M83 au Lido

C’est l’automne, il pleut, les feuilles tombent par paquets entiers et c’est beau seulement quand il fait beau. Pour combattre la déprime automnale qui s’installe lentement et perversement, Les Lapins Techno vous conseillent de la bonne musique ce soir au Lido: M83.
Pour ceux qui aiment les nappes électroniques, mélancoliques et contemplatives, Anthony Gonzales vient jouer à Berlin son dernier album Saturday=Youth, sorti en avril dernier.
N’ayant pas écouté cet album, nous ne pouvons vous en dire beaucoup plus, si ce n’est qu’il est, paraît-il, plus pop et “freundlich” que les précédents. Mais qu’on se rassure, la musique de M83 reste faite de nappes, de boucles et de plages. Parfait pour un 14 octobre.  

Lido
Cuvrystrasse 7
U1 Schlesisches Tor


Par Soizic Cadio

Berlin vu par le Lonely Planet

Vous connaissiez Les Lapins Techno Bloggers, adeptes du tout Online, des réseaux Facebook, Myspace, des Twits Twitters et des vidéos Youtube. Voici un scoop… Les Lapins Techno retournent au bon vieux papier et travaillent à la rédaction d’un guide sur Berlin. Attention! Un vrai guide, imprimé, avec de gros morceaux de Berlin dedans, et une maison d’édition qui devrait le sortir début 2009… On vous en reparle très bientôt…
Hormis le fait qu’on est super fiers et qu’on arpente Berlin en long et en large sur nos vélos pour trouver les meilleures adresses, la conception d’un tel ouvrage a poussé les rédacteurs, (c’est à dire nous-mêmes) à une étude de la concurrence et donc à une lecture approfondie des guides déjà publiés sur notre Berlin adorée, au premier rang desquels, le Lonely Planet Berlin, un guide incontournable, très complet, rempli de bonnes adresses et de perles, oui des perles, grosses comme des ballons de Foot! En voici quelques-unes:
“Chaque 1er mai (Maifeiertag), les quartiers centraux de la ville accueillent de gigantesques manifestations anticapitalistes, que les plus prudents veilleront à éviter, d’autant que des groupes d’extrême droite programment leurs marches le même jour. La police se déploie donc massivement et, en l’espace de quelques heures, le défilé se transforme en mêlée entrecoupée de violence, de vandalisme et d’incendies de voitures. A franchement parler, nous mentionnons cet événement uniquement pour que vous puissiez prendre vos distances.” 

Ils ont oublié de mentionner les prises en otage et les viols collectifs… Sans être particulièrement téméraires, ni violents ou “vandales”, on recommande chaudement le 1er mai à Kreuzberg. Des rues noires de monde, des familles, des jeunes, des vieux, des stands de nourriture des quatre coins de la planète, des concerts à chaque coin de rue… Certes, vers 11h00, les choses dégénèrent un peu mais pas au point de déranger les buveurs et les dîneurs en terrasse.

“Les salaires s’échelonnent entre 2 000 et 5 000 € bruts par mois, ce qui constitue un revenu tout à fait raisonnable”.

Gloups. Nous, ce serait plutôt moins de la moitié de l’estimation la plus basse. Mais c’est bien, ça équilibre avec les 200 000 personnes qui vivent avec les 350 € par mois du Hartz IV…

“Si les Berlinois portent les cheveux courts, les hommes ont tendance à se les laisser pousser légèrement, et les queues de rat semblent désormais l’apanage de la jeunesse et des adeptes des années 1980. Les piercings et les tatouages sont monnaie courante - notamment chez les femmes - et plus la scène est alternative, plus les décorations sont excessives.”

No comment. Notez juste le vocabulaire, choisi avec soin…

“Si la partie est de Kreuzberg a un petit air grunge, ce temple culinaire pourrait marquer un tournant dans la vie de ce quartier.”

Oui, vite, nettoyons ce quartier dégueulasse avec son air grunge là, que ça ressemble un peu plus à P’Berg (qui pour le Lonely Planet est un quartier “animé et expérimental”…).

Pour être tout à fait honnête, tout dans le Lonely Planet n’est pas dans ce goût là. La partie dédiée aux arts est notamment bien faite (musique, arts plastiques, architecture…). Toutefois, certaines erreurs sont impardonnables. Les Lapins Techno vous promettent de rendre à Kreuzberg ses lettres de noblesse…


Par Soizic Cadio

Strandbars, terrasses et Biergarten: derniers jours

Aujourd’hui, les lapins trépignent en voyant par la fenêtre tout ce soleil dont ils ne peuvent pas profiter. Ouvrez-ouvrez-la-cage-aux-la-pins, Regardez-les-s’envoler, c’est-beau…
Bref. Il faut se dépêcher, ça ne va pas durer. Avant que Berlin ne mette son manteau d’hiver et que le soleil ne disparaisse pour six voire sept mois, vite, profitons des Strandbars, des guêpes, des terrasses, des piscines, des guêpes, des barbecue, des guêpes… Pour mettre à profit ce petit rab’ de photosynthèse, voici quelques adresses de lieux en plein air sympas.    

Le Kiki Blofeld: Köpenicker Strasse 48-49 / U Heinrich-Heine-Strasse / Kreuzberg
Situé en face du Bar 25, le Kiki Blofeld est un des nombreux strandbars qui ponctuent la Spree. On peut y boire un bière sur la plage ou sur la terrasse “lounge”, déguster la “cuisine” locale, jouer au billard, écouter un concert ou voir un film… Des événements ont lieu régulièrement dans la vieille usine à gauche de l’entrée et dans le hangar à bâteaux transformé en bar pour les jours de mauvais temps.


Le Club der Visionäre: Am Flutgraben 1 / U Schlesisches Tor / Kreuzberg
Bien qu’un peu trop tendance et souvent blindé en été, le Club der Visionäre reste un lieu assez idyllique. Situé au bord de la Spree après Schlesisches Tor, il est constitué d’une petite baraque en briques, de plusieurs pontons en bois et d’un étage abrité par les saules pleureurs. Aussi agréable pour les soirées à la fraîche que pour les longs après-midis où l’on se chauffe au soleil de septembre sur l’un des pontons en bois, tout au bord de l’eau.


Cassiopeia: Revaler Strasse 99 / U S Warschauer Strasse / Friedrichshain
Encore une usine désaffectée transformée en centre culturel aux multiples activités: club, skate parc, cinéma en plein air, Biergarten, mur d’escalade installé sur une tour en béton… On peut aussi tout simplement manger et boire pour pas cher, Chaque premier samedi du mois, le Trendmafia (marché des créateurs de Friedrichshain / Kreuzberg) se tient dans un des hangars du Cassiopeia.


Prater Biergarten: Kastanienallee 7-9 / U Eberswalder Strasse / Prenzlauer Berg
Il est difficile de deviner que la Kastanienallee abrite un tel endroit. Situé tout en haut de l’avenue, le Prater est un Biergarten dans la plus pure tradition Allemande. Grandes tablées en bois, petits stands de bière et de nourriture, parasols et grands arbres pour s’abriter du soleil.

Le Unkul: alte Stralau 4 / S Treptower Park
Sans vouloir en rajouter une couche (”le Unkul, meilleur endroit de Berlin” blablabla), il est quand même plus que temps de profiter de son jardin paradisiaque et de ses Mojitos à 3 €, d’une part parce que c’est bientôt l’hiver, d’autre part parce que le Unkul va fermer ses portes en décembre prochain. Jusque là, c’est ouvert tous les jours à partir de 15h, 14h le samedi et 10h le dimanche, jour du “Klang im Garten” (DJ sets et barbecue parties). Et le 4 octobre prochain aura lieu le “Kunst-Stral-fest”, une grosse fête avec expositions, concerts, performances…


Par Soizic Cadio

Christiane F., 46 ans…

Christiane F. Ce nom vous évoque peut-être quelque chose. Peut-être avez-vous été adolescente dans les années 90, élevée à Nirvana et adepte de lectures un peu trash donnant l’illusion de franchir des lignes interdites par procuration… Peut-être avez-vous lu Christiane F., 13 ans droguée, prostituée, fascinée par le Berlin des années 70, à l’époque où Bowie y enregistrait Heroes accompagné de son fidèle compère Iggy Pop.  

Si ce nom ne vous évoque rien, voici un petit résumé. En 1978, deux journalistes du magazine Stern partent à la rencontre de jeunes adolescents autour de la gare de Zoo dans l’idée de faire un reportage sur la scène de la drogue à Berlin. Au cour de leur enquête, ils vont croiser Christiane F., dont l’histoire va devenir emblématique d’une ville et d’une génération. Au lieu d’un reportage, c’est un best-seller qui va naître de cette confession. Christiane F. habite dans une cité de Neukölln dans les années 70, avec une mère dépassée et un père violent. De déménagements en crises familiales, elle connaît à 13 ans son premier amour, son premier acide et sa première piqûre d’héroïne. Rien de cette descente aux enfers ne nous est épargné, sur fond de Berlin gris et bétonné où la “scène” de la drogue se concentre autour de la gare de Zoo et du Sound. Christiane F. est entourée d’une bande de bébés zombies qui vont tomber les uns après les autres, palliant à l’absence d’autorité parentale et à l’abandon de l’école par toujours plus de drogues. L’histoire de Christiane F. a également donné lieu à un film, Wir Kinder vom Bahnhof Zoo, avec en guest star David Bowie jouant son propre rôle, comme une figure emblématique du Berlin de cette époque.

Cette histoire a donné lieu à certaines dérives, de l’utilisation du film comme pamphlet moralisateur anti-drogue à la fascination morbide de certaines adolescentes pour cette “héroïne” (lu sur un forum: “Christiane F. est mon idole! Son histoire est formidable, j’aurais aimé avoir eu sa vie”…). La vie de Christiane F. a donc été largement exploitée, elle-même ayant passé plusieurs années de sa vie à faire la promotion du livre et du film sur des plateaux de télé.

Si l’on vous parle de ça, c’est que Christiane F. a refait surface il y a quelques jours dans les journaux à scandales Allemands. Le livre s’achèvait sur un paragraphe de rédemption où l’on apprenait que Christiane F. s’en était sortie, qu’elle avait définitivement abandonné la drogue et vivait à Hamburg une vie clean et saine. Sauf qu’on apprend aujourd’hui que Mme F. vient de perdre la garde de son fils, qu’elle a replongé dans la drogue et que personne ne sait vraiment où elle est. Elle aurait été vue du côté de Kreuzberg, la “scène” s’étant déplacé de la gare de Zoo à Kottbusser Tor. 30 ans plus tard et 7 km au sud-est, la photo floutée de Christiane F. se retrouve aujourd’hui dans le Bild entre la pin-up dénudée et les résultats du foot…


Par Soizic Cadio

Alexander Moloko vs. Ludwig one

On connaissait déjà les créations du jeune designer Berlinois Alexander Moloko par l’intermédiaire du shop des Sameheads: des traditionnels chats porte-bonheur (Maneki-Neko) fluoisés ou momifiés par le créateur jusqu’aux pendentifs bling-bling robot de l’espace. 
Un clic vers le site de Moloko, et c’est une schizophrénie assumée qui accueille le visiteur. Le site affiche deux noms pour ce seul créateur: Alexander Moloko (ça on connaît) et Ludwig one (ça on connaît pas). Un clic sur Moloko, et c’est le sympathique designer des Sameheads qui vous accueille. Un clic sur Ludwig one, et l’amoureux des chats devient graphiste déjanté, détournant de façon perverse, pornogaphique et jouissive les affiches et espaces publicitaires de Berlin. On adore.

Par Yann Faure

Trendmafia: le marché des créateurs Berlinois

L’industrie de la mode à Berlin a plusieurs facettes. D’un côté, la mode de la rue, celle portée au quotidien par des centaines de Berlinois qui n’ont peur de rien et relatée jour après jour par le blog Stil in Berlin. De l’autre, une tendance à l’institutionnalisation bien méritée grâce notamment à la Fashion Week, qui s’est tenue pour la troisième année consécutive du 17 au 20 juillet derniers. Derrière tout ça, ce sont des centaines de créateurs et designers qui façonnent l’image de la ville et de ses habitants dans l’ombre de leurs ateliers-boutiques.
Il n’est un secret pour personne que cette créativité à toute épreuve qui incarne le style Berlinois n’est plus (uniquement) représentée par Mitte, où fleurissent désormais les chaînes de luxe, mais plutôt par les quartiers de l’est, dont le mode de vie général a suivi celui de ses artistes. Prenzlauer Berg, Friedrichshain, Kreuzeberg, sont désormais le centre névralgique de la mode, d’où sortent des créations diffusées également principalement dans ces trois quartiers. La mafia de la mode a désormais pignon sur rue, à travers le Trendmafia, grand marché de créateurs qui a lieu chaque premier samedi du mois à Friedrichshain, dans la Halle 40, Revaler Strasse 99. Dans ce grand hangar sont exposés une soixantaine de créateurs Berlinois qui trouvent ici l’occasion de se rencontrer et de se faire connaître d’un public plus large.  

T-shirts en tous genres, bijoux, accessoires, design, photo… Pour 2 € l’entrée, le Trendmafia est l’endroit idéal, pour qui s’intéresse à la mode et souhaite découvrir les créateurs de cette ville en oubliant les Skunk Funk et autres Bench. Certes, les prix sont un peu élevés mais ce sont des créations et souvent des modèles uniques. Comptez entre 20 et 30 € pour un T-shirt, entre 20 et 40 € pour un sac et entre 40 et 60 € pour une jupe. A noter également que les prix sont plus avantageux au Trendmafia qu’en magasin (55 € au lieu de 70 € pour un sweat-shirt Team Brûlé).

Streetwear (robes, T-Shirts ou Sweat-shirts à capuche) façon Team Brûlé Berlin


Sacs, trousses, porte-clés made in KaWeDe, nom parodique du célèbre KaDeWe sur le Kudamm’

Mignons petits T-shirts, sweats ou accessoires à l’effigie du hamster Cuy.Cuy

Les cartes à découper de Die Basteltüte: stands de Curry Wurst ou de Kebab ou personnages de Berlinoises types avec leurs accessoires


Boucles d’oreilles en forme de cassettes et pendentifs robot en plastique designés par Suparina

Si l’envie vous prend de découvrir ces créations autrement qu’en virtuel, la prochaine Trendmafia aura lieu le samedi 6 septembre, même heure, même endroit.

Par Soizic Cadio

Gemüseschlacht 2008 : Friedrichshain 1 – Kreuzberg 0 (la bataille de légumes)

Dimanche 27 juillet 2008. 12h00. Oberbaumbrücke. La guerre des légumes peut commencer après plusieurs semaines de préparation intensive. Chaque camp affûte ses armes et scrute l’adversaire. Chacun se prépare à plusieurs heures de combat acharné, où tous les coups sont permis pour vaincre le frère ennemi. Les chars sont en place, les munitions rassemblées, les combattants sur le qui vive.  

Nous vous parlons là d’une guerre fratricide qui sévit au cœur de Berlin depuis plusieurs années, sans que personne ne sache précisément quand tout cela a commencé. L’origine de la Gemüseschlacht, ou guerre des légumes, serait (d’après le gentil policier chargé de surveiller les hostilités) la réforme de la carte administrative de Berlin, qui avait pour but de fusionner certains quartiers en une seule entité administrative. Au nom de cette réforme, les quartiers de Friedrichshain et de Kreuzberg ont donc fusionné en 2001 pour devenir Friedrichshain-Kreuzberg. Quelques irréductibles auraient décidé de marquer leur opposition à cette nouvelle « réunification » en organisant chaque année une bataille rangée sur l’illustre Oberbaumbrücke, le pont qui relie les deux quartiers. Et c’est aujourd’hui, dimanche 27 juillet, que les deux camps ont choisi de s’affronter dans la bonne humeur sous un ciel bleu azur, sous l’œil bienveillant de la Fernsehturm et du Molecule Man, et sous le regard halluciné des passagers du U-Bahn, qui surplombe le pont.

Arrêtons là les explications et reprenons notre compte-rendu des hostilités. Rapidement, les Kreuzbergiens prennent l’avantage grâce à un char de fortune du haut duquel les assaillants lancent leurs munitions en perçant les lignes ennemies en moins de 20 minutes. Pendant ce temps, les projectiles volent de part et d’autre : légumes et fruits pourris en tout genre (pêches, tomates, bananes, citrons, choux-fleurs…), œufs pourris, farine, ballons de baudruche remplis d’eau ou de liquide indéterminé. Ayant repoussé Friedrichshain dans ses tranchées, Kreuzberg sort sa botte secrète : une catapulte très élaborée qui permet d’envoyer des ballons d’eau à vitesse éclair. Mais si Kreuzberg remporte haut la main la première manche en surprenant l’ennemi par sa créativité, les combattants de Friedrichshain s’avèrent plus efficaces sur la durée. Ils reprennent finalement l’avantage et repoussent les Kreuzbergiens de leur côté du pont, après une bonne heure de combat au corps à corps à l’aide de battes en mousse.

Comme chaque année, la victoire revient à Friedrichshain, que l’on soupçonne d’être soutenu par des renforts de Prenzlauer Berg, qui crient à l’unisson « Ost Berlin ! Ost Berlin ! ». Kreuzberg de son côté, est aidé de factions venues de Neukölln, mais rien n’y fait. Ironie du sort, Kreuzberg, le plus à l’est des quartiers Ouest, se retrouve encore une fois à l’Ouest malgré lui. Au-delà de l’aspect ludique et défouloir de cette bataille rangée se cache le symbole d’une division géographique encore bien persistante. Kreuzberg a toujours été à l’Ouest, Friedrichshain à l’Est, et cette géographie de fait s’est vue matérialisée par un mur pendant près de 30 ans.


Par Soizic Cadio & Yann Faure


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.