Le mois européen de la photographie à Berlin

Le mois de la photo, crée à Paris en 1980, a fait des petits un peu partout en Europe. Depuis 2004, plusieurs capitales, dont Berlin, se sont associées pour donner à cet événement une portée europénne. Ce sont donc plus de 130 musées, galeries et institutions berlinois qui participent à l’événement cette année sous le mot d’ordre “noch nie gesehen” (jamais vu encore). L’occasion de découvrir oeuvres inédites, trésors cachés et autres archives exhumées. En voici une petite sélection (le programme complet et toutes les informations pratiques):
* La collection de photographies d’Agnes b. est présentée pour la première fois hors de France. Elle comprend notamment des oeuvres de Nan Goldin, Diane Arbus et Robert Mapplethorpe, rien que ca…
Du 11 octobre au 7 décembre
C/O Berlin. International Forum For Visual Dialogues
Oranienburger Str. / Tucholskystr.
Entrée: 7 € (5 € TR)  

* La Galerie Berinson offre l’occasion de découvrir le travail passionnant du photographe Hongrois André Kertész, ou, pour ceux qui connaissent déjà, de découvrir 64 pièces inédites.
Du 18 octobre au 20 décembre
Galerie Berinson
Lindenstraße 34

* Cette photo que l’on voit un peu partout dans Berlin est l’affiche de la rétrospective Richard Avedon au Martin Gropius Bau. Un demi-siècle retracé à travers plus de 200 photographies, portraits de stars, photos de mode et photo-reportages (notamment une série sur le Nouvel An à Berlin en 1989).
Du 19 octobre au 19 janvier
Martin-Gropius-Bau
Niederkirchnerstr. 7
Entrée: 8 € (6 € TR)

* À la fin de la seconde guerre mondiale, un photographe inconnu du nom de Tiedemann fut chargé de dresser un panorama en instantannés de la ville par les autorités de Berlin Est. Ces archives dressent un fascinant portrait de Berlin, année Zéro.
Du 19 octobre au 19 janvier
Berlinische Galerie
Alte Jakobstraße 124-128
Entrée: 6 € (3 € TR)

* Le Bauhaus Archiv présente une collection de photographies rapportées par Walter Gropius en 1928 d’un voyage d’étude aux Etats-Unis.
Du 19 novembre au 2 février
Bauhaus-Archiv / Museum für Gestaltung
Klingelhöferstr. 14
Entrée: 6/7 €


Par Soizic Cadio

Bauhaus Archiv

Le Bauhaus Archiv Museum für Gestaltung est consacré, comme son nom l’indique, à l’histoire de ce très célèbre mouvement artistique, architectural et industriel que fut le Bauhaus. Le bâtiment qui l’abrite constitue en lui-même une sorte de manifeste du Bauhaus, puisqu’il a été crée par Walter Gropius, l’un des fondateurs du mouvement. Une curieuse passerelle en béton serpente jusqu’à l’entrée du musée. À l’Intérieur, on y trouve une importante collection d’archive du Bauhaus, de 1919 (date de sa fondation) à 1933 (date de sa dissolution par les autorités nazies). Entre ces deux dates, les fondateurs ont théorisé, au sein de l’école Bauhaus située d’abord à Dessau puis à Berlin, tous les fondamentaux d’une nouvelle forme d’art qui devait concilier fonctionnalité, esthétique et fabrication de masse. L’artisan n’était plus la figure centrale de la création mais laissait la place à la machine, qui, au service du créateur, devenait un moyen extraordinaire de créer en série les objets du quotidien. Lampes, services à thé ou à café, meubles… Tous devaient être repensés et refondés dans une nouvelle esthétique qui remettait leur fonction au centre. À observer tous les objets crées par les fondateurs du Bauhaus ou par leurs élèves dans les ateliers de l’école, on comprend à quel point ce mouvement a été capital au 20ème siècle et à quel point il est à l’origine de nos standarts de modernité.
Mais le Bauhaus n’était pas uniquement centré sur le design. Il fut également un mouvement artistique et architectural. Parmi les professeurs, on comptait notamment Paul Klee et Wassily Kandinsky, connus avant tout pour leurs peintures. On apprend d’ailleurs au cours de l’exposition que Paul Klee restait farouchement opposé à toute vision utilitaire de l’art. Il avait élaboré pendant ses cours une théorie des couleurs et des formes, le jaune étant un triangle, le rouge un carré et le bleu un rond. Visiblement, il avait un problème avec le vert, auquel il ne trouvait pas une personnalité assez forte pour le faire correspondre avec une forme définie.
Enfin, le Bauhaus a également un volet architectural, qui constitue peut-être le pivot du mouvement. Tous les directeurs successifs de l’école étaient des architectes. Des bâtiments en béton blanc, carrés, fonctionnels, ouverts sur l’extérieur par de nombreuses vitres, constituaient la marque de fabrique du Bauhaus.
La collection permanente permet donc de naviguer dans ces vingt années décisives dans l’histoire du design et de l’architecture moderne. Chronologie, manifestes, affiches sérigraphiées, peintures, maquettes, objets divers… Ma péférence va au jeu d’échec réalisé par Laszlo Moholy-Nagy. Là encore, il s’agissait de remettre au centre la fonction de l’objet et de repenser sa forme à partir de là. Les pièces du jeu d’échec n’ont donc plus les formes habituelles de tours, de cavaliers ou de fous mais ont une forme correspondant à leurs mouvements sur le plateau. La tour, qui avance toujours tout droit à une forme massive de carré. Le cavalier est un L, conformément à son avancée de deux cases tout droit puis d’une case sur le côté. Et le fou, qui n’avance qu’en diagonale, a logiquement une forme de croix. L’apprentissage des échecs m’aurait été plus facile avec un jeu du Bauhaus…
En plus de la collection permanente, vous pouvez voir jusqu’au 7 avril une reconstitution passionnante du pavillon allemand conçu par Walter Gropius pour l’exposition de design à Paris en 1930. La première salle est assez fascinante. Il s’agit de la reconstitution du “foyer” tel que le concevait Gropius. Selon lui, le mode d’habitat urbain à l’avenir ne devrait pas se concentrer sur la maison individuelle ou sur de petits immeubles mais plutôt sur de grands ensembles fonctionnels. Au coeurs de ces grands immeubles, une grande pièce commune à tous les habitants de l’immeuble devrait leur permettre de se rencontrer, de se divertir, de se détendre et de faire de l’exercice. La salle est donc aménagée autour d’un immense bar métallique, d’une piste de danse, avec de petits espaces pour lire ou écouter de la musique et une salle de sport avec piscine séparée par une grande baie vitrée. En voyant ça, on regrette que ces principes n’aient pas été mis en oeuvre et on rêverait d’habiter dans un immense immeuble Bauhaus. Tellement chic…

Par Soizic Cadio


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.