Hatch: Le musée du Sticker

Un sticker, c’est cool. C’est mieux qu’un flyer, moins encombrant qu’un poster, plus attachant qu’un post-it, bref, les stickers c’est trop chouette sans qu’on sache vraiment pourquoi, c’est le genre de petits trucs qu’on prend, qu’on garde, en se disant qu’on le collera sur un autre truc qui en vaut vraiment la peine, et puis rien n’en vaut jamais la peine, puisqu’une fois collé, le sticker redevient image, plus petit qu’un poster, moins mobile qu’un flyer, et moins utile qu’un post-it.
La suite..


Par Yann Faure

Bauhaus Archiv

Le Bauhaus Archiv Museum für Gestaltung est consacré, comme son nom l’indique, à l’histoire de ce très célèbre mouvement artistique, architectural et industriel que fut le Bauhaus. Le bâtiment qui l’abrite constitue en lui-même une sorte de manifeste du Bauhaus, puisqu’il a été crée par Walter Gropius, l’un des fondateurs du mouvement. Une curieuse passerelle en béton serpente jusqu’à l’entrée du musée. À l’Intérieur, on y trouve une importante collection d’archive du Bauhaus, de 1919 (date de sa fondation) à 1933 (date de sa dissolution par les autorités nazies). Entre ces deux dates, les fondateurs ont théorisé, au sein de l’école Bauhaus située d’abord à Dessau puis à Berlin, tous les fondamentaux d’une nouvelle forme d’art qui devait concilier fonctionnalité, esthétique et fabrication de masse. L’artisan n’était plus la figure centrale de la création mais laissait la place à la machine, qui, au service du créateur, devenait un moyen extraordinaire de créer en série les objets du quotidien. Lampes, services à thé ou à café, meubles… Tous devaient être repensés et refondés dans une nouvelle esthétique qui remettait leur fonction au centre. À observer tous les objets crées par les fondateurs du Bauhaus ou par leurs élèves dans les ateliers de l’école, on comprend à quel point ce mouvement a été capital au 20ème siècle et à quel point il est à l’origine de nos standarts de modernité.
Mais le Bauhaus n’était pas uniquement centré sur le design. Il fut également un mouvement artistique et architectural. Parmi les professeurs, on comptait notamment Paul Klee et Wassily Kandinsky, connus avant tout pour leurs peintures. On apprend d’ailleurs au cours de l’exposition que Paul Klee restait farouchement opposé à toute vision utilitaire de l’art. Il avait élaboré pendant ses cours une théorie des couleurs et des formes, le jaune étant un triangle, le rouge un carré et le bleu un rond. Visiblement, il avait un problème avec le vert, auquel il ne trouvait pas une personnalité assez forte pour le faire correspondre avec une forme définie.
Enfin, le Bauhaus a également un volet architectural, qui constitue peut-être le pivot du mouvement. Tous les directeurs successifs de l’école étaient des architectes. Des bâtiments en béton blanc, carrés, fonctionnels, ouverts sur l’extérieur par de nombreuses vitres, constituaient la marque de fabrique du Bauhaus.
La collection permanente permet donc de naviguer dans ces vingt années décisives dans l’histoire du design et de l’architecture moderne. Chronologie, manifestes, affiches sérigraphiées, peintures, maquettes, objets divers… Ma péférence va au jeu d’échec réalisé par Laszlo Moholy-Nagy. Là encore, il s’agissait de remettre au centre la fonction de l’objet et de repenser sa forme à partir de là. Les pièces du jeu d’échec n’ont donc plus les formes habituelles de tours, de cavaliers ou de fous mais ont une forme correspondant à leurs mouvements sur le plateau. La tour, qui avance toujours tout droit à une forme massive de carré. Le cavalier est un L, conformément à son avancée de deux cases tout droit puis d’une case sur le côté. Et le fou, qui n’avance qu’en diagonale, a logiquement une forme de croix. L’apprentissage des échecs m’aurait été plus facile avec un jeu du Bauhaus…
En plus de la collection permanente, vous pouvez voir jusqu’au 7 avril une reconstitution passionnante du pavillon allemand conçu par Walter Gropius pour l’exposition de design à Paris en 1930. La première salle est assez fascinante. Il s’agit de la reconstitution du “foyer” tel que le concevait Gropius. Selon lui, le mode d’habitat urbain à l’avenir ne devrait pas se concentrer sur la maison individuelle ou sur de petits immeubles mais plutôt sur de grands ensembles fonctionnels. Au coeurs de ces grands immeubles, une grande pièce commune à tous les habitants de l’immeuble devrait leur permettre de se rencontrer, de se divertir, de se détendre et de faire de l’exercice. La salle est donc aménagée autour d’un immense bar métallique, d’une piste de danse, avec de petits espaces pour lire ou écouter de la musique et une salle de sport avec piscine séparée par une grande baie vitrée. En voyant ça, on regrette que ces principes n’aient pas été mis en oeuvre et on rêverait d’habiter dans un immense immeuble Bauhaus. Tellement chic…

Par Soizic Cadio

Kreuzberg Museum : « Schade das Beton nicht brennt »

Il n’est pas très difficile de deviner que Kreuzberg est de loin notre quartier préféré. C’est un quartier fourmillant, attachant, vivant, qui s’affirme depuis plusieurs années comme un quartier à la mode, tout en restant populaire et accessible. À l’image de la ville entière, Kreuzberg recèle d’une multitude d’ambiances très différentes d’une rue à l’autre. Peu de points communs par exemple entre les après-midi paisibles de Kreuzberg 61 (Bergmannstrasse, Viktoria Park…) et les nuits agitées de Kreuzberg 36 (Oranienstrasse, le SO36…).
L’histoire de Kreuzberg 36 est si particulière qu’un petit musée lui est consacré. Situé à proximité de Kottbusser Tor, le musée de Kreuzberg est assez modeste mais fourmille de petits trésors. Situé au 2ème étage d’un étrange bâtiment, il se compose d’une seule pièce où les informations sont extrêmement condensées. On y trouve l’histoire du quartier des années 60 à aujourd’hui, avec une insistance toute particulière sur l’agitation sociale des années 80. C’est donc un musée très local, une sorte de musée du béton. D’abord l’infrastructure, l’architecture, et ses multiples évolutions. Ensuite, les gens qui y vivent et s’y accommodent.
Le premier intérêt de ce musée est la reconstitution du quartier en maquettes très précises, où chaque façade, chaque square, chaque boutique est représenté. Sous les maquettes, on trouve de curieuses jumelles dans lesquelles on aperçoit une photo en 3D d’un commerçant ou d’un habitant de Kreuzberg, dans sa boutique ou dans son appartement. Ces petits personnages figés dans les jumelles ont l’air étrangement vivants dans leur petite pièce en 3D.
Sur les murs, tout autour de la pièce, une longue frise chronologique reprend l’histoire du quartier grâce à des textes et des photos. Mieux vaut parler allemand si l’on veut saisir pleinement la dynamique de Kreuzberg. On y apprend que l’histoire du quartier, resté longtemps à la marge de la ville, a été très mouvementée. Situé à l’ouest du mur mais à l’est de la ville, le destin de Kreuzberg à l’époque du mur a été des plus singuliers. Dans les années 60 a été mise en œuvre une importante politique urbaine appelée « Sanierung », soit rénovation. Ce plan devait s’accompagner de destructions et de reconstructions d’immeubles et d’appartements pour leur donner un format standard, ce qui devait passer par de nombreuses expulsions et délogements. L’histoire de quartier est également étroitement liée à la communauté turque, largement concentrée à Kreuzberg dès les premières vagues de migration. Durant la période de « Sanierung », la communauté de Kreuzberg s’est animée, s’est révoltée, s’est unie contre. Scandalisée par les expulsions et les spéculations immobilières, elle a mis en place de nombreuses associations et réunions de quartier pour organiser la résistance par des actions spectaculaires comme l’occupation illégale de logements vides.
Enfin, confortablement installé dans un canapé, on peut achever sa visite en visionnant de courtes vidéos sur des thèmes qui ont fait l’histoire et la vie de Kreuzberg : la constitution du club mythique SO36, les manifestations, les émeutes urbaines et la répression policière, la communauté turque… On peut également y voir un film dont le titre pourrait être celui du musée : « Schade das Beton nicht Brennt ». Dommage que le béton ne brûle pas.  

Kreuzberg Museum
U1 U8 Kottbusser Tor
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h
Entrée gratuite


Par Soizic Cadio

DDR Museum – Musée de la RDA

 

Voilà un sympathique petit musée qui ravira les Ostalgiques et les curieux. La surface paraît étroite mais le musée recèle de nombreux trésors cachés. Les faux murs sont en effet troués de tiroirs ou de penderies que l’on ouvre en tirant sur une poignée. Surprise: des cahiers d’écoliers, la panoplie du parfait petit socialiste, la garde-robe de la travailleuse… Le musée de la DDR aborde dans un joyeux bordel tous les thèmes de la vie quotidienne dans l’ex-Allemagne de l’Est: les vacances, l’école, l’organisation du travail, les vêtements, la consommation, les loisirs, l’architecture, l’information, la Stasie…
Deux pièces sont particulièrement intéressantes: la Trabi dans laquelle on a le droit de s’asseoir (enfin pour ça, il faudra se battre avec tous les petits gosses qui veulent y monter avant vous) et la reconstitution d’un appartement-témoin. On entre par le salon, on s’assoit dans un canapé aux couleurs douteuses et on regarde la télé. On a même le choix entre un discours de Honecker et un épisode de Derrick. Dans la cuisine, on trouve toute une panoplie d’appareils ménagers très rigolos qu’on aimerait bien avoir chez soi.
On peut y passer 1 heure ou 3 heures mais on y apprend forcément un tas de choses. Et on a de fortes chances de rencontrer une petite dame de 60 ans qui nous dira qu’elle a les mêmes à la maison (les mêmes cahiers d’école, les mêmes robes, les mêmes assiettes…).  

www.ddr-museum.de
Karl Liebknechtstr. 1
Plein tarif : 5,50 € - Tarif réduit : 3,50 €


Par Soizic Cadio

Neue Nationalgalerie: Die aufregende Kunst des 20. Jahrhunderts

Le Kulturforum est une sorte de parallèle moderne à l’île des musées. On y trouve la Gemäldegalerie (musée de peintures classiques du 15ème au 19ème siècles), une bibliothèque d’art, un musée des instruments de musique, un centre de mode et de design… et la Neue Nationalgalerie consacrée à l’art moderne. Elle a beaucoup fait parler d’elle cet été avec la grande exposition au titre un brin provocant « Die schönsten Franzosen kommen aus New York » (Les plus beaux Français viennent de New York), consacrée à 150 tableaux de maîtres français prêtés par le Museum of Modern Art de New York. Face à l’affluence record de visiteurs, nous avons décidé de laisser passer l’effervescence (donc de rater l’expo) et de visiter la Neue Nationalgalerie quelques mois plus tard, à l’occasion de l’exposition « Die aufregende Kunst des 20. Jahrhunderts ». Je viens à l’instant de comprendre le titre de l’exposition, et par là-même l’expo elle-même, dont le sens m’a du coup échappé pendant la visite…

Il s’agit d’une sorte de grande rétrospective de la peinture du 20ème siècle, retraçant la plupart des grands courants picturaux à travers quelques œuvres représentatives. Tout y passe, dans le désordre : Expressionnisme, Expressionnisme Symbolique, Dadaïsme, Surréalisme, Réalisme, Bauhaus, Cobra, Art Minimal, art de la DDR… J’ai donc parcouru un peu sceptique l’histoire de l’art moderne en me perdant entre les pièces, les courants et la chronologie.

Et puis j’ai compris en regardant dans le dictionnaire le sens du mot « aufregend », qui signifie agaçant, énervant, irritant. Du coup, on comprend mieux le sens de cette expo et la justification de cette juxtaposition un peu chaotique. Il s’agit donc d’œuvres agaçantes, pas spécialement provocantes mais susceptibles d’irriter. Par exemple les « monochromes » américains du courant Colour Field Painting, un style dominant aux Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale qui cherchait à réduire ses tableaux à trois éléments fondamentaux : couleur, format, matière. Il s’agissait de s’abstraire de toutes les notions d’histoire, de mythe, de mélancolie, de mémoire, qui prévalaient dans la peinture européenne. Irritants aussi, les tableaux d’artistes contestataires Allemands de l’entre-deux-guerres (Otto Dix…), des artistes de la DDR…

Rétrospectivement, c’est une expo intéressante. Enfin ce petit mot « aufregend » est intéressant. Est-ce qu’il signifie que l’expo montre des peintures qui ont fait scandale en leur temps, qui ont irrité la morale, les dogmes et la bonne conscience de leurs contemporains ? Est-ce qu’elle nous parle de notre propre irritation face à des monochromes de Klein ou des néons de Dan Flavin ? D’ailleurs, à ce titre, j’ai rencontré un spécimen assez irritant des musées d’art moderne et contemporain. L’accompagnatrice d’un groupe de collégiens français qui cherchait à gagner la complicité de ses élèves en se ralliant à leurs railleries dans la salle dédiée à l’art minimal : « C’est vraiment scandaleux… Comment on peut exposer ça dans un musée ? Moi aussi je pourrais le faire… Tiens, c’est de l’art ça, l’étagère là ? ». Bref, une expo intéressante où on peut voir les liens, les passerelles, les connexions entre des styles et des époques, qui la plupart du temps nous échappent.

www.neue-nationalgalerie.de

8€ - 4€ tarif réduit – Le billet donne accès à l’ensemble du Kulturforum
U2 Mendelssohn-Bartholdy-Park

Par Soizic Cadio

Hamburger Bahnhof – Museum für Gegenwart

Un des musées Berlinois les plus intéressants. Un petit conseil pratique: le Hamburger Museum est gratuit le jeudi, comme tous les musées gérés par la ville, 4 heures avant la fermeture, à savoir de 14h à 18h. Il faut descendre du S-Bahn à Hauptbahnhof et sortir du côté de la très moche statue-cheval. Après avoir traversé 3 ou 4 feux, en plusieurs fois bien sûrs, puisqu’une des spécificités de Berlin est d’avoir des feux de signalisation trop courts pour que les piétons puissent traverser en une fois, on se retrouve face au grand bâtiment un peu classique du musée, sur lequel trônent les Néons bleus verticaux de Dan Flavin.
Ce musée, comme son nom l’indique, est une ancienne gare reconvertie en musée d’art contemporain en 1996. Une reconversion très réussie, et on imagine avec une petite larme ce qu’aurait pû être le Palais de la République…

En entrant, on arrive directement dans le hall de gare. Sur la droite se trouvent les pièces dédiées à la collection permanente. Andy Wahrol, Anselm Kiefer, Rauschenberg, Joseph Beuys…
Le reste de cet immense espace est dédié aux nombreuses expositions temporaires. Parmi les expos vues là-bas, la grande expo „Schmerz“ de cet été. En collaboration avec le musée d’histoire de la médecine, cette expo fascinante a été conçue sur le thème de la douleur sous toutes ses formes. De la souffrance du Christ à la mélancolie, des organes malades exposés en vitrine à la représentation du deuil par Bill Viola. Un seul regret: une pièce fermée à l’entrée de laquelle un large panneau avertissait „WARNING“, interdit aux femmes enceintes, aux enfants, aux cardiaques, aux petits Mickey… En voyant le visage blême et les cheveux décoiffés des gens qui en sortaient, je me suis dégonflée…

Jusqu’au 24 février, on peut voir au Hamburger bahnhof l’expo temporaire consacrée à Heinz Emigholz et intitulée Die Basis des Make-up. Une seule pièce consacrée à l’œuvre hors-norme de l’artiste. Aux murs, des centaines de dessins noir et blanc sont accrochés à quelques centimètres d’intervalle, remplissant tout l’espace. Au centre, des centaines de carnets exposés sous vitrines et un film reprenant les pages des carnets à un intervalle très rapide, donnant ainsi une certaine cohérence à l’ensemble. L’effet est assez hypnotisant. Les images et les textes se superposent sans que notre notre cerveau ait le temps de vraiment les distinguer et les analyser mais il choisit à notre insu de se focaliser sur certaines images, sans qu’on sache pourquoi. Une expo intéressante bien qu’un peu frustrante. Ce trop plein d’images donne un vertige qui empêche de se fixer sur une seule. Et tous ces petits carnets noircis de pattes de mouche qu’on ne peut pas feuilleter ni déchiffrer. Bref, une œuvre monstrueuse dont on ne peut saisir que quelques bribes.

www.hamburgerbahnhof.de
S-Bahn Hauptbahnhof

Par Soizic Cadio


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