Fashion Weekend de Neukölln

Les 48 heures de Neukölln nous avaient donné l’occasion de découvrir ce lieu magique qu’est la Alte Post, ancienne poste fermée en 2003 et reconvertie en centre d’art contemporain. Ce projet est l’une des facettes du programme Aktion! Karl-Marx-Strasse, qui a également pris en charge la réhabilitation du Passage abritant l’opéra de Neukölln, et qui organise chaque année une Fashion Week alternative. L’occasion de découvrir à la fois la Alte Post et la crème des designers de Neukölln. Une trentaine de créateurs vivant ou travaillant dans le quartier exposeront leurs oeuvres, parmi lesquels Silberfischer (dont nous avions déjà parlé ici), Jovoo, Mandu ou encore Rütli Wear, qui a crée une collection de t-shirts et de sweats-shirts à l’effigie de la Rütli Schule.

Fashion Weekend Neukölln
Vendredi 7 novembre de 12h à 20h
Samedi 8 novembre de 10h à 20h
Défilés à partir de 16h
Alte Post
Karl Marx Strasse 97/99
U7 Rathaus Neukölln


Par Soizic Cadio

Mogwai en concert au Huxleys Neue Welt

On avait quitté Mogwai en 2006 avec le génial Mr. Beast et surtout la sublime BO du film de Douglas Gordon, Zidane: A 21st Century Portrait. On avait eu un peu peur pour eux en apprenant il y a quelques semaines que Martin Bulloch, le batteur, avait dû être hospitalisé d’urgence à la fin d’un concert à cause d’un accident cardiaque. Heureusement tout va bien et les petits gars de Glasgow seront à Berlin ce soir, pour la tournée de leur dernier et septième album, The hawk is howling. Prévoir des bouchons d’oreille car ce groupe possède un don très rare: chaque fois qu’on croit qu’il est physiquement impossible de jouer encore plus fort, Mogwai y arrive… Pas de performance exceptionnelle ou de show enflammé. Ce groupe a suffisamment de classe pour donner des concerts géniaux juste en exercant son art de sublimer le bruit, de transformer des nappes et des mélodies fragiles en mur de son. La musique de Mogwai est une harmonie brutale qui s’épanouit en concert, avec des montées incroyables et une réserve qui explose à la fin. Car “Mogwai garde toujours une réserve”.
Le concert a lieu au Huxleys Neue Welt, un endroit assez improbable coincé entre le Karstadt et le Bauhaus de Hermannplatz. On avait toujours cru qu’il s’agissait d’une sorte de version locale de Buffalo Grill. En fait, c’est une super salle de concert où s’est également produit The Streets il y a quelques jours.  

Mogwai + The Twilight Sad & Kid 606
Jeudi 6 novembre, 20h
Huxleys Neue Welt
Hasenheide 107-113
Entrée: environ 30 €


Par Soizic Cadio

Christiane F., 46 ans…

Christiane F. Ce nom vous évoque peut-être quelque chose. Peut-être avez-vous été adolescente dans les années 90, élevée à Nirvana et adepte de lectures un peu trash donnant l’illusion de franchir des lignes interdites par procuration… Peut-être avez-vous lu Christiane F., 13 ans droguée, prostituée, fascinée par le Berlin des années 70, à l’époque où Bowie y enregistrait Heroes accompagné de son fidèle compère Iggy Pop.  

Si ce nom ne vous évoque rien, voici un petit résumé. En 1978, deux journalistes du magazine Stern partent à la rencontre de jeunes adolescents autour de la gare de Zoo dans l’idée de faire un reportage sur la scène de la drogue à Berlin. Au cour de leur enquête, ils vont croiser Christiane F., dont l’histoire va devenir emblématique d’une ville et d’une génération. Au lieu d’un reportage, c’est un best-seller qui va naître de cette confession. Christiane F. habite dans une cité de Neukölln dans les années 70, avec une mère dépassée et un père violent. De déménagements en crises familiales, elle connaît à 13 ans son premier amour, son premier acide et sa première piqûre d’héroïne. Rien de cette descente aux enfers ne nous est épargné, sur fond de Berlin gris et bétonné où la “scène” de la drogue se concentre autour de la gare de Zoo et du Sound. Christiane F. est entourée d’une bande de bébés zombies qui vont tomber les uns après les autres, palliant à l’absence d’autorité parentale et à l’abandon de l’école par toujours plus de drogues. L’histoire de Christiane F. a également donné lieu à un film, Wir Kinder vom Bahnhof Zoo, avec en guest star David Bowie jouant son propre rôle, comme une figure emblématique du Berlin de cette époque.

Cette histoire a donné lieu à certaines dérives, de l’utilisation du film comme pamphlet moralisateur anti-drogue à la fascination morbide de certaines adolescentes pour cette “héroïne” (lu sur un forum: “Christiane F. est mon idole! Son histoire est formidable, j’aurais aimé avoir eu sa vie”…). La vie de Christiane F. a donc été largement exploitée, elle-même ayant passé plusieurs années de sa vie à faire la promotion du livre et du film sur des plateaux de télé.

Si l’on vous parle de ça, c’est que Christiane F. a refait surface il y a quelques jours dans les journaux à scandales Allemands. Le livre s’achèvait sur un paragraphe de rédemption où l’on apprenait que Christiane F. s’en était sortie, qu’elle avait définitivement abandonné la drogue et vivait à Hamburg une vie clean et saine. Sauf qu’on apprend aujourd’hui que Mme F. vient de perdre la garde de son fils, qu’elle a replongé dans la drogue et que personne ne sait vraiment où elle est. Elle aurait été vue du côté de Kreuzberg, la “scène” s’étant déplacé de la gare de Zoo à Kottbusser Tor. 30 ans plus tard et 7 km au sud-est, la photo floutée de Christiane F. se retrouve aujourd’hui dans le Bild entre la pin-up dénudée et les résultats du foot…


Par Soizic Cadio

C’est la Fest dans mon Kiez

Aujourd’hui, samedi 12 juillet, les Kiez Kreuzbergiens de Graefestrasse, Bergmannstrasse et Reuterstrasse ont sorti leurs tables, leurs ballons et leurs orchestres pour une grande spaghetti party. Nous avons donc rejoint nos voisins sur le Maybach Ufer le long du canal, où se tient habituellement le marché Turc, pour aller manger notre assiette de pâtes à la sauce tomate.
Toute l’organisation de la “Lange Tafel” (la longue table) est gérée par les élèves des écoles du quartier, dont la célèbre Rütli Schule qui n’a visiblement pas mérité sa réputation. 

Le marathon de la spaghetti débute à midi et l’on peut poursuivre l’après-midi en jouant au jeu de l’oie ou en apprenant à danser le rock, pour les plus borderline. Des vieux, des ados, des bébés, des Français, des Turcs, des Allemands, des pâtes, des pâtes, oui mais des spaghetti.


Par Soizic Cadio

Où est Charlie? Au Hasenheide Park avec les Sameheads

Le meilleur remède contre la létargie déprimante du dimanche de lendemain de fête: un breakfast anglais au Parc Hasenheide organisé par les Sameheads. Nous y étions, comme peut-être les abonnés à notre newsletter qui ont reçu le flyer de la soirée… On sait désormais que le nom Sameheads rime avec bonne musique, looks hallucinants et atmosphère festive et on ne manquera plus une seule de leurs soirées, qu’elles aient lieu le soir ou l’après-midi, dans un parc, un Kebab ou un Kindergarten…

 


Aujourd’hui donc, c’était le parc, et le thème de la journée, “Où est Charlie”. L’enjeu était de trouver Charlie, ou Wally en Anglais, pour trouver la fête. On a donc sillonné le Hasenheide parc à vélo en cherchant l’origine de la musique et on a fini par la trouver. A défaut de breakfast, saucisse-lard au barbecue et bière, de quoi suffir au bonheur de la centaine de personnes qui ont gravité autour du dancefloor toute l’après-midi, vêtus de shorts de foot, de vêtements rayés rouge et blanc ou de costumes de chenille fait maison. La musique était parfaite (Emil doesnt drive, Bangkok Impact, Tutto Fatto…), les gens aussi. Un dimanche réussi.   


Pour vous mettre dans l’ambiance ou pour vous y replonger, cet extrait vidéo:

 


Par Soizic Cadio & Yann Faure

48 stunden Neukölln: Les nuits blanches n’ont qu’à bien se tenir…

Nous faisions référence dans notre article Berlin je ne t’aime plus à l’émergence de Neukölln comme quartier culturel et créatif de Berlin. Les 48 heures de Neukölln (48 stunden Neukölln) qui se tiennent jusqu’à demain étaient pour nous l’occasion de satisfaire notre curiosité et d’aller à la rencontre de ce quartier si décrié et si particulier.
Nous pensions dans un premier temps vous faire un compte-rendu post-évènementiel, mais la qualité de la manifestation et l’incroyable dynamisme de ce quartier nous oblige à un peu d’urgence rédactionnelle. S’il n’est pas trop tard à l’heure où vous lisez ces quelques lignes, enfourchez votre bicyclette ou sautez dans le premier U-bahn et allez voir:

- Une cave de ferme avec des souris blanches pendues sur des cordes à linge
- Une machine à écrire robotisée et connectée à Internet qui écrit toute seule
- Une ancienne poste reconvertie en centre d’art contemporain (avec un bar incroyable…)
- Un coin de trottoir sous bulle plastique jaune…
On arrêtera ici les énumérations, d’autant plus que le programme complet est disponible ici. Ce qui nous a surtout frappé dans cette manifestation, c’est le côté absolument naturel de toutes ces choses étranges, complètement intégrées dans le paysage urbain de Neukölln.


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Berlin, je ne t’aime plus ?



“Jamie Lidell : Donne-moi une bonne raison de quitter Berlin pour Paris.
Gonzales : Ta petite amie vit ici… moi aussi. Ça t’en fait deux ! “*

Miss Kittin est rentrée à Paris, Gonzales s’y est installé, Ellen Allien y distribue sa toute nouvelle ligne de vêtement (chez Colette). À l’heure où Paris fascine et attire les amateurs d’électro branchée et fluo, les icônes de la nuit Berlinoise prennent le chemin de l’exil.
Miss Kittin ne s’en cache pas. Après des années au service de l’underground berlinois, la DJ star aspire à une vie plus tranquille en terre Parisienne : « À mon retour à Berlin, je me suis dit : « C’est fini. » J’avais tourné une page de ma vie. Mais j’ai eu un pincement au cœur en quittant la ville (…). Après avoir commencé dans les squats à Genève, à peindre les murs et travailler dans un bar, après avoir connu l’explosion à Berlin, tout ça… Aujourd’hui je me sens bien à Paris. J’ai une vie plus beauf **» déclare Miss Kittin aux journalistes de Trax.
Cette envie d’ailleurs et d’autre chose des pionniers de la scène musicale Berlinoise marque-t-elle la fin d’une époque ou s’il en est la petite mort de Berlin comme pôle musical européen ?  

Berlin, la ville laboratoire ne sait pas garder ses enfants stars. La capitale allemande est vite dépassée par trendy Paris Paris quand il s’agit de Star appeal…. Berlin est un laboratoire, une ville où les artistes vont et viennent pour mûrir leurs projets loin de la hype et du star-system.
Mocky, Peaches, Feist, Gonzales, Miss Kittin, Ellen Allien, ou Jamie Lidell y ont fait leurs classes avant de venir éclabousser l’Europe de leurs productions. Hier maîtres de l’underground Berlinois dans les clubs de Mitte et de Prenzlauer Berg, les artistes de la première vague sonore Berlinoise sont aujourd’hui icônes pop figées sur le papier glacé de la presse musicale grand public. Des noms devenus trop grands, trop brillants pour Berlin l’underground, Berlin la pauvre, Berlin la verte…

À l’heure des départs, la question de l’influence culturelle et musicale Berlinoise sur le reste de l’Europe est posée. L’aube des années 2000 avait vu l’explosion d’une scène Berlinoise nourrie par l’effervescence du gigantesque chantier culturel et festif des années 90. Après Manchester dans les années 80, c’était au tour de Berlin d’attirer les artistes des quatre coins du monde.
Une époque révolue ? « Oui ! » répondront les nostalgiques, « non ! » si l’on en juge par l’arrivée massive de jeunes étrangers et d’artistes venus chercher dans la capitale leur petit bout de rêve Berlinois.

À l’image du producteur prodige Shonky qui vient de poser ses valises à Berlin, nombreux sont les artistes émergents qui délaissent le stress des grandes capitales pour goûter à la nonchalance Berlinoise. Ce sont également de nouveaux lieux qui succèdent aux squats historiques condamnés à fermer leurs portes (Tacheles, Unkul) au nom du développement économique de la ville. Oubliez donc le très chic et pseudo alternatif Mitte, les boboïsés Prenzlauerberg et Kreuzberg 61, les décors de ce deuxième acte se nomment Kreuzberg 36, Friedrichshain (déjà en phase de «lattemachiatisation» si l’on en croit l’excellent article de Stéphanie Pichon paru sur le site du petit journal de Berlin) et Neukölln, qui pour le magazine Zitty: « rockt » comme jamais.
L’effervescence et le brassage culturels sont tels, que la presse Berlinoise s’internationalise en même temps que la population, on connaissait Exberliner, magazine anglophone sur Berlin, voici Bang Bang Berlin !, un fanzine qui du haut de son deuxième numéro se veut la voix anglo-germanophone de la culture underground Berlinoise.

« Berlin, Acte II », c’est maintenant !

* Entretien parut dans le magazine Tsugi n°07 avril 2008
** Interview dans TRAX février 2008 n°110


Par Yann Faure


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.