrés dans leurs bureaux de Kreuzberg (une ancienne station d’épuration du côté de Mortizplatz, cinq entrées et des couloirs gigantesques) pour en un savoir un peu plus sur ce club francophile…  

Les Lapins Techno : La première question qui nous vient à l’esprit c’est pourquoi vos locaux sont-ils à Kreuzberg alors que le club se trouve à Prenzlauer Berg ?
Lars Döring: En fait, on habite à Kreuzberg. Pendant très longtemps nos bureaux étaient à Prenzlauer Berg mais on perdait bien une heure par jour à faire l’aller-retour donc on a fini par installer nos bureaux à Kreuzberg. L’essentiel de notre travail se fait au bureau, pas au club !
Pamela Schobess : La plus grosse part du boulot quand on travaille dans un club, c’est de s’asseoir devant un bureau et d’écrire des mails…

LLT : Combien de gens travaillent pour le Icon ?
LD : Seulement nous deux.
PS : Bien sûr nous engageons des graphistes, des gens pour travailler dans le club, mais nous faisons tout le reste, la programmation, la promotion… Personne ne fait le booking pour nous. Je suis sûr que certains propriétaires de clubs ne savent même pas qui jouent dans leur club. Ça, ça ne nous arrivera jamais.
LD : On accueille les artistes à l’aéroport, on les emmène au resto, on s’occupe d’eux…

LLT : Quel est votre background ?
LD : J’ai ouvert mon premier club quand j’avais 19 ans. J’ai commencé comme DJ. C’était difficile d’avoir des dates, donc je me suis dit qu’il fallait créer mon club.
PS : Moi je viens d’un autre monde, la banque, je travaille avec les chiffres, ce qui est plutôt bien pour un club. Et j’ai étudié la communication et la production audiovisuelle.

LLT : Quand et comment avez-vous commencé l’aventure Icon?
PS : La première soirée qu’on a organisée, c’était en… 1996, mais pas dans les locaux du Icon. Ensuite, il ne s’est rien passé pendant plusieurs mois et puis on a vraiment commencé en tant que club en 1997.

LLT : Quel genre de musique jouiez-vous à cette époque ?
LD : On a commencé avec des DJs berlinois, allemands et anglais. A l’époque, on jouait pas mal de Hip Hop, de Reggae et de Drum’n bass. Mais ce qui nous anime, c’est la découverte de nouvelles musiques. Nous avions deux priorités : programmer ce que nous aimons et que la musique soit de qualité.

LLT : Si on compare votre programmation à celle d’autres gros clubs berlinois comme le Panorama, le Trésor ou le Watergate, vous vous différenciez par une programmation très francophile et particulièrement axée sur la « French Touch 2.0 » (Ed Banger, Institubes, Record makers…). Que pensez-vous de cette nouvelle vague d’Electro française ?
PS : Pour nous, c’est vraiment la meilleure musique du moment. C’est la musique qui offre les meilleures sensations sur un dancefloor, celle qui fait le plus bouger. On pense que cette musique va prévaloir ces deux prochaines années. Le genre est loin d’être épuisé, il y a encore de nouvelles choses, c’est frais, et il y a encore tellement de gens qui ne connaissent pas. Ils commencent seulement à s’y intéresser et ils trouvent ça vraiment cool…

LLT : Et à Berlin plus qu’ailleurs…Berlin est vraiment le homeland de la minimale, tout l’inverse du son Ed Banger.
PS : On ne cherche pas à programmer de la musique qui fait l’unanimité. Par exemple, depuis le début de la Drum’n’Bass, il y a des gens pour dire que la Drum’n’Bass est morte. Nous, on continue d’organiser des soirées Drum’n’Bass, des soirées Reggae… On travaille avec certains DJs depuis plus de douze ans… Quand on commence à programmer un genre de musique, ce n’est pas pour deux semaines…

LLT : Quelle est votre relation avec ces labels Français avec qui vous travaillez. Vous avez un artiste Ed Banger toute les deux semaines ou presque…
LD & PS : Une fois par mois !
PS : Nous les programmons parce que nous adorons leur musique. Ca n’a rien à voir avec le business. Nous voulons un contact avec les gens avec qui nous travaillons. Par exemple, nous sommes très amis avec Vicarious Bliss, il a joué plusieurs fois chez nous, il a des amis à Berlin et il est vraiment très cool. Il est très facile de devenir proche de ces artistes, surtout ceux d’Ed Banger parce qu’ils sont très ouverts et intéressés par beaucoup de choses.

LLT : Le Icon a sûrement été le premier club de Berlin à programmer ce genre de musique. Quand est-ce que ça a commencé ?
LD : La première grosse fois, c’était avec Sebastian en 2007, c’était génial.

LLT : Prenzlauer Berg est peut-être un des quartiers de Berlin qui ressemble le plus aux quartiers branchés de Paris ou de Londres. Pourquoi avoir choisi ce quartier ?
PS : Dans les années 90, il y avait beaucoup d’espaces disponibles. Et Prenzlauer Berg est un quartier où vivent beaucoup de jeunes. Bien sûr, Kreuzberg est un quartier cool, mais on ne va pas déménager à chaque fois qu’un quartier est à la mode. C’est un phénomène très berlinois de déménager d’un quartier à l’autre. Si un journal dit qu’un quartier est cool, tous les « New Berliners » vont y emménager, ils détruisent tout, et puis ils déménagent dans un autre quartier…

LLT : Justement, que pensez-vous de ces jeunes Français, Anglais, Italiens, Espagnols, qui viennent habiter à Berlin ?
PS : C’est bien. C’est mieux que lorsque ce sont des Allemands. On n’a rien contre les Allemands mais très souvent, ce sont des jeunes Allemands de l’Ouest qui viennent étudier à Berlin parce que c’est cool, ils dépensent l’argent de leurs parents, ils n’ont pas besoin de travailler… Le problème c’est qu’ils prennent mais qu’ils ne donnent rien. Alors que les étrangers qui viennent à Berlin se débrouillent tout seuls la plupart du temps. Ce n’est pas facile de quitter son pays pour emménager en Allemagne, c’est un gros changement de vie. Du coup, ce sont souvent des gens ouverts, capables d’assumer leurs responsabilités.

LLT : Quand on arrive à Berlin, la première chose qu’on entend c’est que c’était mieux avant, il y a 10 ans… Vous partagez ce sentiment ?
LD : D’un côté, c’est toujours vrai, c’était toujours mieux avant ! Mais il faut vivre avec son temps et tous les changements ont des bons côtés. Et en comparaison d’autres grosses villes artistiques, Berlin est toujours aussi cool…
PS : Bien sûr c’est différent, surtout pour les clubs. C’est beaucoup plus dur aujourd’hui. On est plus surveillés, la police fonctionne différemment.

LLT : C’est plus difficile de gérer un club ?
PS : C’est surtout difficile d’en ouvrir un. C’est toujours possible mais il faut oublier les clubs clandestins. La police débarque devant votre porte en un instant. Finalement, c’est plutôt bien pour les clubs “officiels” comme le nôtre parce qu’on doit payer les taxes, le loyer, les artistes, les assurances… Il y a tellement de choses à payer quand on est un club “officiel”, alors que les clubs clandestins peuvent se permettre d’être moins chers. C’est un critère qui compte, surtout aujourd’hui, quand plus personne n’a d’argent.

LLT : Le Icon a-t-il déjà été un club clandestin ?
PS : Au début oui. Il fallait bien commencer, on n’avait pas d’argent, on ne pouvait pas ouvrir avec un papier en main. Il y avait énormément de clubs clandestins à l’époque et la scène musicale était différente, plus colorée.

LLT : Et aujourd’hui que pensez-vous de la scène musicale berlinoise ? Il y a beaucoup d’artistes, de groupes, de musiciens qui emménagent à Berlin, des gens qui aujourd’hui disent : je vis à Berlin donc je suis un artiste…
LD : Oui c’est toujours le problème, la qualité ne dépend pas du nombre d’artistes… Il y a toujours de bons artistes à Berlin. Berlin est toujours focalisée sur la techno et la minimale, toujours… Mais ça va changer et ça a déjà commencé à changer. Dans les prochaines années, il devrait y avoir plus de gens avec l’esprit plus ouvert qui ne veulent pas seulement écouter ou faire de la minimale.

LLT : Vous programmez principalement des DJs, avez-vous l’intention de programmer de la musique live, c’est ce qui plait en ce moment…
LD : Nous le faisons déjà, mais dans des lieux plus grands, Lido ou Maria.
PS : On ne peut pas le faire dans notre club, nous avons seulement une petite scène…
LD : Dans les cinq prochaines années, on devrait s’investir plus dans ce type d’événement. Mais de notre point de vue, même avec un laptop ou des platines, on peut parler de live. Tout dépend du DJ. Certains donnent vraiment tout et savent électriser la foule.

Icon Club
www.iconberlin.de
Cantianstr. 15
U2 Eberswalderstr.


Par Yann Faure

Rütli Wear ou le streetwear made in Neukölln

Le nom de Rütli ne vous évoque sûrement rien, mais sachez qu’il s’agit de l’école la plus célèbre d’Allemagne. Un nom chargé malgré lui de symboles et de préjugés, qui pourrait être brandi comme l’étendard des difficultés d’intégration en Allemagne. Car si l’Allemagne n’a pas eu sa “crise des banlieues” en 2005, elle a eu son “épisode Rütli” en 2006.
A l’occasion du Fashion Weekend de Neukölln dont nous vous parlions il y a quelques semaines, nous avons découvert une curieuse ligne de vêtements à l’effigie de la Rütli Schule. A l’instar des grandes universités Américaines, Stanford ou Berkeley, l’école Rütli de Neukölln a depuis deux ans sa propre ligne de vêtements streetwear corporate. Nous avons rencontré Matthias, l’un des fondateurs de ce label, qui s’avère être davantage une action sociale et culturelle qu’un simple projet de design de mode. Il nous en a appris un peu plus sur la longue histoire de cette école, le déferlement médiatique qu’elle a subi puis le déferlement créatif qui a cherché à redorer son image, Rütli Wear en tête.

La célèbre histoire de Rütli Schule
L’école Rütli a gagné sa réputation un jour de 2006, lorsqu’une enseignante de l’école a décidé d’écrire une lettre ouverte au Sénat de Berlin pour se plaindre de la difficulté d’enseigner dans cette école. Cette lettre a d’abord lancé le débat sur le système éducatif allemand, au niveau du secondaire. Il existe trois sortes de collèges-lycées en Allemagne: les Gymnasium, où sont rassemblés les meilleurs élèves, destinés à passer le bac et à poursuivre de longues études, les Realschulen, où sont regroupés les élèves à qui l’on apprend un métier, et enfin les Hauptschulen, où sont parqués tous les autres, en situation d’échec scolaire et souvent de détresse sociale. La Rütli Schule est une Hauptschule…
Mais plus qu’une polémique sur le système éducatif allemand, cette lettre a mis le feu aux poudres sur un sujet aussi sensible en Allemagne qu’en France: l’immigration et “l’intégration”. Il faut savoir que Neukölln est le quartier Multi Kulti par excellence, et qu’à la Rütli Schule, 83% des élèves sont “issus de l’immigration”. Ce que dénonçait l’enseignante dans sa lettre, c’était l’impossibilité d’enseigner quoi que ce soit à des élèves dans un climet de terreur, de violence, de vandalisme et de racisme. En quelque jour, l’histoire a fait le tour des rédactions allemandes, qui y ont vu un parfait marronier et se sont précipités à la Rütli Schule.

“Ce que voulaient dire cette enseignante, c’est que ces élèves n’avaient aucun avenir. Et les médias ont débarqué à l’école en se disant “attention, ce sont de vrais terroristes”… Tous les journaux allemands, et même des médias européens sont venus, ont filmé, pris des photos… Et ils ont même payé des élèves pour qu’ils fassent des choses bizarres. Tiens, je te donnes des cigarettes et tu balances cette poubelle…”, nous raconte Matthias, l’un des fondateurs de Rütli Wear. Certains journalistes auraient même directement fourni les cailloux que les élèves étaient censés jeter moyennant rémunération. Pendant plusieurs semaines, la Rütli Schule a occupé le devant de la scène, décrite partout comme “Gewaltschule” ou “Terrorschule” (l’école de la violence et de la terreur). Puis les choses se sont calmé. Les médias ont commencé à prendre du recul et à analyser ce monstre médiatique qu’ils avaient crée. Et les autorités de Neukölln ont pris les choses en mains.
“Rütli était devenue l’école la plus célèbre d’Allemagne, tout le monde connaissait ce nom. Les politiques devaient agir parce que ce n’était pas bon pour eux que Neukölln apparaisse dans les médias comme un ghetto. Peu à peu, plein de projets comme le nôtre ont commencé à émerger. Tout le monde voulait faire quelque chose avec cette école. Finalement, elle a eu de la chance dans son malheur…”

Motifs designés par les élèves pour la collection N.1 de Rütli Wear

La création de Rütli Wear
Le projet est né pendant ces événements. Les trois fondateurs, tout juste sortis de leurs études de sociologie, ont eu cette idée dans un bar en buvant des bières, comme c’est souvent le cas: “On s’est dit qu’il n’était pas normal que les élèves se voient coller cette image et qu’ils endossent la responsabilité de tout ce qui ne va pas dans le système éducatif allemand. On voulait faire quelque chose. On a d’abord décidé d’imprimer des t-shirts avec le nom de Rütli, juste pour provoquer un peu. Le jour du 1er Mai, la manifestation qui a lieu tous les ans s’est dirigé tout droit vers l’école. Et là, on a commencé à distribuer nos t-shirst dans la foule. Vu la réaction des gens, on s’est dit que ça pourrait être intéressant de faire quelque chose avec ça. Tout le monde venait nous voir, nous poser des questions, nous dire que c’était cool… On a décidé d’aller parler au directeur de l’école, pour lui expliquer qu’on avait un projet, que les élèves pourraient créer leur propre design pour dire “c’est ça notre vie, pas ce qu’on montre dans les médias”. Au début, il était plutôt réticent. Beaucoup de gens venaient le voir pour lui proposer des projets en rapport avec l’école, parce que Rütli était médiatique et que ça pouvait rapporter de l’argent… Le directeur était distant avec tous ces projets. On est revenu plusieurs fois, on a continué à lui parler de notre projet, je crois qu’on était assez agaçants en fait… Et puis il a finit par dire oui. Il nous a donné trois classes pour essayer. Chaque classe vient une journée par semaine à l’atelier.”

Motifs designés par les élèves pour la collection N.2

Cet atelier, situé dans la Pflügerstrasse, ils l’ont ouvert avec un couple de Polonais et un Français. Ils y impriment leurs vêtements, ont crée un petit bar ouvert aux habitants du quartier et peuvent le louer pour une journée ou plus pour des projets d’impression. Depuis deux ans et demi, l’aventure Rütli Wear continue avec les élèves de l’école, âgés de 15 à 18 ans. Mais qui fait quoi exactement? Et comment se passent les relations avec ces ados?
“Les élèvent créent le design et les motifs. On est trois à travailler principalement sur le projet. L’un d’entre nous est designer, l’autre est éducatrice. Ils s’occupent des cours avec les élèves et développent différentes techniques créatives, comme leur donner deux minutes pour peindre un truc qui leur évoque Neukölln, ou bien les faire prendre des photos dans le quartier et les faire travailler à partir de ça. Et puis on leur apprend les techniques d’impression mais pour l’instant, ils ne le font pas eux-mêmes. Pour eux, c’est une bonne opportunité. Au début ils se demandaient ce qu’on leur voulait… Puis ils sont venus plusieurs fois, ils ont compris qu’ils pouvaient apprendre des choses et que c’était plus drôle que l’école! Des journaux sont venus les interviewer plusieurs fois, ils étaient super fiers. En général, on essaie de se mettre un peu en retrait et de les laisser sur le devant de la scène. Ils sont super fiers de leurs t-shirts. Et maintenant, ils sont fiers de leur école.”

Nous nous sommes demandés comment les fondateurs du projet voyaient l’évolution actuelle du Reuterkiez, où est basé leur atelier. Quand ils ont commencé il y a deux ans et demi, il était bien loin du quartier branché qu’il est aujourd’hui, avec ses multiples bars et galeries d’art.
“Le Reuterkiez est un quartier spécial. Jusqu’ici, ce qui s’y passe est vraiment intéressant. Mais j’espère que ça n’ira pas trop loin dans la gentrification, comme Prenzlauer Berg. Il y a deux ans, il n’y avait qu’un ou deux bars. Aujourd’hui il y en a 40, ça se développe très vite! La situation actuelle est parfaite, j’espère que ça n’ira pas trop loin…”
Et l’avenir de Rütli Wear?
“L’idée maintenant, c’est de travailler avec d’autres écoles et institutions sociales et culturelles. On a déjà commencé avec le Kindergarten de la Reuterplatz. On veut que les gens développent leur propre design, leur propre ligne de vêtements, et nous, on s’occupe de les vendre et de faire de la pub…”

Motifs de la collection Kioskids

Si leurs ventes ont un peu baissé une fois que la tempête médiatique autour de l’école s’est calmée, ils ont remarqué que chaque fois que quelque chose se passe dans l’actualité, en rapport avec la délinquence juvénile, les ventes de Rütli Wear augmentent. Pour être prêt à acheter votre sweat Rütli à la prochaine échauffourée, rendez-vous sur leur shop online ou dans l’un de ces magasins:
* Croissanterie, Pannierstrasse 56
* SDW-Neukölln, l’atelier de Rütli Wear, Pflügerstrasse 11
* Hainweh, Gärtnerstrasse 17
* Ausberlin, Karl-Liebknecht-Strasse 17


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Rencontre avec Team Plastique: de la musique pour les yeux

Team Plastique est un groupe bien connu de la scène underground Berlinoise. Les trois australiens de Brisbane qui composent Team Plastique, Axel (Axel Danke Schoen), Kirsty (Legs Akimbo) et Cat (Psykat) ont forgé leur réputation dans les clubs de la capitale en proposant une electroclash résolument suggestive consacrée par les performances scéniques sexy trash des deux chanteuses. Body painting et arc-en-ciel, strip tease et cellophane, massacre d’ananas et petites culottes, sont quelques-uns des différents éléments qui ponctuent une prestation du Team. Après la sortie de Suck et T.I.T.S, Team Plastique travaille sur son troisième album et s’apprête à s’envoler pour l’Australie pour une tournée de deux mois.
Il y a quelques semaines, Les Lapins Techno ont pénétré dans l’antre de Team Plastique. L’occasion d’en savoir un peu plus sur le groupe le plus sexy de la scène berlinoise et de les découvrir backstage. Pourquoi quitte-t-on l’Australie, un pays sans hiver, pour Berlin ? Pourquoi de l’electroclash, pourquoi Team Plastique, pourquoi les costumes, pourquoi le fromage ? En arrivant dans l’appartement d’Axel pour leur poser toutes ces questions, nous les trouvons en pleine séance de travail, chacun devant son ordinateur, en train de boire… du thé.  

Axel : Vous prendrez du vin ou du thé?
Les Lapins Techno : Du vin
Kirsty & Cat : Du thé
Axel : Donc nous représentons l’Angleterre et la France! Le vin et le thé!
LLT : C’est vrai que c’est très British le lait dans le thé!
Axel : Heu… en Australie aussi on met du lait dans notre thé…

- Silence -

Axel (avec un accent de Redneck Australien…) : C’est comme ça qu’on fait !

-Rires-

LLT: OK, et si on commençait cette interview ? D’où venez-vous ?
Kirsty : Nous venons de Brisbane en Australie.
Axel (toujours avec un accent de Redneck Australien…) : Brisbane Queensland ! Son Ananas géant, sa côte d’or, son chasseur de crocodile, et les gens qui parlent comme ça !

LLT : Il n’y a rien d’intéressant à Brisbane ?
Kirsty : C’est la troisième ville d’Australie, il y fait super beau et c’est une ville où l’on gagne très bien sa vie, mais on s’ennuie vite, c’est très conservateur. C’est le genre de ville où il faut organiser ses propres trucs sinon tu deviens taré. Tout le monde vit dans une maison avec un jardin, et les gens organisent de très grosses fêtes, genre 200 personnes, où tout le monde porte des costumes déjantés. Mais si tu vas là-bas sans connaître personne, tu n’en entendrais même pas parler…

LLT : Et vous avez commencé Team Plastique à Brisbane ?
Kirsty : Oui c’est là que je veux en venir avec ces fêtes… Ce qui s’est passé, c’est qu’on a fait une très grosse fête un soir. On portait des costumes de fous et comme on était un peu bourrés, on s’est dit « est-ce que vous pensez que si on était un groupe et qu’on portait ces costumes sur scène on pourrait faire beaucoup de concerts ? ». On s’est dit « Essayons ! » et c’est comme ça que Team Plastique a commencé. C’était une blague ! On a fondé le groupe et on a fait beaucoup de concerts…

LLT : C’était quand ?
Kirsty : Ça nous ramène en…
Axel : 2001, en avril.

LLT : Et quand êtes-vous venus à Berlin ?
Kirsty : En 2004. On a travaillé trois ans en Australie et après on est venu. On a senti qu’on devait quitter Brisbane. Beaucoup de gens quittent Brisbane pour Melbourne, LA ville culturelle d’Australie, mais on s’est dit « Jouons la « aventurier » et allons en Europe ». On pensait à Londres ou à Berlin… Mais comme on déteste Londres, on est venu ici. Nous avions des amis ici et j’avais appris l’Allemand avant. On était déjà venu deux fois et on avait bien accroché alors on est venu.
Cat : Un autre truc avec l’Australie c’est que les distances sont tellement grandes, ça coûte très cher de voyager d’une ville à l’autre. Ici, tu dépenses la même chose pour aller d’un pays à l’autre. En plus, les Européens payent bien mieux les groupes et les concerts.
Axel : C’est moins cher d’aller de Berlin à Londres ou de Berlin à Paris que d’aller de Brisbane à Sidney ou de Sidney à Melbourne parce que les villes australiennes sont à des milliers de kilomètres l’une de l’autre.

LLT : Quand vous êtes arrivés à Berlin la première fois, qu’y avez-vous découvert ? La scène musicale ? Les clubs ?
Kirsty : La première fois c’était en 1995, nous avions un ami Australien qui vivait ici… et on a senti une certaine connexion avec la ville. Cet ami c’était un ancien voisin d’Axel en fait… on a tous grandi dans le même quartier.
Axel : On est allé dans la même université, et Kirsty et moi, on était dans le même lycée et…
Kirsty :… et la même école !
Cat : Et Axel et mon frère sont allés dans le même lycée !
Kirsty : Et j’ai rencontré Axel quand j’avais 4 ans… Du coup on est un peu comme une famille.

LLT : Et quand vous avez déménagé à Berlin, c’était tous ensemble ?
Kirsty : Tous dans le même avion et dans le même appartement…
Cat : Ça nous pris du temps avant de se détester…
Axel : Oui, le truc c’est qu’on se voyait tout le temps.
Kirsty : Et c’est juste impossible d’être créatif quand tu passes tout ton temps avec quelqu’un avec qui tu travailles… c’est très dur !

LLT : Avant de venir à Berlin, vous avez joué en Australie pendant trois ans, quelle était la réaction des gens ?
Kirsty : Ils nous aimaient bien… Nous avons très bien marché en Australie, nous faisions de gros festivals. On se débrouillait bien… On aurait pu peut-être rester en Australie, peut-être qu’on s’en serait mieux sorti… Mais on voulait être des aventuriers.
Cat : Je pense que nous avions besoin de ce défi de venir en Europe, vivre des moments ridicules, ne pas être compris, pour être plus créatifs et pour être en dehors de nous-mêmes d’une certaine façon…
Kirsty : Je suis super contente qu’on l’ait fait !
Cat : Tu m’étonnes !
Kirsty : Je pense que l’Australie ressemble beaucoup aux Etats-Unis, c’est un système très capitaliste. Nous devenions plus vieux… En Australie, les gens se désintéressent de toi quand tu fais ce métier et que tu vieillis…

LLT : Quel âge aviez-vous en commençant Team Plastique ?
Kirsty : J’avais 26 ans
Cat : Moi 24
Axel : 29 ans

LLT : L’Australie a plutôt l’air d’être à la mode en matière de musique… On pense évidemment à Modular…
Kirsty : Il y a plein de bonnes choses en ce moment en Australie parce que c’est très isolé. Les gens n’ont pas le même accès à la culture… C’est comme nous, on s’est formé au moment de la vague Electroclash mais on ne savait pas ce que c’était.
Axel : Nous ne savions même pas qui était Chiks on Speed quand on a commencé.
Kirsty : On a commencé à faire ce truc et ensuite les gens nous disaient « Oh, vous faîtes de l’Electroclash, c’est le son de New York en ce moment ». Et c’est comme ça qu’on a eu du succès. Les gens disaient « Il y a ce groupe de Brisbane qui fait ce truc… ». On recevait des mails de clubs de New York qui voulaient nous booker, mais nous étions à Brisbane. Ce que je veux dire c’est que c’est parce que nous développions ce projet en Australie, que la musique que nous faisions était différente de l’Electroclash qui se faisait dans le reste du monde.

LLT : C’est donc ça votre musique, de l’Electroclash ?
Kirsty : Quand on a fondé ce groupe, on ne savait pas ce qu’on allait faire, mais on savait ce qu’on allait porter… Axel jouait de la musique depuis un moment.
Cat : Donc nous avons juste pris plein de synthétiseurs… Il y avait ces trois filles qui faisaient de la danse devant…
Kirsty : J’ajouterais juste que nous allions à beaucoup de soirée électro et nous trouvions que la scène manquait cruellement d’éléments visuels. Un DJ ou un mec derrière un ordinateur… il y avait des visuels mais c’était chiant.
Axel : Genre un carré lumineux qui vole dans l’espace…
Kirsty : Alors ce qu’on a voulu faire, c’est créer quelque chose d’artistique…
Axel : Lui donner un visage humain.
Kirsty: Nous ne chantions pas la première année… Mais croyez nous, on a fait bouger les gens !

LLT : Est-ce que vous avez des connections avec d’autres groupes de Berlin ?
Kirsty : Oui, bien sûr mais nous n’appartenons pas à une espèce de crew.
Cat : On n’aime pas trop ça…


LLT : Vous êtes amis avec Mark Boombastik ? Il a sorti un Maxi récemment…
Kirsty : Ouais, Putzen . « Putzen, putzen, putzen… » et sa mère lui a dit : « Mark tu ne devrais pas sortir une chanson qui parle de « Putzen » (nettoyer)… tu es trop crade ! »

LLT : Quand vous étiez en Australie, vous avez enregistré un album là-bas ?
Axel : Oui on a enregistré Suck… on en a vendu 500 copies en trois mois.
Kirsty : Suck ! Et le deuxième s’est appelé Tits : Suck Tits !

- Rires -

Axel : On n’a toujours pas de nom pour le troisième…
Kirsty : On a de nouvelles chansons, des trucs plus orientés dancefloor… Peut-être qu’on pourrait l’appeler More Tits ou Titsand more… (elle s’arrête de parler)… Il faut qu’on arrête avec ça !
Cat : Oh oui !
Kirsty : Non mais vraiment (elle fait semblant de pleurer), je veux que mes performances soient plus clean…
Axel : J’entends ça à chaque fois…
Kirsty : Je sais !
Axel : Avant que tu montes sur scène…
Cat (imitant Kirsty) : « Je ne veux plus faire de choses autodestructrices! Bouhouhou»
Axel : Et juste après, elle est nue sur scène avec des boîtes de céréales à chaque pied…
Kirsty : Mais je ne peux pas m’en empêcher !

LLT : Donc vous travaillez sur votre prochain album ?
Axel : Nous travaillons sur quelques trucs, nous avons aussi un remix sur un label français et quelques chansons sur des compilations.

LLT : Vous parliez du côté dénudé de vos performances, est-ce c’est quelque chose que vous aviez préparé ? Au départ il s’agissait plus de porter des costumes que d’être nu ?
Kirsty : C’est juste qu’ils tombent très souvent ! Donc maintenant ça fait partie de la promo et de notre performance. Je me sens très bien nue, et j’aime ce sentiment de liberté.
Axel : Et tu te sens libre aussi quand tu pisses sur les gens quand tu es sur scène ?

LLT : Tu as fait ça ?
Kirsty : Oui, à Madrid…
Axel : Cat l’a fait à Londres… Team Plastique, levez votre main si vous n’avez jamais pissé sur quelqu’un ? (Axel ne lève pas la main)

LLT : Toi aussi ?
Axel : Oui à Copenhague, il y avait ce type qui était fan d’Australie…
Kirsty : C’était un informaticien !

LLT : On voulait vous demander les choses les plus étranges qui vous étaient arrivés en tournée, est-ce que c’était ces histoires de pisses ?
Axel: Il y a ces gens qui faisaient l’amour pendant notre concert… Où est-ce que c’était ?
Cat : A Bologne.
Kirsty : Je pense que c’est très étrange la façon dont les gens réagissent quand ils assistent à nos performances. Il y a cette personne normale avec un boulot qui devient juste tarée. C’est comme ce gars en Australie qui était avocat et qui disait : « Signez mon pénis, signez mon pénis, écrivez dessus ! »

LLT : Donc ça fait partie du truc, créer cette atmosphère sombre, folle et sexuelle ?
Kirsty : Bon, l’idée derrière notre groupe, c’est que les gens ne s’amusent pas assez… J’ai grandi dans une famille où les gens avaient des troubles mentaux et je me suis toujours demandé ce qui pouvait bien les faire devenir fous. Je pense que l’une des raisons, c’est que quand tu es enfant, tu as le droit de jouer, mais quand tu deviens adulte, tu n’as plus le droit. Les gens ne peuvent jouer que quand ils sont drogués ou bourrés, donc nous voulions créer des situations où les gens peuvent venir et s’amuser. C’est notre croyance profonde et c’est ce qui nous motive dans ce projet.
Axel : Et vous devriez dire aussi sur votre blog que nous voulons jouer en France. Nous n’avons jamais trop joué en France et nous aimerions jouer plus. (Axel s’adresse au micro) Si vous êtes en France et que vous n’avez pas assez d’argent pour nous payer, nous acceptons la bouffe française comme forme de payement ! On adore la bouffe française ! J’ai toujours des problèmes de poids parce que je ne sais pas dire non à la bouffe !
Kat: Et toutes les sortes de bouffes !
Axel: J’adore la bouffe, j’adore la bouffe française mais en général je ne peux pas me le permettre alors…

LLT : Et le fromage ?
Cat : Oh, j’étais à Paris, et le plateau de fromage ! Oh putain ! Du fromage de chèvre, du bleu…

LLT : On a vu que vous aviez une petite fixation sur le fromage, vous avez une chanson qui s’appelle Fromage à Trois et votre label s’appelle Fondue records…
Axel : J’ai juste trouvé ça marrant de faire un titre comme ménage à trois mais avec fromage, j’adore le fromage !
Cat : Il aime la fondue, le chocolat et le fromage !
Axel : Et j’adore ce jeu quand on mange de la fondue. Quand tu perds ton pain, il faut enlever tes vêtements…

LLT : Oui, mais ça dépend des règles avec lesquelles on joue !
Axel : Le fromage, c’est trop sexy !

LLT : Il y a des clubs que vous avez particulièrement appréciés quand vous êtes allés en France ?
Axel : Des clubs ? Non ! On a apprécié la bouffe ! Quand tu vas en France, tu n’y vas pas pour les clubs, tu y vas pour la bouffe ! Mais si vous connaissez un bon club qui a de la bonne bouffe, je suis preneur !

LLT : Pourquoi avoir choisi le nom Team Plastique ?
Kirsty : En Australie le sport, c’est dieu ! Et à l’école, les gosses qui sont bons en sport peuvent être les pires trous du cul, tout le monde les aime. Et en sport tu as plusieurs Teams : team A, team B, team C et team D. La team D, c’est l’équipe pour les gosses qui sont très mauvais en sport. Donc nous voulions créer une équipe pour tous les enfants d’Australie qui sont mauvais en sport. Et plastique pour Plastique Bertrand !

LLT : Whaow ! Plastique Bertrand !
Kirsty : Ouais, parce que j’ai vu le clip quand j’avais cinq ans et ça a changé ma vie. Mes parents, qui étaient très religieux, éteignaient la télé chaque fois qu’il passait parce qu’ils pensaient qu’il était satanique… Mais le message est resté dans ma tête : « I am the king of the divan, Ta plan pouh moy, bla bla bla ».
Axel: Kirsty est un très bon remixeur de chansons. Elle aime bien réinventer les paroles… On chantait cette chanson de Air, Sexy Boy, sur scène. Mais elle avait changé les paroles en…
Kirsty (elle chante) : “You belong with the stars, Satan shits and very nice cars”…


LLT : On a un pote qui invente des paroles culinaires sur les chansons en anglais comme « tu veux t’bâfrer une galette saucisse one more time » de Daft Punk ou « Do you believe in love cassoulet » de Cher.
Axel : Ça sonne comme des chansons de Team Plastique !

LLT : Revenons peut-être sur vos chansons à vous… Comment composez-vous vos chansons ?
Axel : Avant, je faisais tout avec mes synthés et ensuite on enregistrait les chansons. Mais pour le prochain album, on commence à la guitare…
Cat : Ça nous donne la structure, le genre de flow, la mélodie et les paroles… L’album TITS était écrit sous pression !
Kirsty : Idem pour SUCK !
Cat : Oui, pour les deux albums. Cette fois, nous avons du temps pour créer un sentiment pour chacune de nos chansons.
Kirsty : TITS était stressant parce que nous l’avons écrit juste après être arrivé ici, et ce n’était pas une période facile…

LLT : TITS sonne très sombre, en effet.
Kirsty : C’était dur, nous passions d’un endroit sans hivers à Berlin…
Axel : Quelqu’un veut de la pizza ?
Kirsty : Il n’y a pas de pauvres en Australie… Imaginez un pays comme le Danemark mais avec le soleil !

LLT : Vous avez changé votre façon de composer ?
Cat : Avant Axel faisait l’instrumental et nous étions supposées chanter…
Kirsty : Pour le prochain album, nous avons tout joué d’abord à la guitare, et c’est un processus beaucoup plus collaboratif.
Axel : Je pense que le prochain album va sonner un peu plus commercial, c’est beaucoup plus catchy !

LLT : Et quelles sont vos influences ?
Axel : Mon groupe préféré, c’est Duran Duran. J’adore Duran Duran, parce que c’est une expérience visuelle.
Kirsty : Je ne sais pas, j’aime plein de choses… J’adore Lady Tron. Je suis aussi très intéressé par les groupes qui ont des performances fortes comme Tracy + the plastics
Axel : Ou Wanda Williams.
Kirsty : Tracy, cette fille est le groupe à elle toute seule. J’aime les groupes qui ont un concept et font plus que jouer.
Cat : Cocteau Twins, Kate Bush, Cindy Lauper, toutes ces nanas des années 80… J’aimerai bien voir comment nous jouerons quand nous serons plus vieux.

LLT : Qu’est-ce que vous aimez à Berlin ?
Axel : La pizzeria d’en bas !
Kirsty : J’aime la liberté de Berlin, j’aime prendre mon vélo et aller dans un club… je me sens en sécurité ici en tant que femme…
Axel : Et j’aime aussi le fait que quand il est 3 heures du matin, je peux toujours aller à la pizzeria!
Cat : Ce que j’aime à Berlin - ça peut aussi être très frustrant - c’est que tout le monde fait quelque chose… Ou du moins ils disent qu’ils vont faire quelque chose.
Kirsty : Tu as la liberté, et à la fin de la journée, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même si tu ne fais rien car tu n’as pas l’excuse du travail… Tu deviens vite ton principal obstacle !

LLT : Quels sont vos endroits préférés ?
Axel : The Pizza place!
Cat : Le Musée Pergamon, le Canal…
Kirsty : Sanssoucis, Eckbert sur le Maybachufer…

LLT : Vos Clubs/Bars préférés?
Axel : Chantal house of fame? Möbel Olfe? Rote rose ? Basso ? Bier Himmel ? Barbie Deinhoff’s ?
Cat : Je ne suis pas trop clubs. West Germany c’est pas mal…
Axel : Personne ne veut de la pizza?

LLT : Et comment voyez-vous votre futur à Berlin ? Vous voulez rester là pour toujours ?
Kirsty : Non, l’océan me manque, l’Australie me manque, mais peut-être que Berlin me manquerait si je partais…
Cat : Moi non plus je ne sais pas… Ma famille me manque, j’ai tous ces neveux en Australie que j’aimerais voir…

LLT : Quand retournez-vous en Australie ?
Axel : En Novembre pour une tournée de deux mois…

Retrouvez Team Plastique sur:
www.myspace.com/teamplastique
www.team-plastique.com


Par Yann Faure

Rencontre avec Matthieu Rigal de la Section PS de Berlin

Vous savez peut-être (ou pas, comme nous il y a encore quelques semaines) qu’il existe à Berlin une section du Parti Socialiste, qui tient des réunions mensuelles, prend part aux votes du Parti et s’intéresse de près à l’actualité politique de la France, qu’ils ont pour certains quitté depuis de nombreuses années. C’est peut-être cet aspect-là qui nous a le plus surpris lorsque nous avons assisté à la réunion de rentrée de la section PS de Berlin le 11 septembre dernier. Que des gens qui ont quitté leur pays pour un travail, un stage, une année Erasmus ou simplement une expérience nouvelle, se retrouvent pour débattre avec passion de sujets qui finalement ne les concernent pas directement. Certes, militer au Parti Socialiste signifie adhérer à une certaine vision du monde qui dépasse les frontières de son petit pays. Pourtant, en vivant à Berlin, tout en gardant à l’esprit que la France ne va pas très fort, on pourrait vite perdre le goût du débat et de la révolte cultivé à coups de repas de famille enflammés.
Autour de la table, lors de cette réunion qui avait pour objet principal de débattre sur les contributions des “ténors” en vue de l’élection du prochain Secrétaire Général, une quinzaine de militants, inscrits au parti depuis quelques semaines ou des années. D’un côté de la table, l’ancienne présidente de la section, aujourd’hui trésorière et enseignante au Lycée Français de Berlin. A l’autre bout, deux jeunes militants à Berlin depuis quelques semaines, dont un qui n’a pas encore de logement mais qui a déjà pris soin de faire transférer son dossier à la section de Berlin…   

Nous avons interviewé Matthieu Rigal, membre de la section PS de Berlin depuis plus d’an et demi et responsable de la communication (il co-gère notamment le blog de la section), pour en savoir un peu plus sur le profil des militants à Berlin, sur les ramifications entre toutes les structures dédiées aux Français à l’étranger et sur le fonctionnement du PS, quelques semaines avant le congrès décisif. A l’heure où l’on crie au délabrement de la Gauche française, qu’est-ce qui fait qu’un jeune Français de Berlin milite pour le PS à distance et trimballe dans son sac-à-dos les 300 pages des 21 contributions rédigées par les candidats au secrétariat général du Parti pour les lire dans le train en allant travailler?

- Depuis quand es-tu militant au PS?
J’étais militant depuis 1 an à Paris, avant de venir à Berlin. J’ai toujours eu le coeur qui se barre à Gauche comme on dit, mais pour moi, le PS était un parti assez immobile. Quand j’ai vu Ségolène, les initiatives qu’elle prenait, les débats qu’elle encourageait, je me suis dit qu’il y avait un peu de changement. Je fais parti de ces militants qui sont arrivés au PS pour Ségolène, mais aussi de ceux, plus rares, qui sont restés après sa défaite. Je l’ai soutenue jusqu’au bout, même si maintenant, j’ai un avis un peu plus critique sur elle. Elle a fait ce qu’elle pouvait, elle a eu des torts mais le PS aussi.

- Tu as participé à la campagne pour Ségolène Royale à Berlin?
Je suis arrivé en Mars, en moment de la campagne. On allait distribuer des tracts devant l’Institut Français et sur les marchés, à Prenzlauer Berg, là où tu sais qu’il y a la moitié de Français! Au tout début, j’ai même rencontré François Hollande, dans les locaux du SPD à Berlin, un magnifique bâtiment, où on nous avait réservé le plus beau bureau. C’était ma première réunion, je rentrais du foot, en sueur, avec mon ballon sous le bras, une demi-heure à la bourre… Mais du coup, j’ai pu rencontrer Hollande et discuter un peu avec lui. Parmi les militants, il y avait des partisans de Ségolène, de DSK, de Fabius… Euh non, pas de Fabius. ça mettait un peu de contradiction dans les débats, c’était intéressant.

- La section PS de Berlin a participé à la manif du 1er Mai cette année?
Non, pas cette année, on n’avait rien de spécial à revendiquer. Ceux qui sont encartés au SPD ou dans un syndicat l’on fait. Nous, on n’avait rien à faire là dans le cadre français, à agiter nos drapeaux… Mais l’année dernière, ça valait le coup. On avait un peu choqué les Allemands. C’était un grand cortège, sans mouvement, un peu ennuyant. On a décidé de faire la chenille à travers la foule de la Porte de Brandenburg à la Siegesäule en criant “Ségolène! Ségolène!”. En fait, au bout de 100 mètres on avait plus de voix et on était déjà tous morts. Mais tous les Allemands se retournaient, ils n’avaient jamais vu ça dans une manif… On s’est bien marré en tout cas.

- Nous cette année, on a fait la manif des Turcs Maoïstes-Marxistes-Léninistes le jour du 1er Mai!
Oui, ils font des mélanges sympas parfois! En fait, en Turquie, il y a eu la dictature militaire pendant longtemps et du coup, ceux qui voulaient se battre partaient à l’extrême complet. Les partis de gauche sont extrêmement paritaires, à un niveau qu’on ne connaît pas en France ou en Allemagne. Dans l’armée du Kurdistan (ou les rebelles, ou les terroristes, c’est une question de vocabulaire…), il y a une parité stricte, même aux plus hauts niveaux de commandement, et pas de voile. Quand on pense à la Turquie, on ne pense pas immédiatement à la Gauche.

- Quelle est l’histoire de la section PS de Berlin?
Elle existe depuis 25 ans. Elle a été créée à peu près en même temps que la Fédération des Français à l’Etranger.

-Et c’est quoi la Fédération des Français à l’Etranger? C’est comme l’Association des Français de l’Etranger?
Ok, récapitulons… En fait, au PS, l’échelon de référence pour les militants, celui dont on n’entend jamais parler, c’est la fédération. Les décisions les plus importantes sont prises au niveau fédéral. La section permet d’organiser les débats au niveau local et l’échelon national est un peu trop loin pour les militants. Le niveau fédéral est renouvelé tous les 3 ans, lors des grands votes généraux. Il y a une fédération par département et une fédération qui regroupe les Français de l’étranger, qui compte environ 1 600 membres.
Après il y a deux associations de Français à l’étranger: l’Union des Français de l’Etranger, proche de la Droite et l’Association Démocratique des Français de l’étranger, plutôt proche de la Gauche. Ces associations ont été créées parce que dans certains pays, il était impossible de s’implanter en tant que partis.

- Et qui sont les militants du PS à Berlin?
On est une bonne trentaine de militants mais ça varie énormément. Chaque année, on perd quelques membres, on en gagne 5 à 10. Une vingtaine de membres sont réellement actifs. La chance qu’on a, c’est que Berlin étant devenu un grand centre Européen, les personnalités du PS se déplacent. En 2007, pour le meeting de Ségolène à Berlin, on a réuni plus de 700 personnes, ce qui était loin d’être gagné! Même sur une ville de 22 000 habitants (à peu près le nombre officiel de Français à Berlin), on réunit difficilement 700 personnes pour Ségolène. Du coup, on a gagné un peu de crédit et les gens viennent nous voir. La blague classique c’est “Bon alors, vous êtes tous profs au Lycée Français ici?”. C’est pas du tout le cas. On a chaque année 3 ou 4 étudiants Erasmus. Moi je suis ingénieur en géo-informatique. Il y a toujours 1 ou 2 expatriés par une entreprises, mais c’est rare parce qu’ils vont souvent de l’autre côté… On a aussi des artistes, un avocat, des commerciaux… Toutes les tranches d’âge sont représentées. Notre doyen a 90 ans, moi je suis le benjamin, j’ai 23 ans. Il y a encore 5 ans, il y avait 80% de femmes mais la tendance est en train de s’inverser.

- Et vos activités sur Internet? Comment fonctionne votre blog par exemple?
Le PS a crée une plateforme de blogs. C’est une bonne idée, la plateforme est bien faite, sous Wordpress qui est un logiciel open source. Le problème c’est qu’il n’a jamais été touché depuis sa création. On n’a même pas accès aux statistiques. On fait des opérations de promotion, avec des flyers, des campagnes d’affichage, qui nous coûtent un peu d’argent et du temps et on a aucune idée du nombre de visiteurs sur le blog! On est en train de réfléchir pour créer un portail PS Allemagne. Le problème c’est que Rue de Solférino, certaines personnes ne s’investissent pas du tout sur Internet.

- Et la Ségosphère, Désir d’avenir?
En créant la Ségosphère, Ségolène avait compris qu’il n’y avait pas grand chose à tirer de la Rue de Solférino de ce côté là. Le PS avait engagé des gens pour travailler là-dessus mais les emplois n’ont pas été pérennisés. Il y a une soi-disant section Internet “Temps réels” qui publie un article tous les 3 mois, c’est du délire… Il y a des gens qui voudraient bien s’impliquer là-dedans mais le problème au PS, c’est que beaucoup de gens s’accrochent à leur pouvoir.
On essaie de développer plusieurs choses: flux RSS pour rassembler les contenus de tous les blogs des sections à l’étranger, NetVibes, Socialopédia, sur le modèle de Wikipédia. Le fonctionnement du PS est trèèès démocratique (vote au niveau de la section, puis de la Fédération, puis au niveau national, puis ça redescend jusqu’à la section…), c’est sympa, mais ça prend du temps… Sarkozy lui, il dit simplement “Je veux faire ça, point barre”, en 2 semaines ça passe. Au PS, il faut un an pour faire passer une bonne idée. Internet pourrait remédier à ça. On essaie de tester de nouveaux outils au niveau de la Fédération, par exemple le Socialopédia, qui sera à la fois un outil de travail et un support de communication.

- A ton avis, les Français de Berlin sont plutôt à Gauche ou à Droite et est-ce qu’il y a une géographie politique de Berlin?
En 2007, Ségolène a fait 49% au 1er tour, Sarkozy 15%… Bayrou a quand même fait 20%. Il a essayé de se donner une image européenne, même s’il n’y avait rien derrière et ça a séduit une partie des Français de Berlin. Sur la géographie, on peut dire sans trop se tromper qu’à part à Zehlendorf et Reinickendorf, l’ancien quartier militaire où le vote est équilibré entre la gauche et la droite, le reste vote à Gauche. Que ce soit le “vieux” Berlin francophone comme Charlottenburg ou les quartiers comme Kreuzberg et Friedrichshain.

- Et la suite au PS? Tu es rentré sur une dynamique positive et maintenant…
Maintenant c’est l’immobilisme? Je pense que ça peut changer avec le congrès. Les choses vont changer. Pour la suite, j’ai pas vraiment de préférence ni de pronostic… Royal j’y crois plus. Aubry je ne serais pas étonné. Elle a fait les 35 heures mais elle les a mal défendues. J’aime bien la contribution de Larrouturou, qui défend la semaine de 32 heures et pas mal de choses bien, notamment au niveau du parti, pour le rendre plus dynamique. Mais c’est un peu utopique… Chez Delanoë, tout est crédible et réaliste. Moscovici a le charisme pour faire face aux mecs de droite… J’ai pas de favori pour être honnête!

Pour finir, quels sont tes lieux/monuments/bars/activités préférés à Berlin?
Je dirais la Brandenburger Tor. Faire du roller la nuit de Charlottenburg à la Porte de Brandenburg. Comme resto, il y a un super Japonais dans la Kantstrasse. Et sinon, aller jouer au foot le dimanche au stade de Mauerpark, qui est ouvert à tout le monde à partir de 16h.

Maintenant vous savez tout (et nous aussi) sur la section du Parti Socialiste de Berlin, la Fédération des Français à l’Etranger, les contributions, les motions, le système de vote au sein du PS, la différence entre l’ADFE et l’UFE… Sinon, vous pouvez relire cet article!


Par Soizic Cadio & Yann Faure


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.