L’esprit campagne…

Il faut le dire, cela faisait bien longtemps que nous n’avions vu le minois de notre cher président. Vivre à l’étranger véhicule son lot d’avantages et échapper à l’omniprésence médiatique de l’hyperprésident en est un. Pourtant, ce matin j’ai croisé le petit Nicolas du côté de la Böchstrasse avec ses petits copains Angela et Silvio, et j’ai souri en imaginant le plaisir des militants verts allemands à traquer et classer les photos ridicules de Sarko sur google image. Au risque de me faire taxer de chauvin, Je pense sincèrement que la photo de Sarko est de loin la plus réussie, d’un point de vue “mutant atomique” bien sûr.
La suite..


Par Yan

Rencontre avec Matthieu Rigal de la Section PS de Berlin

Vous savez peut-être (ou pas, comme nous il y a encore quelques semaines) qu’il existe à Berlin une section du Parti Socialiste, qui tient des réunions mensuelles, prend part aux votes du Parti et s’intéresse de près à l’actualité politique de la France, qu’ils ont pour certains quitté depuis de nombreuses années. C’est peut-être cet aspect-là qui nous a le plus surpris lorsque nous avons assisté à la réunion de rentrée de la section PS de Berlin le 11 septembre dernier. Que des gens qui ont quitté leur pays pour un travail, un stage, une année Erasmus ou simplement une expérience nouvelle, se retrouvent pour débattre avec passion de sujets qui finalement ne les concernent pas directement. Certes, militer au Parti Socialiste signifie adhérer à une certaine vision du monde qui dépasse les frontières de son petit pays. Pourtant, en vivant à Berlin, tout en gardant à l’esprit que la France ne va pas très fort, on pourrait vite perdre le goût du débat et de la révolte cultivé à coups de repas de famille enflammés.
Autour de la table, lors de cette réunion qui avait pour objet principal de débattre sur les contributions des “ténors” en vue de l’élection du prochain Secrétaire Général, une quinzaine de militants, inscrits au parti depuis quelques semaines ou des années. D’un côté de la table, l’ancienne présidente de la section, aujourd’hui trésorière et enseignante au Lycée Français de Berlin. A l’autre bout, deux jeunes militants à Berlin depuis quelques semaines, dont un qui n’a pas encore de logement mais qui a déjà pris soin de faire transférer son dossier à la section de Berlin…   

Nous avons interviewé Matthieu Rigal, membre de la section PS de Berlin depuis plus d’an et demi et responsable de la communication (il co-gère notamment le blog de la section), pour en savoir un peu plus sur le profil des militants à Berlin, sur les ramifications entre toutes les structures dédiées aux Français à l’étranger et sur le fonctionnement du PS, quelques semaines avant le congrès décisif. A l’heure où l’on crie au délabrement de la Gauche française, qu’est-ce qui fait qu’un jeune Français de Berlin milite pour le PS à distance et trimballe dans son sac-à-dos les 300 pages des 21 contributions rédigées par les candidats au secrétariat général du Parti pour les lire dans le train en allant travailler?

- Depuis quand es-tu militant au PS?
J’étais militant depuis 1 an à Paris, avant de venir à Berlin. J’ai toujours eu le coeur qui se barre à Gauche comme on dit, mais pour moi, le PS était un parti assez immobile. Quand j’ai vu Ségolène, les initiatives qu’elle prenait, les débats qu’elle encourageait, je me suis dit qu’il y avait un peu de changement. Je fais parti de ces militants qui sont arrivés au PS pour Ségolène, mais aussi de ceux, plus rares, qui sont restés après sa défaite. Je l’ai soutenue jusqu’au bout, même si maintenant, j’ai un avis un peu plus critique sur elle. Elle a fait ce qu’elle pouvait, elle a eu des torts mais le PS aussi.

- Tu as participé à la campagne pour Ségolène Royale à Berlin?
Je suis arrivé en Mars, en moment de la campagne. On allait distribuer des tracts devant l’Institut Français et sur les marchés, à Prenzlauer Berg, là où tu sais qu’il y a la moitié de Français! Au tout début, j’ai même rencontré François Hollande, dans les locaux du SPD à Berlin, un magnifique bâtiment, où on nous avait réservé le plus beau bureau. C’était ma première réunion, je rentrais du foot, en sueur, avec mon ballon sous le bras, une demi-heure à la bourre… Mais du coup, j’ai pu rencontrer Hollande et discuter un peu avec lui. Parmi les militants, il y avait des partisans de Ségolène, de DSK, de Fabius… Euh non, pas de Fabius. ça mettait un peu de contradiction dans les débats, c’était intéressant.

- La section PS de Berlin a participé à la manif du 1er Mai cette année?
Non, pas cette année, on n’avait rien de spécial à revendiquer. Ceux qui sont encartés au SPD ou dans un syndicat l’on fait. Nous, on n’avait rien à faire là dans le cadre français, à agiter nos drapeaux… Mais l’année dernière, ça valait le coup. On avait un peu choqué les Allemands. C’était un grand cortège, sans mouvement, un peu ennuyant. On a décidé de faire la chenille à travers la foule de la Porte de Brandenburg à la Siegesäule en criant “Ségolène! Ségolène!”. En fait, au bout de 100 mètres on avait plus de voix et on était déjà tous morts. Mais tous les Allemands se retournaient, ils n’avaient jamais vu ça dans une manif… On s’est bien marré en tout cas.

- Nous cette année, on a fait la manif des Turcs Maoïstes-Marxistes-Léninistes le jour du 1er Mai!
Oui, ils font des mélanges sympas parfois! En fait, en Turquie, il y a eu la dictature militaire pendant longtemps et du coup, ceux qui voulaient se battre partaient à l’extrême complet. Les partis de gauche sont extrêmement paritaires, à un niveau qu’on ne connaît pas en France ou en Allemagne. Dans l’armée du Kurdistan (ou les rebelles, ou les terroristes, c’est une question de vocabulaire…), il y a une parité stricte, même aux plus hauts niveaux de commandement, et pas de voile. Quand on pense à la Turquie, on ne pense pas immédiatement à la Gauche.

- Quelle est l’histoire de la section PS de Berlin?
Elle existe depuis 25 ans. Elle a été créée à peu près en même temps que la Fédération des Français à l’Etranger.

-Et c’est quoi la Fédération des Français à l’Etranger? C’est comme l’Association des Français de l’Etranger?
Ok, récapitulons… En fait, au PS, l’échelon de référence pour les militants, celui dont on n’entend jamais parler, c’est la fédération. Les décisions les plus importantes sont prises au niveau fédéral. La section permet d’organiser les débats au niveau local et l’échelon national est un peu trop loin pour les militants. Le niveau fédéral est renouvelé tous les 3 ans, lors des grands votes généraux. Il y a une fédération par département et une fédération qui regroupe les Français de l’étranger, qui compte environ 1 600 membres.
Après il y a deux associations de Français à l’étranger: l’Union des Français de l’Etranger, proche de la Droite et l’Association Démocratique des Français de l’étranger, plutôt proche de la Gauche. Ces associations ont été créées parce que dans certains pays, il était impossible de s’implanter en tant que partis.

- Et qui sont les militants du PS à Berlin?
On est une bonne trentaine de militants mais ça varie énormément. Chaque année, on perd quelques membres, on en gagne 5 à 10. Une vingtaine de membres sont réellement actifs. La chance qu’on a, c’est que Berlin étant devenu un grand centre Européen, les personnalités du PS se déplacent. En 2007, pour le meeting de Ségolène à Berlin, on a réuni plus de 700 personnes, ce qui était loin d’être gagné! Même sur une ville de 22 000 habitants (à peu près le nombre officiel de Français à Berlin), on réunit difficilement 700 personnes pour Ségolène. Du coup, on a gagné un peu de crédit et les gens viennent nous voir. La blague classique c’est “Bon alors, vous êtes tous profs au Lycée Français ici?”. C’est pas du tout le cas. On a chaque année 3 ou 4 étudiants Erasmus. Moi je suis ingénieur en géo-informatique. Il y a toujours 1 ou 2 expatriés par une entreprises, mais c’est rare parce qu’ils vont souvent de l’autre côté… On a aussi des artistes, un avocat, des commerciaux… Toutes les tranches d’âge sont représentées. Notre doyen a 90 ans, moi je suis le benjamin, j’ai 23 ans. Il y a encore 5 ans, il y avait 80% de femmes mais la tendance est en train de s’inverser.

- Et vos activités sur Internet? Comment fonctionne votre blog par exemple?
Le PS a crée une plateforme de blogs. C’est une bonne idée, la plateforme est bien faite, sous Wordpress qui est un logiciel open source. Le problème c’est qu’il n’a jamais été touché depuis sa création. On n’a même pas accès aux statistiques. On fait des opérations de promotion, avec des flyers, des campagnes d’affichage, qui nous coûtent un peu d’argent et du temps et on a aucune idée du nombre de visiteurs sur le blog! On est en train de réfléchir pour créer un portail PS Allemagne. Le problème c’est que Rue de Solférino, certaines personnes ne s’investissent pas du tout sur Internet.

- Et la Ségosphère, Désir d’avenir?
En créant la Ségosphère, Ségolène avait compris qu’il n’y avait pas grand chose à tirer de la Rue de Solférino de ce côté là. Le PS avait engagé des gens pour travailler là-dessus mais les emplois n’ont pas été pérennisés. Il y a une soi-disant section Internet “Temps réels” qui publie un article tous les 3 mois, c’est du délire… Il y a des gens qui voudraient bien s’impliquer là-dedans mais le problème au PS, c’est que beaucoup de gens s’accrochent à leur pouvoir.
On essaie de développer plusieurs choses: flux RSS pour rassembler les contenus de tous les blogs des sections à l’étranger, NetVibes, Socialopédia, sur le modèle de Wikipédia. Le fonctionnement du PS est trèèès démocratique (vote au niveau de la section, puis de la Fédération, puis au niveau national, puis ça redescend jusqu’à la section…), c’est sympa, mais ça prend du temps… Sarkozy lui, il dit simplement “Je veux faire ça, point barre”, en 2 semaines ça passe. Au PS, il faut un an pour faire passer une bonne idée. Internet pourrait remédier à ça. On essaie de tester de nouveaux outils au niveau de la Fédération, par exemple le Socialopédia, qui sera à la fois un outil de travail et un support de communication.

- A ton avis, les Français de Berlin sont plutôt à Gauche ou à Droite et est-ce qu’il y a une géographie politique de Berlin?
En 2007, Ségolène a fait 49% au 1er tour, Sarkozy 15%… Bayrou a quand même fait 20%. Il a essayé de se donner une image européenne, même s’il n’y avait rien derrière et ça a séduit une partie des Français de Berlin. Sur la géographie, on peut dire sans trop se tromper qu’à part à Zehlendorf et Reinickendorf, l’ancien quartier militaire où le vote est équilibré entre la gauche et la droite, le reste vote à Gauche. Que ce soit le “vieux” Berlin francophone comme Charlottenburg ou les quartiers comme Kreuzberg et Friedrichshain.

- Et la suite au PS? Tu es rentré sur une dynamique positive et maintenant…
Maintenant c’est l’immobilisme? Je pense que ça peut changer avec le congrès. Les choses vont changer. Pour la suite, j’ai pas vraiment de préférence ni de pronostic… Royal j’y crois plus. Aubry je ne serais pas étonné. Elle a fait les 35 heures mais elle les a mal défendues. J’aime bien la contribution de Larrouturou, qui défend la semaine de 32 heures et pas mal de choses bien, notamment au niveau du parti, pour le rendre plus dynamique. Mais c’est un peu utopique… Chez Delanoë, tout est crédible et réaliste. Moscovici a le charisme pour faire face aux mecs de droite… J’ai pas de favori pour être honnête!

Pour finir, quels sont tes lieux/monuments/bars/activités préférés à Berlin?
Je dirais la Brandenburger Tor. Faire du roller la nuit de Charlottenburg à la Porte de Brandenburg. Comme resto, il y a un super Japonais dans la Kantstrasse. Et sinon, aller jouer au foot le dimanche au stade de Mauerpark, qui est ouvert à tout le monde à partir de 16h.

Maintenant vous savez tout (et nous aussi) sur la section du Parti Socialiste de Berlin, la Fédération des Français à l’Etranger, les contributions, les motions, le système de vote au sein du PS, la différence entre l’ADFE et l’UFE… Sinon, vous pouvez relire cet article!


Par Yan & Zou


Les Lapins Techno: un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, de la musique, les expos, les shops, Berlin.