Plus que 10 jours pour voir Thomas Demand

L’exposition Thomas Demand à la Neue Nationalgalerie se poursuit jusqu’au 17 janvier. Pas de temps à perdre donc, pour courir voir les photos de l’artiste dans le musée de verre. Une exposition de photographie où la photographie n’est qu’un des procédés artistiques utilisés parmi d’autres. La photo est un résultat, un medium final qui n’est là que pour rendre compte d’un processus. La méthode de travail de Thomas Demand est singulière, c’est d’abord l’image qui guide sa démarche : images personnelles, images d’archives, photos de presse… L’artiste s’attache ensuite à reproduire fidèlement cette image au travers d’une maquette en papier et carton. Il photographie la scène puis détruit la maquette. Le réel devient image, puis il est reconstruit artificiellement en trois dimensions, puis à nouveau figé pour être détruit.

Au delà de l’intérêt du procédé, l’exposition présentée par la Neue Nationalgalerie laisse songeur. Le visiteur déambule parmi les photographies géantes accrochées sur d’immenses rideaux de couleur sombre et observe pensivement des scènes glaciales et vidées de toute vie comme des scènes de crime reconstituées en laboratoire. Aucune présence humaine dans ces photos, les êtres étant définis par leur absence (des sièges vides, une tasse dans une évier, une table dressée avant un dîner). Pour donner la clé de chaque scène, la légende de chaque photographie, Thomas Demand a demandé à l’écrivain Botho Strauß d’écrire des textes. Moins explicatifs que contextuels, les textes apportent un éclairage sûrement plein de sens mais on peut tout aussi bien les ignorer sans scrupule et s’en tenir à l’image… Le thème général de l’exposition, c’est l’Allemagne, pays de naissance de l’artiste mis à l’honneur par tous les moyens et tous les médias en 2009.

Neue Nationalgalerie, Potsdamer Straße 50

S Potsdamer Platz, U2 Mendelssohn-Bartholdy-Platz

Entrée : 8 € / 4 € TR


Par Zou

Neue Nationalgalerie: Die aufregende Kunst des 20. Jahrhunderts

Le Kulturforum est une sorte de parallèle moderne à l’île des musées. On y trouve la Gemäldegalerie (musée de peintures classiques du 15ème au 19ème siècles), une bibliothèque d’art, un musée des instruments de musique, un centre de mode et de design… et la Neue Nationalgalerie consacrée à l’art moderne. Elle a beaucoup fait parler d’elle cet été avec la grande exposition au titre un brin provocant « Die schönsten Franzosen kommen aus New York » (Les plus beaux Français viennent de New York), consacrée à 150 tableaux de maîtres français prêtés par le Museum of Modern Art de New York. Face à l’affluence record de visiteurs, nous avons décidé de laisser passer l’effervescence (donc de rater l’expo) et de visiter la Neue Nationalgalerie quelques mois plus tard, à l’occasion de l’exposition « Die aufregende Kunst des 20. Jahrhunderts ». Je viens à l’instant de comprendre le titre de l’exposition, et par là-même l’expo elle-même, dont le sens m’a du coup échappé pendant la visite…

Il s’agit d’une sorte de grande rétrospective de la peinture du 20ème siècle, retraçant la plupart des grands courants picturaux à travers quelques œuvres représentatives. Tout y passe, dans le désordre : Expressionnisme, Expressionnisme Symbolique, Dadaïsme, Surréalisme, Réalisme, Bauhaus, Cobra, Art Minimal, art de la DDR… J’ai donc parcouru un peu sceptique l’histoire de l’art moderne en me perdant entre les pièces, les courants et la chronologie.

Et puis j’ai compris en regardant dans le dictionnaire le sens du mot « aufregend », qui signifie agaçant, énervant, irritant. Du coup, on comprend mieux le sens de cette expo et la justification de cette juxtaposition un peu chaotique. Il s’agit donc d’œuvres agaçantes, pas spécialement provocantes mais susceptibles d’irriter. Par exemple les « monochromes » américains du courant Colour Field Painting, un style dominant aux Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale qui cherchait à réduire ses tableaux à trois éléments fondamentaux : couleur, format, matière. Il s’agissait de s’abstraire de toutes les notions d’histoire, de mythe, de mélancolie, de mémoire, qui prévalaient dans la peinture européenne. Irritants aussi, les tableaux d’artistes contestataires Allemands de l’entre-deux-guerres (Otto Dix…), des artistes de la DDR…

Rétrospectivement, c’est une expo intéressante. Enfin ce petit mot « aufregend » est intéressant. Est-ce qu’il signifie que l’expo montre des peintures qui ont fait scandale en leur temps, qui ont irrité la morale, les dogmes et la bonne conscience de leurs contemporains ? Est-ce qu’elle nous parle de notre propre irritation face à des monochromes de Klein ou des néons de Dan Flavin ? D’ailleurs, à ce titre, j’ai rencontré un spécimen assez irritant des musées d’art moderne et contemporain. L’accompagnatrice d’un groupe de collégiens français qui cherchait à gagner la complicité de ses élèves en se ralliant à leurs railleries dans la salle dédiée à l’art minimal : « C’est vraiment scandaleux… Comment on peut exposer ça dans un musée ? Moi aussi je pourrais le faire… Tiens, c’est de l’art ça, l’étagère là ? ». Bref, une expo intéressante où on peut voir les liens, les passerelles, les connexions entre des styles et des époques, qui la plupart du temps nous échappent.

www.neue-nationalgalerie.de

8€ - 4€ tarif réduit – Le billet donne accès à l’ensemble du Kulturforum
U2 Mendelssohn-Bartholdy-Park

Par Zou


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