Zweitausendeins, culture mega billig

(photo non contractuelle)

Si vous rêvez de trouver le catalogue de la collection Friedrich Christian Flick au Hamburger Bahnhof (568 pages de Jeff Koons, Bruce Nauman, Nam June Paik, Thomas Ruff, Cindy Sherman) pour 5,99€, vous serez content d’apprendre l’existence de Zweitausendeins.
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Par Soizic Cadio

Berlin für Arme, Berlin pour les pauvres, Bernd et Luise Wagner

Dans les librairies berlinoises, le rayon le plus complet, et sans doute le plus lucratif, semble être le rayon « guides ». A côté des grands classiques réactualisés chaque année au rythme des transformations incessantes de la ville, on trouve en général tout une panoplie de guides qui veulent nous vendre du Berlin à toutes les sauces : Berlin à vélo, Berlin en Trabi, Berlin à l’époque communiste, Berlin et les tags, Berlin pour les végétariens, Berlin pour les ours… Ou Berlin pour les pauvres, un ouvrage qui apporte un nouveau souffle au créneau « guides ». Nous nous sommes donc plongés avec intérêt dans la lecture de Berlin für Arme, de Bernd et Luise Wagner, ovni amusant, rafraîchissant et fort pratique pour les lapins aux poches percées…

 

Inutile de revenir sur les statistiques habituelles qui tendent à enfoncer le clou une fois pour toutes : oui, Berlin est une ville pauvre et ses habitants le sont aussi, du moins les 200 000 berlinois qui vivent de l’aide sociale (345 €). C’était le cas de Bernd Wagner, l’auteur de cet ouvrage. Avec 345 € par mois, mieux vaut être ingénieux et malin, ce qui est également son cas.

 

Berlin pour les pauvres est plus que le reflet d’une ville, c’est un livre dans l’air du temps. A l’heure où les discours politiques incitent la population à travailler toujours plus pour gagner juste assez, la population manifeste pour un pouvoir d’achat décent en France, et les fonctionnaires berlinois découvrent les bienfaits de la grève. Bernd Wagner lui, ne rêve pas de gagner plus. Il a seulement décidé que l’on pouvait faire de la pauvreté un véritable art de vivre, pas seulement de survivre. Selon lui, la pauvreté est la condition naturelle de l’homme. Diogène ne vivait-il pas dans un tonneau ? Et que dire de notre ancêtre, l’homme de Cro-Magnon ? Un fois ce constat établi, Bernd Wagner entreprend de nous donner un ensemble de conseils bien avisés pour vivre à Berlin en étant pauvre, à commencer par le moyen d’obtenir l’aide sociale : avant tout, ne pas se décourager, même si votre dossier tombe dans une faille spatio-temporelle de l’administration… Ensuite, comment se nourrir de manière équilibrée avec 345 € par mois ? D’abord, connaître comme sa poche les offres et les prix des différents supermarchés discount, parce que tout pauvre bien informé doit savoir que l’huile d’olive est bien moins chère chez Aldi que chez Lidl ! On peut aussi aller se servir directement chez le producteur, c’est-à-dire partir à la cueillette dans la nature. Une carte de Berlin nous montre quels sont les meilleurs endroits pour trouver champignons, mirabelles et autres noisettes.

 

Bernd Wagner pense aussi à nourrir nos esprits en nous donnant une foule de tuyaux pour se cultiver à l’œil. Musées, théâtres, littérature, concerts, cinéma… : chaque activité requiert un certain nombre de techniques, que l’on sent vécues et expérimentées. Mais le mieux reste quand même de s’alimenter tout en se cultivant, ou de se cultiver tout en boulotant. Pour ça, rien de mieux que les vernissages des galeries et les réceptions des ambassades. On peut retrouver à la fin du livre la liste des ambassades généreuses en buffet, avec leur adresse et le jour de la fête nationale du pays en question, occasion rêvée de s’incruster dans une réception officielle ! La dernière partie du livre, consacrée aux adresses, est une mine d’informations : les clubs gratuits, les restaurants pas chers, les friperies, les bouquinistes, les bureaux des objets trouvés… Si on a besoin d’un parapluie, il suffit de se rendre au bureau des objets trouvés de la BVG, compagnie des transports de Berlin, et de réclamer un parapluie noir perdu il y a trois jours. Apparemment, on a 9 chances sur 10 de s’entendre répondre « oui, c’est celui-ci ? » …

 

Ce petit livre rouge est tout à la fois : un guide pratique, un livre drôle et divertissant, un manifeste sur le mode de vie et de consommation actuel… On attend maintenant le guide « Paris pour les pauvres », avant qu’il n’y ait plus d’étudiants, de chômeurs, d’artistes et de travailleurs pauvres à Paris…

Berlin für Arme, Bernd et Luise Wagner, Eichborn Berlin, 8 €


Par Soizic Cadio

Rencontre avec Patrick Suel, fondateur de la librairie Zadig à Berlin


En septembre 2003, Patrick Suel a crée Zadig, la librairie française de Berlin. Les Lapins techno sont allés le rencontrer il y a quelques semaines pour savoir comment c’est d’être libraire à Berlin, libraire francophone, libraire indépendant, libraire tout court.  

Pourquoi avoir choisi le nom de Zadig ?
Parce que Zadig comme Zorro, comme Voltaire et comme Zidane… Plus sérieusement, on voulait un nom qui incarne le classicisme et l’humanisme, et qui sonne Arabe. Simplement. Crûment. On voulait un nom qui sonne « Multikulti » comme on dit ici, multiculturel, pour ressembler à la France d’aujourd’hui. Quand on va à Paris, c’est beaucoup plus coloré, métissé qu’à Berlin par exemple. On a naturellement pensé à Voltaire parce que c’est un personnage récurrent qui a une certaine cote ici. Il y avait donc dans ce nom une accroche évidente, qui s’est imposée à nous.

Etiez-vous déjà libraire avant de créer Zadig ou avez-vous suivi une formation de libraire ?
Ni l’un ni l’autre. J’avais beaucoup d’amis dans la filière du livre et j’étais surtout public de librairies, j’ai beaucoup acheté de livres. Avant, j’avais fait de la philo. Et une formation n’est pas obligatoire pour monter une entreprise. Par définition, il faut avoir une idée. Notre idée était de créer une librairie francophone et, au bout de quatre ans d’existence, on peut dire qu’on y est parvenu. On a respecté ce titre programmatique en faisant le choix de la diversité et des francophonies au pluriel : les francophones d’Europe, les francophones Nord-africains, Africains, Québécois… Ce qui m’intéressait et me passionne encore, ce sont les îlots francophones des pays de l’Est, en Roumanie, en Pologne… L’équation était là : Berlin est une ville qui réunit l’Est et l’Ouest et Berlin représente un Orient pour les Français. Cet aspect oriental s’incarne dans le logo de Zadig. Et la boucle est bouclée.

Et pourquoi avoir choisi Berlin?
Je n’ai pas choisi Berlin, c’est Berlin qui m’a choisi. Berlin est un coup de cœur. Je n’ai pas ciblé une ville en fonction de mes projets. Comme pour beaucoup de Français ici, c’est Berlin la base de mon inspiration et de ma motivation. On n’était pas sûr que ça prendrait au début mais au bout de quatre ans, avec les contraintes, les difficultés qu’on a eues et le peu de gain - parce qu’un libraire ne gagne jamais de sous - on est à même de dire qu’on a fait quelque chose. Pour ça, on doit rendre hommage à Berlin, qui incarne le modèle culturel parfait pour une librairie. Berlin a été une bonne base pour renouveler les genres, parce qu’ici on était inattendus. On n’est pas seulement un comptoir du livre français basique, on a aussi un côté artistique, künstlerisch, un peu avant-garde, qu’on a cultivé au début mais qui prend très bien ici.

Vous parliez de contraintes et de difficultés. Est-ce que, en tant que libraire français à l’étranger et compte tenu de la spécificité de votre clientèle, vous ressentez la crise du marché de livre ?
Les libraires ne sont pas touchés par la crise du marché du livre, ou du moins ce ne sont pas eux qui en souffrent le plus. Il est vrai qu’il y a des librairies qui ferment à cause des phénomènes de concentration, et que les libraires ne gagnent peut-être pas autant qu’ils pourraient attendre, mais la crise vient de la surproduction. Je pense que les gens lisent mieux mais qu’on les inonde beaucoup trop. La crise du livre vient des 600 ou 700 nouveaux livres publiés chaque année pour la rentrée littéraire. Moi je me place sur le front des libraires indépendants. C’est un concept très français. Il s’agit de défendre la qualité et de savoir éponger la surproduction de certains éditeurs.

Justement, comment et sur quels critères opérez-vous cette sélection pour « éponger la surproduction » ?
Dans le métier de librairie, on parle de fonds, un peu comme un fond de sauce j’allais dire… Puis on fait monter en « gamme », à partir de ses intuitions de départ. On a aussi suivi certains clients à la trace sur leurs goûts, comme le ferait une librairie de quartier. Dès le départ, on a adopté cette démarche pragmatique et méthodique du commerce de proximité. Sauf que notre zone, c’est Berlin. Et je pense qu’on a collé assez facilement au goût d’ici.
Quand je parle de difficultés, c’est surtout la logistique : les facilités de paiement des éditeurs, le besoin de fluidifier le commerce du livre, de raccourcir les délais de livraison… Dès le début, on a voulu envoyer des signes aux clients, en établissant une grille de prix, en garantissant des délais, et on continue à se battre pour ça : des livres qui mettent quinze jours pour arriver de Paris, c’est inadmissible. C’est mon plus gros boulot de lobbyiste en France et dans l’Association Internationale des Libraires Francophones (AILF). Donc tout n’est pas satisfaisant, c’est clair, mais je pense qu’on est quand même parvenu à apporter un souffle d’air frais, à dépoussiérer le métier.

Vous aviez pensé à la librairie française des Galeries Lafayette avant de créer Zadig ?
Disons que j’ai compté sereinement avec. J’avais même compté avec la Romanische Buchhandlung près de la Savignyplatz, qui était un commerce de qualité mais qui était déjà en difficulté à l’époque. Je ne suis pas un fin stratège, j’ai fait ça avec le cœur, les tripes et l’opinion aussi. Je voulais tenter ma chance et j’ai compté avec ces deux concurrents là. Mais en même temps la conjoncture est bonne, on a fait notre place.

Entretenez-vous des liens particuliers avec les « institutions » Françaises de Berlin : Ambassade, Institut Français, Gazette de Berlin…
Oui, absolument. Je connais très bien le fondateur de la Gazette de Berlin, journal qu’on a vu naître. Dans le réseau institutionnel, on a de très bons rapports avec le Bureau du livre de l’Ambassade, avec l’Institut Français et la fondation Genshagen, une fondation franco-allemande datant de la chute du mur et qui a des programmes littéraires. Je n’ai pas de préjugés, je suis ouvert au développement de partenariats avec tous ceux qui travaillent sur la promotion des auteurs, des éditeurs. On a aussi tissé des liens avec des autorités francophones mais non françaises, la Belgique par exemple.

Pensez-vous avoir un rôle de conseil plus fort encore qu’un libraire classique, du fait de la spécificité de votre clientèle, qui souhaite sans doute maintenir un lien affectif et intellectuel fort avec son pays et être au courant de son actualité ?
Non je ne crois pas. Les Français ici sont très bien renseignés. La clientèle française a changé : elle est plus jeune, a moins de pouvoir d’achat, mais elle fait la navette entre Paris et Berlin grâce aux compagnies low cost et elle est très instruite et renseignée sur ce qui se passe en France. Les meilleurs acheteurs lisent au moins Le Monde des Livres, ce qui est déjà beaucoup. C’est le niveau culturel de Berlin qui est intéressant, et notre clientèle allemande est elle aussi très informée. D’après un comptage rigoureux que nous avons fait deux étés de suite, notre clientèle se compose à 50-50 de Français (ou francophones), et d’Allemands.
Ce que je cherche à faire, c’est avant tout trier, inventorier, tenter de guider les clients hors des sentiers battus et des idées reçues. Bien sûr, je garde un ton bien à moi, j’ai mes basiques et mes fondamentaux, on aime ou on n’aime pas…

Par exemple ?
Il y a plusieurs thèmes que j’affectionne, comme le paysagisme, l’architecture ou la jeune fiction francophone, mais je n’ai pas de credo unique auquel on pourrait me réduire. J’ai interrogé ma clientèle et j’ai parfois levé le pied sur certaines choses. On a moins aujourd’hui cette image élitiste ou tournée vers les jeunes auteurs branchés du moment. Ça nous a permis de lancer notre fonds et d’incarner une certaine nouveauté, mais on a très vite agrégé des classiques universels comme Boulgakov ou Faulkner…. On ne peut pas créer la librairie idéale dès le début, à moins d’être un gros investisseur avec des idées préconçues mais ça n’était pas ma démarche. Pour définir notre ton, on pourrait parler de subculture. Le terme « Underground », est tellement réducteur et galvaudé, surtout à Berlin et dans un quartier artistique comme celui-ci. Le mot élitiste me plaît encore moins. On peut dire exigeant et avant-garde. Dans ce domaine, le fonds qui plaît particulièrement à la clientèle allemande est tout ce qui touche à Marcel Duchamp, le dadaïsme, Guy Debord, le situationnisme… Le rayon de la pensée critique et des maîtres à penser du XXe siècle, à partir de Sartre et Camus, est très important chez nous et intéresse beaucoup la clientèle allemande. Voici quelques pistes pour résumer notre ton et notre action.

De quelles manières assurez-vous l’animation de votre librairie en tant que lieu culturel ?
On établit une programmation par semestre et selon l’actualité. J’ai toujours quatre ou cinq lectures en tête. J’ai maintenant pas mal de contact avec des auteurs qui vivent et travaillent ici, et il y en a de plus en plus. Je suis de plus en plus sollicité par des gens qui veulent faire des choses à Berlin, parce qu’ils y vivent ou parce qu’ils sont de passage. Je savais que dès que notre librairie connaîtrait un certain développement, cet aspect suivrait naturellement. Maintenant il faut trier, sélectionner. Par exemple, pendant la biennale d’art contemporain, on organise une exposition, chose que l’on n’a pas faite depuis deux ans. Il s’agit d’une exposition de l’artiste Corinne Laroche qui dans sa pratique du dessin sort des cadres convenus – elle se fait éditeur de cartes postales pour cet événement ! Je ne cherche pas à être animateur ou agitateur culturel, je n’ai pas envie d’être autre chose qu’un libraire. Je ne veux pas m’éparpiller et faire de l’événementiel pour l’événementiel et je n’ai pas envie de sortir de mon terrain d’action, qui est le livre, l’écrit. On m’a parfois sollicité pour mettre des choses sur les murs, j’ai souvent dit non. Mais cette fois, nous clôturerons l’exposition par une présentation de livres d’artistes, amis de l’artiste invitée ou bien auteurs de fascicules et ouvrages déjà présents dans la librairie. In fine, on retombe sur nos pattes.

Voudriez-vous nous faire partager votre dernier coup de cœur littéraire ?
Je m’intéresse de plus en plus aux auteurs du dadaïsme berlinois comme Raoul Hausmann et Richard Huelsenbeck, dont l’Almanach Dada a été réédité et publié aux Presses du Réel. Je m’intéresse beaucoup en ce moment aux années 20 à Berlin. Hélas, il y a très peu de traduction des auteurs de l’époque de la République de Weimar et je pense que nos chers éditeurs français feraient bien de revoir leurs domaines de traduction de la littérature allemande. C’est une époque passionnante sur laquelle il y a un manque, comme une impasse. On y vient peu à peu : Berlin Alexanderplatz de Döblin vient d’être retraduit chez Gallimard, Seul dans Berlin de Hans Fallada a crée un très fort engouement, aussi bien à Paris qu’à Berlin. Kurt Tucholsky par exemple, dont il n’y a plus aucun titre disponible à ce jour, n’est réédité qu’en cette fin d’année 2008 par l’excellent éditeur français Circé.

Cette époque me passionne car je pense que les années 20 avaient beaucoup de similitudes avec la nôtre. J’aime l’idée qu’une ville a des fondamentaux, une mémoire, une pérennité, et je crois que Berlin, tellement en vogue aujourd’hui, a toujours eu certaines de ces caractéristiques. La créativité de cette époque est méconnue parce que la tragédie nazie totalitaire, la double culpabilité allemande, le marasme qu’a vécu Berlin avec sa coupure en deux, ont occulté la vigueur de la scène artistique des années 20. Il y avait une vie la nuit, les cabarets, la danse, les théâtres… Le dadaïsme berlinois est très peu connu alors qu’il était extraordinairement avant-gardiste, de même qu’aujourd’hui beaucoup de choses tombent dans l’oubli, mais l’avant-garde c’est ça aussi. A mon humble avis, ce foisonnement et cette créativité étaient déjà là à l’époque.
J’aurai toujours un œil attentif sur la promotion des auteurs locaux, pour faire mon boulot d’acteur culturel français berlinois. C’est important de savoir pourquoi on est là. Berlin est une ville passionnante, il souffle ici un petit vent de folie et il y a un culte de l’avant-garde pour l’avant-garde, et tout ça a des sources.

Zadig, Linienstrasse 141
Du 26 avril au 10 mai, exposition “Le mur postal” de Corinne Laroche dans la librairie Zadig.

Par Soizic Cadio

10. Lange Buchnacht in der Oranienstrasse

Nous vous parlions il y a quelques semaines des nombreuses librairies qui animent la Oranienstrasse. La Lange Buchnacht, ou la longue nuit du livre, qui aura lieu pour la 10ème année consécutive le 12 avril prochain confirme l’intensité et la richesse de la vie culturelle et littéraire de ce quartier. Cette initiative est encouragée et soutenue par l’Union Européenne et le Land de Berlin dans le cadre du programme « Soziale Stadt », ville sociale. L’événement dépasse largement le cadre des librairies de la Oranienstrasse, puisque plus de 40 lieux y participent : magasins, cafés, bars, galeries, Kinder Garten, bibliothèques, musées, pompiers… Dans ces lieux, parmi lesquels on trouve le SO36, le Möbel Olfe, le musée de Kreuzberg, le Kiez Café, ou encore le café Alibi, auront lieu plus de 100 événements et manifestations liés au livre et à l’écrit. L’occasion parfaite pour découvrir cette rue pleine de charme que certains comparent à la parisienne rue Oberkampf. L’entrée est gratuite dans tous les lieux participant et pour toutes les manifestations présentées.
Vous pouvez retrouver le programme complet sur le site www.lange-buchnacht.de. Voici une petite sélection des lieux que Les Lapins Techno ne manqueront pas de visiter samedi prochain :  

15.00 / Feuerwagen / Oranienplatz Nordseite
Les pompiers expliqueront aux petits et aux grands enfants le fonctionnement d’un camion de pompiers. Chouette…

18.00 / Smyrna Kuruyemis / Oranienstrasse 27
Installation audio du journaliste et spécialiste de la popculture, Laf Üuberland, autour de textes de l’auteur de polar Américain, Ross Thomas.

18.30 / Mama Z. und Söhne / Oranienstrasse 186
Lea Straeisand, Martin Betz, Johannes Franke et Georg Weisfeld sont des prophètes du mardi. Tous les trois mardis, ils invitent quelqu’un pour parler de Dieu et du monde, vaste programme. Pour l’occasion, ils se font prophètes du samedi.

19.00 / Kreuzberg Museum / Adalbertstrasse 95A
Présentation du gagnant du concours jeunesse organisé conjointement par le magazine Zitty et la librairie Modern Graphics sur le thème Chance / Poisse

19.30 / Max & Moritz / Oranienstrasse 162
Nuit du polar sur le thème « mourir en beauté » : lectures de différents auteurs et vidéoprojections

20.00 / Kreuzberg Museum / Adalbertstrasse 95A
Visite guidée des plaques commémoratives de la Oranienstrasse en mémoire des victimes de la Shoah et des lieux où elles habitaient.

20.00 / NGBK / Oranienstrasse 25
Nichtstun !… in der neuen Gesellschaft : littératures de l’art de ne rien faire dans la société d’aujourd’hui.

20.30 / SO36 / Oranienstrasse 190
« Berlin pour les pauvres » : leçon et lecture de Bernd et Luise Wagner

21.00 / Modern Graphics / Oranienstrasse 22
Lecture de l’œuvre de Marco Denevi « Ein Hund auf Albrecht Dürers Stich, Ritter, Tod und Teufel » avec projection des dessins de l’artiste espagnol Max.

21.30 / Schokofabrik / Marianenstrasse 6
Que fait un reporter local ? Waltraud Schwab, reporter au Taz, lit des reportages et portraits de gens, de lieux et d’événements de Berlin.

22.00 / Möbel Olfe / Reichenbergerstrasse 177
Longue nuit de la clope. Lecture de textes sur la cigarette, les fumeurs, la fumée.

Après cette longue journée et cette longue nuit, nous vous ferons un petit compte-rendu de l’événement et nous attendons les vôtres.


Par Soizic Cadio

Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin

A l’image de la Fernsehturm elle-même, voilà un roman qui se mérite. Massive, imposante, fière voire arrogante, la tour télé qui orne Alexanderplatz se laisse admirer de loin et sa pointe rouge et blanche fait figure de phare symbolique, de point de repère pour le piéton qui se dit : « Regarde, la Fernsehturm est juste là, on est tout près de l’Alexanderplatz ». Grave erreur. Lorsque l’on se dit ça, on est quasiment sûr d’avoir encore trois bons quarts d’heure de marche pour l’atteindre. Mais quelle récompense quand on y arrive enfin.  

Il en va un peu de même avec le roman d’Alfred Döblin. Dès les premières pages et quasiment jusqu’à la fin, on se dit qu’on n’y arrivera pas. Quel étrange langage, quelle étrange histoire, quel étrange personnage… Alexanderplatz, « l’Alex », est la scène, le cœur du roman, et un personnage à part entière. Alexanderplatz dans les années 1920… Peut-on imaginer cet endroit sans son âme communiste ? Peut-on se représenter cette place sans son immense tour télé devenu un symbole de la ville servi à toutes les sauces ? Mais le Berlin d’Alfred Döblin n’est pas monumental. La prison de Tegel exceptée, on n’y voit que des rues, des immeubles, des Kneippe et des gens. Les monuments sont absents et c’est tant mieux.

L’histoire est celle de Franz Biberkopf, un homme solide et costaud, ancien déménageur, qui sort de quatre ans de prison pour avoir battu à mort sa compagne, Ida. Sa sortie de prison marquera le début d’un dur retour à la vie et à la ville. Franz Biberkopf fait le vœu de mener dorénavant une vie honnête, loin de la pègre et des bas-fonds berlinois. Les circonstances en décideront autrement. Il rencontrera des femmes, jusqu’à la petite Mimi qu’il adorera. Il rencontrera des hommes, jusqu’à l’infâme Reinhold qui causera sa perte. Au cours de toutes ces aventures, il perdra : un bras, sa Mimi, son honnêteté, sa naïveté, son argent, son poids. Jusqu’à la folie et la rédemption finale.

Mais plus encore que l’histoire, c’est la langue qui est intéressante ici. C’est un cliché qui se répète dès qu’on évoque Berlin Alexanderplatz mais c’est effectivement un roman qui rappelle beaucoup le Voyage au bout de la nuit de Céline. Même si les auteurs ont peu de choses en commun à part leur époque : Alfred Döblin est Juif et devra quitter l’Allemagne en 1933, Céline est antisémite et collaborateur et s’exilera en Allemagne en 1945. Mais les deux romans sont des romans qui gueulent. Des romans sonores à la langue vivante voire violente. C’est aussi cette langue qui rend la lecture difficile, d’autant que la traduction semble être un peu datée. Les personnages de Berlin Alexanderplatz parlent dans ce livre comme ils devaient parler en 1928 dans les bars enfumés de Berlin :

« - Que se passe-t-il donc aujourd’hui, Cilly ? C’est jour férié ?
Elle arrangeait sa coiffure.
- Ben ! Oui, c’est dimanche.
- Non, fête pour de bon que j’veux dire.
- P’t-être bien chez les Catholiques, j’en sais rien.
- Rapport aux Cloches qui font tout ce potin.
- Quand ça ?
- Mais là, à la minute, pardi !
- J’ai rien entendu. T’as entendu qu’eque chose, Franz ?
- J’te crois, qu’est ce qui t’faut alors !
- T’auras rêvé grosse bête ! »

Et ces cloches, c’est le début de la fin pour Franz.
Entre ces dialogues et la narration des aventures de Franz, le narrateur nous parle beaucoup : de la météo, de la mort, des agneaux et des veaux sans défense que l’on égorge dans les abattoirs, de la vie, de la politique… En outre, ses titres sont pour le moins explicites et aident le lecteur à s’y retrouver dans le déroulement des chapitres : « Les dimensions de Franz Biberkopf, il est de taille à se mesurer avec les héros de l’antiquité », « A homme nouveau, métier nouveau ou pas métier de tout », « Le mercredi des cendres. Mais le lecteur peut aussi bien sauter ce chapitre » (j’aime particulièrement ce dernier titre…).
Bref, Berlin Alexanderplatz est un roman… proliférant. Dont la lecture demande courage et persévérance…


Par Soizic Cadio

Des livres et des cafés : Oranienstrasse

La Oranienstrasse est l’une des rues les plus sympathiques et animées de Kreuzberg. Entre les bars, les cafés, les boutiques de créateurs et les épiceries turques, on y trouve également un nombre impressionnant de librairies. On est loin du monopole de la librairie parisienne qui règne en maître sur les lecteurs de son quartier. Entre Kottbusser Tor et Görlitzer Bahnohf, pas de grande surface culturelle ni de Hugendubbel mais pas moins de quatre librairies. Chacune a ses caractéristiques propres, mais toutes se situent du même côté de la rue, comme s’il y avait un côté pour acheter des livres et un autre pour les lire devant un café.  

Oh * 21 (Oranienstr. 21)
Lorsqu’on arrive de Görlitzer Bahnof, la première librairie que l’on rencontre s’appelle Oh * 21. L’intérieur est assez sobre, les livres sont entreposés sur de hautes étagères métalliques, comme dans une sorte d’usine du livre. Des quatre librairies de la Oranienstrasse, celle-ci paraît être la plus spécialisée dans le domaine de la littérature « engagée », si présente dans l’histoire du quartier. Voici quelques-unes des rubriques que l’on peut y trouver: Fascismus, Anti-Fascismus, Vernichtung, Frauen, Ökologie, Kapital, Neue Recht… Le ton est donné. On y trouve également un rayon de littérature classique et de romans, mais l’on sent surtout dans cet endroit le souffle des thèmes qui ont façonné Kreuzberg depuis plusieurs décennies.

Modern Graphics (Oranienstr. 22)
La vitrine donne à elle seule l’envie de passer des heures dans cette boutique de BD et de Comics. Les amateurs de BD dilettantes seront comblés autant que les nerds collectionneurs de X-men introuvables. On y trouve un grand nombre de bandes dessinées, allemandes et étrangères, dont quelques-unes sont disponibles en version originale (Black Book, Calvin and Hobbes), la majorité étant traduite en allemand (Perspepolis, Donjon Parade). On y trouve également de nombreux livres d’art, de graphisme ou de design, des vieux comics pas chers et plein de petits objets rigolos et régressifs. Modern Graphics est une sympathique boutique tout en longueur où il y a toujours du monde.

NGBK (Oranienstr. 25)
NGBK est à la fois une librairie est une galerie d’art contemporain. La librairie en elle-même est spacieuse et très complète. On y trouve notamment une importante sélection de revues et de magazines spécialisés sur de nombreux thèmes ainsi qu’une multitude de livres sur Berlin. Outre les habituels guides et cartes de Berlin, NGBK présente à peu près tous les ouvrages disponibles sur la ville : art, politique, histoire, romans…D’immenses rayonnages de romans, de livres d’art ou de cuisine, font de cette librairie l’une des plus intéressantes de Berlin.
La galerie mérite également le détour. L’exposition actuelle présente certaines pièces très intéressantes, notamment en photo et en vidéo. À l’entrée de la galerie, dans une petite pièce sombre, des vidéos de chorales filmées dans différentes villes (Hambourg, Singapour, Los Angeles, Saint-Pétersbourg…) passent en boucle toute la journée. Ces chorales sont le fruit d’ateliers ouverts dans ces villes durant plusieurs mois et ouverts à tous ceux qui le souhaitaient. Dans ces ateliers de « complaintes », les participants ont été chargés d’écrire des paroles en se plaignant de leur ville avec humour, le tout ensuite mis en musique sur des airs d’opérette.

Antiquariat Kaligramm (Oranienstr. 28)
La dernière librairie de la Oranienstrasse est en fait un petit bouquiniste où l’on trouve – logiquement – de nombreux livres d’occasion, et curieusement de nombreux ouvrages de philosophes ou de sociologues français, en allemand dans le texte, bien sûr.


Par Soizic Cadio

Berlin, métropole culturelle, Boris Grésillon

Lorsque l’on commence à effectuer quelques recherches sur Berlin, son histoire, sa culture, sa géographie, on a de fortes chances de tomber sur l’ouvrage de Boris Grésillon, Berlin, métropole culturelle, qui semble faire figure d’étude incontournable. On a rarement lu une thèse aussi intéressante sur cette ville qui se cherche encore une identité et une définition. 
Boris Grésillon a tenté d’établir, à travers cette étude, une géographie culturelle de la ville. Quand on connaît Berlin, on pense immédiatement que l’angle d’approche le plus pertinent à une étude de la ville passe en effet par une cartographie de son paysage culturel. L’histoire est un premier passage obligé. La culture vient immédiatement après et en est indissociable. Berlin se définit avant tout par son statut de métropole culturelle, qui en fait sur ce point une ville plus attractive encore que Londres ou Paris. On inclut dans ce statut, sans établir de distinction consciente, la culture officielle (musées, théâtres, opéras…) qui marque le paysage berlinois par ses institutions, et la culture alternative qui contribue autant que la première à la réputation de Berlin. Boris Grésillon, lui, établit clairement la distinction entre ces deux formes de culture, entre culture « off » et culture « in ». Il semble que cette dualité permette d’appréhender la ville d’un œil neuf et de mettre à jour une perception plus ou moins consciente.  

Son étude passe par tous les rappels historiques nécessaires à la compréhension de la ville. L’âge d’or des années 1920 et de la République de Weimar (Fritz Lang, Georg Grosz, Berthold Brecht, le Bauhaus…), la « Germania » du IIIème Reich, la ville occupée par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale puis divisée par le mur, la vitrine occidentale du socialisme et la vitrine orientale du capitalisme, la réunification, le retour des institutions, le « chantier » … Cette trame historique est constitutive d’une trame urbaine riche en « lieux de mémoire » mais, paradoxalement, empêche la ville de se figer, de se complaire dans un passé muséifié. Tant de passés doivent cohabiter que cela crée une dynamique absente à Paris ou à Londres. Mais revenons à ce statut de métropole culturelle cher à Boris Grésillon. Malgré un chômage élevé, malgré les difficultés économiques, malgré la position excentrée de Berlin par rapport à la banane bleue, la ville exerce depuis plusieurs années une force d’attraction incomparable sur l’Europe et au-delà. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le parcours d’artistes, de musiciens, de peintres Français pour s’en rendre compte. La petite phrase « vit et travaille à Berlin » est devenue une ritournelle familière. Entre 2003 et 2007, le nombre de Français à Berlin serait passé de 9 000 à 17 000. L’attrait semble aussi fort sur les Anglo-Saxons et les Européens de l’Est, Polonais, Roumains ou Russes. On peut avancer sans trop de risque que la richesse culturelle de Berlin constitue l’une des principales sources de cette attraction pour l’avoir nous-mêmes subie.

La ville de Berlin investit beaucoup dans la culture, particulièrement dans es lieux de la culture officielle, dite culture « in », et l’Etat fédéral se soucie également de plus en plus de son développement culturel (450 millions d’€ en 2003). Boris Grésillon dénombre dans son étude ces lieux de la culture in : 3 opéras, 8 orchestres symphoniques, 120 théâtres, 350 musées et galeries… Il met aussi des noms sur cette fameuse culture : Frank Castorf, Claus Peymann, Daniel Barenboïm, Thomas Ostermeier… C’est, selon lui, cette culture de capitale qui permet à Berlin de tire son épingle du jeu du marasme économique. Car la culture rapporte à Berlin, elle n’est pas un supplément d’âme mais un véritable poumon. Elle emploierait plus de 50 000 personnes et le tourisme culturel rapporterait à la ville plus d’1,5 milliards d’euros chaque année.
L’autre facette de cette richesse culturelle est celle que Boris Grésillon nomme fort justement la culture « off ». Celle qui fascine et confère à la ville son air de mystère et de liberté. La culture off est plus alternative, plus difficile à repérer, plus secrète. Établie dans des cours, des quats, des bâtiments industriels à l’abandon, elle fait la vitalité e Berlin et structure elle aussi sa géographie. Elle a établi ses quartiers à Prenzlauer Berg, Kreuzberg ou Friedrichshain.

On ne vous en dira pas plus sur cet ouvrage à lire impérativement si vous voulez en savoir plus sur Berlin que ce qu’en disent les guides touristiques. Voilà une étude complète, intéressante et poussée sur Berlin, en Français, détail non négligeable…


Par Soizic Cadio


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