Du sex in the city : Sébastien Tellier à Berlin le 9 mai

Décidément, l’Europe musicale n’en finit plus de se faire. Après la deuxième édition de la nuit européenne des clubs le week-end dernier, c’est au tour de notre représentant national à l’Eurovision de faire la une de l’actualité culturelle Berlinoise. Sébastien Tellier sera en effet de passage à Berlin le 9 mai au club Cookies pour une interprétation live de son dernier album, Sexuality, paru chez Record Makers. Le label a montré un savoir-faire impressionnant dans le développement d’artistes, en témoigne la montée fulgurante des artistes Klub des Loosers, Kavinsky, et bien sûr Sébastien Tellier…

L’artiste déchaînait récemment les passions et les foudres des défenseurs fanatiques de la francophonie (on en parlait même sur RFI) car la chanson (Divine) que Sébastien Tellier interprétera pour l’Eurovision est en Anglais (pardon Molière). Bref, encore une preuve de l’étroitesse d’esprit de certains hommes politiques qui n’ont toujours pas conscience que la réputation de la culture française à l’étranger ne se fait pas exclusivement à grands coups de petit Larousse. Les mauvaises langues devraient plutôt jeter un œil au nombre impressionnant de visites de la page Myspace de Sébastien Tellier et s’entretenir un court instant avec nos voisins Britanniques et Allemands, encore sous le choc du maxi « Sexual Sportswear ».

L’album Sexuality, produit par Guy-Manuel de Homem-Christo (Daft Punk), est une petite perle, un album touchant, direct, moite et synthétique avec des gros morceaux de sexe eighties dedans. On attend avec impatience la performance live du virtuose, en attendant allez donc faire un tour sur sa page myspace.

myspace.com/telliersebastien


Par Yann Faure

Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin

A l’image de la Fernsehturm elle-même, voilà un roman qui se mérite. Massive, imposante, fière voire arrogante, la tour télé qui orne Alexanderplatz se laisse admirer de loin et sa pointe rouge et blanche fait figure de phare symbolique, de point de repère pour le piéton qui se dit : « Regarde, la Fernsehturm est juste là, on est tout près de l’Alexanderplatz ». Grave erreur. Lorsque l’on se dit ça, on est quasiment sûr d’avoir encore trois bons quarts d’heure de marche pour l’atteindre. Mais quelle récompense quand on y arrive enfin.  

Il en va un peu de même avec le roman d’Alfred Döblin. Dès les premières pages et quasiment jusqu’à la fin, on se dit qu’on n’y arrivera pas. Quel étrange langage, quelle étrange histoire, quel étrange personnage… Alexanderplatz, « l’Alex », est la scène, le cœur du roman, et un personnage à part entière. Alexanderplatz dans les années 1920… Peut-on imaginer cet endroit sans son âme communiste ? Peut-on se représenter cette place sans son immense tour télé devenu un symbole de la ville servi à toutes les sauces ? Mais le Berlin d’Alfred Döblin n’est pas monumental. La prison de Tegel exceptée, on n’y voit que des rues, des immeubles, des Kneippe et des gens. Les monuments sont absents et c’est tant mieux.

L’histoire est celle de Franz Biberkopf, un homme solide et costaud, ancien déménageur, qui sort de quatre ans de prison pour avoir battu à mort sa compagne, Ida. Sa sortie de prison marquera le début d’un dur retour à la vie et à la ville. Franz Biberkopf fait le vœu de mener dorénavant une vie honnête, loin de la pègre et des bas-fonds berlinois. Les circonstances en décideront autrement. Il rencontrera des femmes, jusqu’à la petite Mimi qu’il adorera. Il rencontrera des hommes, jusqu’à l’infâme Reinhold qui causera sa perte. Au cours de toutes ces aventures, il perdra : un bras, sa Mimi, son honnêteté, sa naïveté, son argent, son poids. Jusqu’à la folie et la rédemption finale.

Mais plus encore que l’histoire, c’est la langue qui est intéressante ici. C’est un cliché qui se répète dès qu’on évoque Berlin Alexanderplatz mais c’est effectivement un roman qui rappelle beaucoup le Voyage au bout de la nuit de Céline. Même si les auteurs ont peu de choses en commun à part leur époque : Alfred Döblin est Juif et devra quitter l’Allemagne en 1933, Céline est antisémite et collaborateur et s’exilera en Allemagne en 1945. Mais les deux romans sont des romans qui gueulent. Des romans sonores à la langue vivante voire violente. C’est aussi cette langue qui rend la lecture difficile, d’autant que la traduction semble être un peu datée. Les personnages de Berlin Alexanderplatz parlent dans ce livre comme ils devaient parler en 1928 dans les bars enfumés de Berlin :

« - Que se passe-t-il donc aujourd’hui, Cilly ? C’est jour férié ?
Elle arrangeait sa coiffure.
- Ben ! Oui, c’est dimanche.
- Non, fête pour de bon que j’veux dire.
- P’t-être bien chez les Catholiques, j’en sais rien.
- Rapport aux Cloches qui font tout ce potin.
- Quand ça ?
- Mais là, à la minute, pardi !
- J’ai rien entendu. T’as entendu qu’eque chose, Franz ?
- J’te crois, qu’est ce qui t’faut alors !
- T’auras rêvé grosse bête ! »

Et ces cloches, c’est le début de la fin pour Franz.
Entre ces dialogues et la narration des aventures de Franz, le narrateur nous parle beaucoup : de la météo, de la mort, des agneaux et des veaux sans défense que l’on égorge dans les abattoirs, de la vie, de la politique… En outre, ses titres sont pour le moins explicites et aident le lecteur à s’y retrouver dans le déroulement des chapitres : « Les dimensions de Franz Biberkopf, il est de taille à se mesurer avec les héros de l’antiquité », « A homme nouveau, métier nouveau ou pas métier de tout », « Le mercredi des cendres. Mais le lecteur peut aussi bien sauter ce chapitre » (j’aime particulièrement ce dernier titre…).
Bref, Berlin Alexanderplatz est un roman… proliférant. Dont la lecture demande courage et persévérance…


Par Soizic Cadio

Fermeture du Tacheles

Le 31 décembre 2008, le célèbre Tacheles devra fermer ses portes. Le Fundus Gruppe prévoit en effet de racheter les 28 000 m² en ruine où se nichent une trentaine d’ateliers d’artistes, pour y construire un complexe comprenant un hôtel 5 étoile et des boutiques de luxe.

Expansion capitaliste vs alternative résistante? Dans les articles que l’on peut lire à ce sujet, c’est noir ou blanc. Soit le Tacheles est une ruine qui fait tâche au cœur de Mitte, soit il est le lieu unique d’une créativité exemplaire. Le débat n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Le Tacheles est en effet une ruine mais faut-il pour autant considérer qu’il effraie les touristes de Mitte? Bien au contraire. Les aficionados du Mitte, côté chic ou côté choc, les touristes un peu curieux adorent visiter cet endroit avec l’impression grisante de s’encanailler et d’être au cœur de l’underground berlinois. À quelques pas de la Friedrichstrasse et de ses grands magazines, ils peuvent s’offrir à peu de frais le sentiment de toucher à la culture alternative qui confère à Berlin son aura internationale. Le Tacheles est le lieu de résidence et de résistance d’une communauté d’artistes et semble très utile à la vitrine berlinoise. Il revendique à ce titre plus de 300 000 visiteurs chaque année. Le combat du Tacheles est louable et on espère qu’il obtiendra un renouvèlement de son bail. Pour autant, on pense que la véritable créativité de Berlin ne se situe pas juste ici. Elle est profonde, souterraine, discrète ou exubérante. Elle éclot dans les nombreux ateliers d’artistes, à l’abri des regards jusqu’à la potentielle exposition, dans des galeries, ou dans des lieux plus sombres et punks encore que le Tacheles, où le touriste de Mitte ne pourra aller si commodément entre une visite du Reichstag et une séance photo sur Alexanderplatz…
http://www.tacheles.de/

Par Soizic Cadio

DDR Museum – Musée de la RDA

 

Voilà un sympathique petit musée qui ravira les Ostalgiques et les curieux. La surface paraît étroite mais le musée recèle de nombreux trésors cachés. Les faux murs sont en effet troués de tiroirs ou de penderies que l’on ouvre en tirant sur une poignée. Surprise: des cahiers d’écoliers, la panoplie du parfait petit socialiste, la garde-robe de la travailleuse… Le musée de la DDR aborde dans un joyeux bordel tous les thèmes de la vie quotidienne dans l’ex-Allemagne de l’Est: les vacances, l’école, l’organisation du travail, les vêtements, la consommation, les loisirs, l’architecture, l’information, la Stasie…
Deux pièces sont particulièrement intéressantes: la Trabi dans laquelle on a le droit de s’asseoir (enfin pour ça, il faudra se battre avec tous les petits gosses qui veulent y monter avant vous) et la reconstitution d’un appartement-témoin. On entre par le salon, on s’assoit dans un canapé aux couleurs douteuses et on regarde la télé. On a même le choix entre un discours de Honecker et un épisode de Derrick. Dans la cuisine, on trouve toute une panoplie d’appareils ménagers très rigolos qu’on aimerait bien avoir chez soi.
On peut y passer 1 heure ou 3 heures mais on y apprend forcément un tas de choses. Et on a de fortes chances de rencontrer une petite dame de 60 ans qui nous dira qu’elle a les mêmes à la maison (les mêmes cahiers d’école, les mêmes robes, les mêmes assiettes…).  

www.ddr-museum.de
Karl Liebknechtstr. 1
Plein tarif : 5,50 € - Tarif réduit : 3,50 €


Par Soizic Cadio


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.