C’est la Fest dans mon Kiez

Aujourd’hui, samedi 12 juillet, les Kiez Kreuzbergiens de Graefestrasse, Bergmannstrasse et Reuterstrasse ont sorti leurs tables, leurs ballons et leurs orchestres pour une grande spaghetti party. Nous avons donc rejoint nos voisins sur le Maybach Ufer le long du canal, où se tient habituellement le marché Turc, pour aller manger notre assiette de pâtes à la sauce tomate.
Toute l’organisation de la “Lange Tafel” (la longue table) est gérée par les élèves des écoles du quartier, dont la célèbre Rütli Schule qui n’a visiblement pas mérité sa réputation. 

Le marathon de la spaghetti débute à midi et l’on peut poursuivre l’après-midi en jouant au jeu de l’oie ou en apprenant à danser le rock, pour les plus borderline. Des vieux, des ados, des bébés, des Français, des Turcs, des Allemands, des pâtes, des pâtes, oui mais des spaghetti.


Par Soizic Cadio

Leçon de style par NUCLEUS aCCumbens


C’est en réalisant l’interview des frères Dukes, créateurs du collectif Sameheads (voire l’article “Sameheads ou les fluofrangins”) le jour du Carnaval des cultures, que nous avons pu entrapercevoir l’étendue du réseau d’artistes qui gravitent dans leur petit univers de mode et de fête. Ce jour-là, nous avons rencontré Laurent, alias NUCLEUS aCCumbens, vêtu très sobrement d’un immense T-Shirt jaune et affublé de lunettes jaunes rayées à la Kanye West. Son métier, c’est de faire « des fringues, des fringues, des fringues », dans un mélange d’inspirations de la rue, du sportswear et du Japon, où il se rend chaque année depuis 2000 pour ramener des tissus. Il a accepté de nous rencontrer pour nous parler de son travail, de la mode, de Berlin et nous l’avons suivi au sein de son QG à Kreuzberg, le Sündstrom, version diurne du Schwuz, le club gay historique de Berlin. Il fait 30 degrés à l’ombre et Berlin vit au ralenti. La discussion démarre tout naturellement sur les Français de Berlin, que les Français de Berlin adorent détester.  

« Les Français qui viennent ici ne sont jamais satisfaits… Moi je me suis fâché avec des potes de Marseille à cause de ça : ils critiquent tout, ne sont jamais contents et ils essayent toujours de t’apprendre quelque chose (qui est faux la plupart du temps), alors que bon, je vis ici depuis 15 ans… C’est vrai qu’il y a vachement plus de Français qu’avant à Berlin ». Dès les premières phrases, on sent pointer un petit accent du sud qui apparaît et disparaît comme par enchantement. Laurent vient de Marseille, où il a fait ses premiers pas dans la mode. Il a étudié pendant trois ans dans une école de stylisme et les rencontres ont fait le reste. « J’ai été pendant six ans avec un mec qui était aussi couturier. Je l’aidais, on travaillait ensemble, le couple parfait quoi ! Après, j’ai eu quelques petits succès, j’ai fait des photos, des vidéos, quelques télés… Et puis j’ai rencontré des gens assez influents dans le make-up. Vous connaissez Topolino ? » Euh… « J’ai tenu un magasin pendant cinq ans à Marseille, ça a plus ou moins bien marché. J’ai aussi travaillé avec le Musée de la mode. Bref, j’ai commencé à faire des fringues à 16 ans et j’ai continué ici, faire des fringues, des fringues, des kilos de fringues…»

Et comment un designer Marseillais décide du jour au lendemain qu’il ne vivra pas ailleurs qu’à Berlin ? « Je suis venu en 93 pour la Love Parade et je suis tombé directement amoureux de la ville. Il y avait des lasers partout où il y avait des soirées, c’était hallucinant, je m’en souviendrais toujours… Dans le taxi, je me suis dit que je devais venir habiter ici, c’était pas possible autrement ! J’ai rencontré un de mes supers potes, que je vois toujours. Je suis tombé directement dans une clique quoi ! C’était la folie ici en 93. C’était underground, vraiment underground. Et puis la mode ici me plaisait, Marseille me gonflait, alors voilà, je suis resté. Enfin, ça a duré un an. J’ai commencé à apprendre l’Allemand et puis j’ai tout vendu, le magasin, la clientèle, les machines… Pour venir m’installer ici. J’avais du fric pour deux ans, et ça a été la fête, tous les jours… ». Depuis, Berlin a changé et la Love Parade n’est plus ce qu’elle était. D’ailleurs, elle n’est plus, tout simplement. Elle a été transférée à Dortmund, quelle drôle d’idée. Laurent nous apprend qu’il existe bien d’autres fêtes gay à Berlin, dont nous ne soupçonnions même pas l’existence, comme la Motzstrassen Fest, le Christopher Street Day ou la Gay Pride alternative de Kreuzberg. « Surtout des prétextes pour faire la fête, mettre un gros son et boire des bières ! ».

 

 

 

Et les fringues à Berlin dans tout ça ? Tout a commencé à Mitte, le quartier ultra-luxe de Berlin dont on a du mal à imaginer qu’il a pu être un jour un vaste chantier underground. « Il n’y avait pratiquement pas de magasins, on a construit tous ensemble le Mitte fashion ! J’avais des potes qui tenaient un magasin à Mitte, Soma, sur des thèmes Japonais. J’y suis allée avec une copine et ça lui a tellement plu qu’elle a monté son magasin (Shibuya) dans la Münzstrasse, en face de l’Adidas Store. Au début, je vendais des fringues dans ces deux magasins. A l’époque, c’était beaucoup plus underground, il y avait des squats partout, le Tacheles, qui était beaucoup plus grand qu’aujourd’hui, plein de magasins underground… C’était cool ! Mais cette époque est complètement passée. Mes potes qui ont passé leur vie là-bas veulent venir à Kreuzberg, à Neuköln, dans les quartiers qui poussent. Il n’y a plus que des riches à Mitte, c’est pas ce qu’on voulait ! En même temps, c’est bien, il fallait un quartier fashion à Berlin. Et puis la fringue, ça crée du boulot ! »

Et comment passe-t-on de Mitte aux Sameheads ? « Les Sameheads, c’est surtout des potes, ça s’est toujours passé un peu comme ça. C’est une copine qui m’a dit qu’un super magasin à Kreuzberg cherchait des créateurs. On y est allé et ça a tout de suite fusionné. La semaine d’après, je leur amenais des fringues, ils ont dit « génial » et voilà, c’était parti ! C’est un peu une grande famille. J’aime bien les Sameheads et j’aime bien faire partie d’eux. C’est dynamique. C’est comme avec mes potes de Soma et Shibuya. On est même allés jusqu’à Tokyo ensemble. C’est vraiment des copines ! Quand j’ai des problèmes ils sont là, quand ils ont des problèmes je suis là. On s’entraide quoi ! Berlin, c’est sharing, sharing, sharing… ».

 

 

« Cette photo, c’était pour Schweppes. En fait, je travaillais jusqu’à récemment pour une agence de Munich avec laquelle je participais à l’ISPO (International Trade Fairs for Sports Equipment and Fashion), l’une des plus grandes foires de sport au monde je crois. On a inventé un mélange de sport et de fashion, en s’inspirant de ce qui existait dans la rue. On avait un stand énorme avec tous les designers d’Allemagne et je m’occupais de la déco, j’habillais les mannequins… Schweppes était le sponsor officiel de notre stand et ils m’ont offert une photographie par ce photographe génial, Jens Boldt. Je suis assez fier de cette photo… ». En découvrant la passion de Laurent pour la mode, le styling, la mise en valeur des créations, on se demande pourquoi il n’a pas cherché à ouvrir son propre magasin de vêtements. « J’en aurai rêvé mais c’est le fric qui manque. On vivotte, c’est gonflant au bout d’un moment. Tu fais des photos, comme la photo pour Schweppes par exemple, et tu n’es jamais payé. Bien sûr, j’ai une super photo, elle est même parue dans le Süddeutsche Zeitung… Mais bon, ça ne te fais pas acheter des pâtes ! Donc il faut se démerder. Et puis j’ai fait des tas de conneries aussi. Parfois, j’ai arrêté de faire des fringues pour travailler dans des agences de styling par exemple. Ça m’a vite gonflé, c’est un tel stress ! Ils te poussent à bout, je déteste ça. J’ai aussi eu un contrat d’un an avec MTV Designorama. Dans ce genre de contrat, tu dois juste respecter les directives. On devait faire des fringues pour les présentateurs mais apparemment, ils n’ont pas trop apprécié mes fringues, je devais être un peu trop hardcore… »

Nous qui faisons partie de la récente vague d’immigration Française à Berlin, on s’intéresse toujours à la manière dont les Français qui vivent à Berlin depuis plus longtemps perçoivent les mutations qu’a subies cette ville depuis 15 ans. Il y a deux écoles : ceux pour qui c’était mieux avant, et les autres, qui s’accommodent du changement et participent au mouvement. « Tout a changé, tout, mais c’est vital que ça change, sinon c’est chiant ! Et si je n’aimais pas le changement, je n’aurais pas changé de pays. Moi ça me gonfle les gens qui disent que Berlin c’était mieux avant. C’était bien avant mais c’est génial aujourd’hui aussi. C’est sûr, c’était plus facile de vivre à Berlin il y a 15 ans. Avec le Deutschemark, j’étais super riche ! Mais en même temps, je vois des choses qui me plaisent de plus en plus. A l’époque, il y avait le KitKat. Aujourd’hui, nos temples, c’est le Bar 25 ou le Panorama Bar, comme tout le monde. C’est une autre époque ! »

Et la suite ? « Je continue à faire des fringues, mais beaucoup moins qu’avant. Je ne fais plus de collections, ce genre de trucs. Maintenant je veux faire des vidéos. Je l’ai fait pour la première fois à une soirée des Sameheads. Il y a aussi un projet que je veux faire depuis trois ans déjà, un photoshoot de Burkas en tissus Louis Vuitton. Tout simple. Toute une série de photos sur des thèmes récurrents pour choquer un peu les gens. On va aussi essayer de faire un truc avec des enfants derrière une vitrine, comme dans un musée, vu que les enfants, ça va commencer à être rare… Mais j’adore les enfants hein ! C’est aussi pour ça que j’aime le Japon, qui est un pays d’enfants ». Bref, Laurent a plein de projets dans son sac, liés ou non à la mode, mais dont la scène sera toujours Berlin, lui qui se sent « deux fois Berlinois ». « A Marseille, je meure, je fais une crise de nerfs chaque fois que j’y retourne ! Les gens sont irrespectueux et ils me regardent comme un étranger. Ça fait drôle d’être étranger dans ma propre ville. Et puis les soirées sont pourries, il n’y a pas de scène… Quand tu as connu Berlin, c’est pas possible de revenir ». L’avenir sera donc Berlinois pour Laurent, qui nous prédit que cet été sera l’été de tous les étés (rien que ça). La chaleur, la fête, les gens… « Là, vous allez en recevoir des leçons de style ! Le monde entier à Berlin, tu fais tes courses ! ». Il n’attend pas l’été lui, pour la leçon de style, et il continue à travailler même en sirotant une bière à l’ombre d’une Strandkorb, ponctuant le passage des promeneurs de commentaires assassins ou élogieux. Le monsieur en baskets-chaussettes à la banane posée sur le ventre a tout faux. Par contre, la jolie fille Noire a tout bon dans le style, jusqu’au moindre détail. « Sûrement une New-Yorkaise ». On retient la leçon. Vive le Stil in Berlin !


Par Soizic Cadio & Yann Faure

LE vidéoclub de Berlin : Videodrom

Pour Les Lapins Techno, louer un DVD signifiait descendre au distributeur de vidéos le plus proche, insérer notre carte bleue et faire défiler les jaquettes, pour finalement louer Harry Potter ou le dernier Spiderman. Nous avons vu les derniers « vrais » vidéoclubs fermer les uns après les autres, en même temps que la VHS amorçait son inexorable extinction. A Berlin, on trouve très peu de distributeurs, mais la plupart des vidéoclubs ne ressemblent pas à l’idée que l’on peut se faire du vidéoclub de quartier. Dans ces immenses espaces aseptisés éclairés au néon industriel, on ne trouve souvent que les derniers blockbusters et des kilomètres de films d’horreur et d’action. Ils offrent parfois un petit rayon de films d’auteurs mais là, le second problème du Français en quête de DVD à louer à Berlin se fait jour : les sous-titres. La plupart de ces films sont édités dans de petites collections qui limitent au maximum l’éventail de langues et de sous-titres. Et voir un film anglais sous-titré en allemand quand on est Français et pas bilingue, peut s’avérer assez vite fastidieux…  


Il existe toutefois un petit paradis pour les cinéphiles et les étrangers : Videodrom, un vidéoclub perdu quelque part au croisement de rues oubliées de Kreuzberg. Le lieu est relativement petit et des centaines, des milliers de DVD sont entassés dans de grandes étagères tapissées de papier peint zébré. On y passe de la bonne musique, les vendeurs comme les clients ont l’air sympathique, on peut se détendre et prendre le temps de chercher le film qui sauvera notre dimanche soir du cafard. Une étagère spéciale est dédiée à « La France », occasion de voir ou de revoir tous les Truffaut, Godard, Tati, Ozon, Chabrol, Resnais… On peut même louer La Boum si le cœur nous en dit ! Toutes les nouveautés, ces films qu’on regrette d’avoir ratés au cinéma les six derniers mois, sont également présentes. De même pour les grands classiques, de Woody Allen à Tarantino en passant par Spielberg. Et si l’envie nous prend de passer un weekend en ermite sans sortir de chez soi, on peut louer l’intégralité de Six Feet Under, Columbo, Les Soprano ou Doctor House.


Pour louer un film, il suffit de se faire faire une carte de membre en apportant une pièce d’identité et une facture d’eau ou d’électricité (ils ne prennent pas l’Anmeldung). On paye ensuite 3,60 € par DVD, un tarif relativement élevé mais justifié. On peut également s’abonner pour 25 € par mois.

Videodrom ne se contente pas de louer des DVD en quantité et en qualité, ce dont on aurait pu se contenter. Il offre également un apport éditorial non négligeable en publiant tous les six mois un catalogue d’une centaine de pages sur le fonds (« Cool old stuff ») et les nouveautés disponibles (« Hot new stuff »). Les créateurs de videodrom ont mis en place une véritable stratégie autour de la vente et la location de produits culturels. Outre la location, avec Videodrom de Mittenwalder Strasse, ils ont ouvert un magasin de DVD, livres, magazines, soundtracks… dans la Oranienstrasse, et un shop online de produits culturels.

Videodrom (location)
Mittenwalder Strasse 11
Videodrom Shop
Oranienstrasse 195
www.videodrom.com


Par Soizic Cadio

Herr Müller versucht es mal… (Carnaval des cultures rétro)

1. Le rythme vous envahit…


2. Les photographes sont là pour vous…


3. Vous êtes Carnaval!

Série de photographies par Anna Fernandez


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Sameheads ou les fluofrangins

Photographies par Thomas Toussaint

Dimanche 11 mai, jour du Carnaval des cultures de Berlin, Les Lapins Techno ont préféré à l’ambiance roots du défilé des chars l’ambiance fluo de Sameheads, magasin de créateurs de Kreuzberg 61. Un an plus tôt, nous avions timidement franchi la porte de cette boutique pour découvrir les créations incroyables de ce collectif d’artistes. Nous voilà, un an plus tard et toujours un peu intimidés, prêts à interviewer les fondateurs de ce lieu : Nathan, Leo et Harry, les Dukes Brothers. Âgés de 27, 25 et 23 ans, les trois frères ont découvert Berlin il y a trois ans et ont voulu y rester. Tout ce qui leur manquait, c’était un projet et un peu d’argent. Après plusieurs mois passés à accumuler les jobs, ils sont revenus à Berlin dans l’idée de monter un bar. Finalement, sans aucun background dans la mode, ils sont devenus le cœur d’un réseau d’artistes et de stylistes qui remplissent leur boutique de leurs créations.


Le magasin en lui-même, situé dans la Nostitzstrasse, est un véritable musée. Les couloirs sinueux et les recoins tortueux de Sameheads communiquent avec un magasin de 2nd Hand (Bonnie & Kleid) tenu par une Américaine, qui leur a proposé à l’époque de leur louer une partie de l’espace. « Kreuzberg, it’s all about chance ». Pas un choix prédéterminé, juste un hasard. Mais comme le hasard fait bien les choses, leur boutique se trouve à deux pas de la Bergmanstrasse, la rue commerçante et touristique de Kreuzberg 61.


Nathan, Leo et Harry collaborent avec une vingtaine de stylistes et designers de diverses nationalités, dont un Français, NUCLEUS aCCumbens, que nous rencontrerons bientôt. Dans la boutique, des T-shirts, des jupes, des pantalons, des vestes, des sacs, des bijoux, des disques… Mais comme Sameheads ne fait rien comme tout le monde, les bijoux sont des robots en pendentifs ou des colliers de câbles, les T-shirts sont fluo et bariolés de motifs très graphiques, les pantalons sont zébrés et les jupes ont des formes et des matières indescriptibles. « L’idée est de proposer des créations originales mais accessibles, des pièces uniques que les gens porteront dans la rue », explique Leo. Un T-shirt coûte entre 20 et 30€, une jupe entre 50 et 70 €, par exemple. Au bout de deux ans d’existence, les frères Dukes peuvent se permettre d’être plus sélectifs et de ne vendre que ce qu’ils aiment vraiment. Leur souhait originel était d’apporter un peu de « fun » au style « Zombie » berlinois : fluo et Italo Disco contre style épuré et Techno Minimale. La « night scene » berlinoise est leur bureau, c’est là où se crée leur réseau d’amitiés et de relations. Sameheads organise également des soirées dans des lieux conceptuels en soi, Kebab ou Kindergarten… Pas de Dresscode imposé dans ces soirées, juste la volonté que les gens osent et se lâchent sur le style.


Quand on leur demande quel est leur magasin de vêtements préféré, les frangins répondent qu’ils n’en ont pas et que leurs vêtements proviennent principalement de Friperies et de Flohmarkts. « Très honnêtement, je ne me souviens même pas de la dernière fois que j’ai acheté un vêtement neuf dans un magasin », nous répond Nathan, affublé d’une chemise à carreaux rouge et orange et d’un caleçon moulant noir, blanc et gris.
Après une bière en leur compagnie, on est moins intimidé, et on en sait un peu plus sur ces trois garçons dans le vent, aussi branchés que sympathiques (et oui ça existe). Un lieu unique à découvrir absolument.

Le noyau dur des créateurs de Sameheads:
Frank + Loe
Raki Barcelona
Dacopia
Ian Liddle
Zehn 961
Eppo
Lindo Killer
Tanka by laurent Sylla
Alexander Moloko

Sameheads : Nostitzstrasse 11
U6 Mehringdamm – U7 Gneisenaustrasse
Myspace.com/sameheads


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Le 1er mai sur ton iPod

Photographie par Anna Fernandez

L’euphorie du 1er mai est peu à peu retombée. Les éclats de verre et les emballages de saucisses ont été ramassés, les milliers de bières vides ont été soigneusement récupérées par des glaneurs en quête de consigne à récupérer, les punks sont sagement rentrés chez eux, les policiers sont retournés à leurs patrouilles, les commerçants de Kreuzberg retrouvent une vie normale après avoir fait la meilleure recette de l’année. Mais il reste encore quelques traces, comme par exemple ce montage sonore réalisé par les Lapins techno, composé uniquement de sons captés le 1er mai, du matin jusqu’à tard dans la nuit.  

LE 1ER MAI SUR TON IPOD.MP3

Vous y trouverez, en vrac :

Une manifestation de Turcs Marxistes Léninistes Maoïstes (si, à Kreuzberg ça existe) qui s’est terminée par l’Internationale chantée le poing levé.

Un concert un peu chaotique sur la Michaelkirchplatz où, après une panne de courant d’une dizaine de minutes, le chanteur et le batteur tentent de meubler en attendant que le guitariste refasse les réglages de ses pédales d’effets.

Un concert de Hip Hop magistral où un gros Black met le feu à la Oranienstrasse (au sens figuré) et où une vague de mains et de têtes se balancent au rythme du flow endiablé.

La fameuse rencontre entre les CRS et une foule indéterminée de gens pas contents. Le jeu commence vers 11h00, on sent alors une certaine excitation dans l’air. Une première bouteille de bière s’éclate sur le sol et les CRS, attendant, désœuvrés, depuis le matin, se mettent en rang, suivant une chorégraphie bien huilée. Et c’est partie pour plusieurs heures d’échauffourées. Une bouteille de bière. Un escadron de CRS qui fend la foule pour s’emparer d’un des meneurs et l’emmener dans un fourgon sous les huées de la foule. Une trentaine de CRS bloque l’accès à une rue non loin de nous. Un couple décide de se poster devant eux et de se rouler la pelle du siècle, pour la postérité. L’occasion ou jamais pour les photographes amateurs qui se sentent l’âme de photoreporters parce qu’ils sont dans le feu de l’action, de prendre la photo de leur vie : un baiser enflammé sur fond de CRS. Faites l’amour, pas la guerre, rien n’a changé…


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Mai 08: J-1

Photographie par Thomas Toussaint

À Berlin, nous sommes bien loin des célébrations des 40 ans de Mai 1968. Nous avons lu avec plaisir le numéro spécial de Pilote, on s’est instruit sur les « jeunes » en lisant le dossier spécial du Nouvel Obs, ou « quarante ans après mai 68, la jeunesse d’aujourd’hui »… Mais l’ambiance n’y est pas. En contrepartie, on échappe aussi aux gesticulations de ceux qui veulent liquider un héritage qui n’est pas le leur et qui, a 13 ans déjà, rêvaient de rétablir l’ordre contre tous ces gauchistes qui cherchaient la plage sous les pavés.  

Mais on ne nous enlèvera pas le 1er mai. Demain, donc, les Lapins pointeront le bout de leur museau dans les rues de Kreuzberg pour aller renifler la bonne odeur de saucisse gauchiste. Ici, on est loin du traditionnel défilé des syndicats. L’heure est aussi à la manifestation, mais ce sont des punks et des anarchistes que l’on verra, entre autres, sous les banderoles. C’est donc souvent avec un léger frémissement, voire avec une lueur d’effroi au fond de l’œil que les Berlinois évoquent le 1er mai à venir, songeant immédiatement aux violents affrontements qui ont eu lieu certaines années entre policiers et manifestants. Tout en s’efforçant de se rassurer immédiatement : les choses ont changé, les manifestations du 1er mai ne virent plus au chaos (à part dans certaines rues, à certaines heures…). Il s’agit maintenant d’une grande fête populaire, avec bières, barbecue, spectacles de rue (ça, on se demande si c’est une bonne chose…) et concerts toute la journée et une bonne partie de la nuit.

On sait que ce sera festif, car en matière de fête, les Kreuzbergiens font bien les choses. On évitera seulement certaines rues à certaines heures et surtout, si on a envie d’un cheeseburger, on évitera soigneusement le Mac Do, on ira plutôt au Kreuzburger


Par Soizic Cadio


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.