‘Tiergarten’
Philharmonique for dummies
vendredi 26 mars 2010
Berlinpinpin, Kultur & Konfitur, Mitte, Musique, Tiergarten 7 commentaires
Très chers lecteurs, nous avons testé pour vous le Philharmonique, le vrai, celui avec tout plein de musiciens et tout et tout. La musique de chambre c’est pas trop notre truc, si on avait pu se faire Wagner on aurait sauté dessus, histoire que vous compreniez un peu notre état d’esprit. Comme on voulait du spectacle, on a choisi une messe de Bruckner, histoire de rajouter sur la scène une soixantaine de choristes et quatre solistes.
Alors le philharmonique, ça vous tente ? Les lapins techno vous expliquent tout ce qu’il faut savoir en 5 leçons, pour que la magie de la musique ne soit pas gâchée par de malheureux oignons.
Leçon n°1 : L’habit fait le moine : Dressing code for dummies
Voilà quelques années que vous vivez à Berlin, et vous avez progressivement intégré le dressing code Berlinois. Couleurs flashy et motifs improbables représentent 90% des textiles de votre garde-robe, et vous jouez allègrement avec les superpositions. Le matin, face à l’armoire, les questions subsistent toujours, mais vous parvenez sans trop d’effort à opérer la combinaison gagnante.
« Est-ce que je mets les poids sur les rayures ou les rayures sur les poids ? »
« Converses bleues fluo ou Adidas argentées ? »
« Et pourquoi pas les fleurs de lys Ken Panda rouges avec les baleines bleues imprimées par dessus »
« Sac à main fushia ou Tote Bag Rütli Wear ?»
Voilà, votre sélection est faîte. Check rapide avec votre partenaire pour éviter les partner look hasardeux (il est vrai que les rayures bleues marines sont à la mode depuis la dernière collection H&M), et à deux en marinière, on a vite fait de passer pour des 92 en vacances sur les côtes Bretonnes. Check partner look opéré, pas de doublon ce matin, tout s’annonce tranquille, “cemendou”, mer d’huile, et vogue la galère. Mais voilà, ce soir, vous vous rendez au Philharmonique, et ce n’est que dans le U-bahn qui vous emmène vers Potsdamer platz, que vous réalisez que vos vêtements sont les mêmes que ceux que vous avez revêtus le matin, avec une petite odeur de tabac et de sueur en plus, parce que oui, quand les concerts commencent à 20h, on a pas le temps de repasser chez soi pour prendre une petite douche salvatrice et mettre la panoplie sobre et chic que vous avez porté il y a 6 mois pour un entretien d’embauche.
Leçon n°2 : Une bonne hygiène buccodentaire : parce qu’une haleine fraîche peut faire oublier que votre tandem vestimentaire fait saigner les yeux (rayures bleues fluo et fleur de lys rouge pétant avec des baleines dessus)
Trop tard pour reculer, il est déjà 19h20, la faim commence à se faire sentir, vous pariez sur une petite échoppe pour vous ravitailler, qui d’après vos souvenirs flous de la dernière fois où vous avez mis les pieds à Potsdamer platz (ca devait être pour l’anniversaire de la chute du mur) devrait se trouver entre la station de U-bahn et l’entrée du Philharmonique. Votre esprit divague… « Et pourquoi pas une salade en ce début de printemps, léger et frais, juste ce qu’il faut pour apprécier une messe de Bruckner. » Et flûte, vos souvenirs flous (de la dernière fois où vous avez mis les pieds à Potsdamer platz) vous ont trahi, la petite échoppe que vous aviez repéré est en fait un Subway.
Dans ce cas, trois possibilités s’offrent à vous :
1. Ne pas manger. Au risque de gargouiller du ventre pendant une messe de Bruckner, problématique lors d’un concert où le chef d’orchestre marque des poses toutes les 20 minutes pour permettre aux gens de tousser, ce qu’ils font d’ailleurs on y reviendra dans le leçon 3.
2. Opter pour un sandwich de petite taille au risque là aussi de gargouiller du ventre à des moments impromptus car un petit sandwich risque de ne pas rassasier le travailleur de force que vous avez été tout au long de cette journée et en plus vous sentez l’oignon cru.
3. Notre option. Opter pour un sandwich double, et éviter ainsi les gargouillis, mais qui dit double size dit deux fois plus d’oignons crus, et odeur persistante lors de la représentation.
Là, nos gentils lecteurs devraient nous faire remarquer qu’une quatrième possibilité s’offre à vous, opter pour un double sandwich sans oignons parce que, oh magie du Subway, on peut choisir ce qu’on veut dans son sandwich. À ces lecteurs nous répondrons que : 1. Ils ont raisons mais que 2. nos esprits (pourtant vifs) ne nous ont pas poussé vers cette option parce que trop habitués à dire « alles » quand l’homme derrière la broche à Kebab de 4h du matin nous demande la teneur de la garniture et que 3. Ces lecteurs n’avaient de toute façon pas prévu le surplus de sauce sweet chili qui se répandrait sur vos mains au premier croque dans le sandwich double size. Bref, 19h40, vous sentez l’oignon mais vos mains sentent le sweet chili.
Leçon n°3 : L’art d’être discret : Où se cacher au philharmonique quand vos vêtements piquent les yeux et que vous sentez l’oignon ?
19h45, vous rentrez dans le sacro-saint philharmonique. On apprécie la classe des checkeuses de tickets qui ne vous font pas remarquer que vous sentez l’oignon cru et celle des hôtesses de vestiaires qui ne vous disent pas que vos vêtements piquent les yeux une fois le manteau noir qui vous dissimulait retiré. Là, vous remarquez que le philharmonique propose un service de restauration des plus chics et vous regrettez d’avoir pris l’option n°3 au Subway. Vous êtes à découvert en habit de lumière, la représentation ne commence que dans 15 minutes et vous cherchez une planque afin de vous soustraire aux regards pesants de l’assemblée chic et âgée. Un petit passage aux toilettes peut représenter une solution temporaire à cette situation de gêne, nous vous recommandons cependant le balcon au premier étage, en plein air et non éclairé.
Les petits plus de la planque balcon :
- Possibilité de fumer une petite cigarette pour substituer à l’odeur de l’oignon celle du tabac froid
- Repérage des semblables, des jeunes avec des habits flashy qui sentent l’oignon, sentiment de normalité.
- Observation de la clientèle qui se rend aux étages et se dire qu’on peut mettre du violet et des fleurs oranges pour aller au philharmonique mais qu’il faut avoir plus de 70 ans.
19h55 : Vous sentez l’oignon, le sweet chili, le tabac froid, vos vêtements n’ont pas changé de couleurs mais dans l’obscurité personne n’y prête attention.
Lecon n°4 : Les règles de savoir-vivre, ou l’art de renifler, tousser et glavioter tout en restant chic.
Vous avez gravi en 12 secondes les marches et les quelques mètres qui vous séparaient de vos places. Vous vous tassez dans votre siège en vous disant que si on prenait une photo de l’assemblée vous deviendriez bien malgré vous le centre plastique bleu et rouge de la photographie. La salle, tout en bois clair est plutôt impressionnante, très scandinave, ce qui ne vous empêche pas de vous plaindre de la rigidité de votre siège (lui aussi en bois). Les choristes font leur entrée. Les applaudissements retentissent, mais l’énergie de l’assemblée (70 ans de moyenne d’âge) faiblit après quelques secondes. Les 40 choristes restants rentrent sur scène dans un silence de mort. Deuxième vague d’applaudissements pour les musiciens du philharmonique, là aussi quelques secondes, et une troisième vague pour le chef d’orchestre et les solistes (plutôt discrets par ailleurs pour cette messe de Bruckner). Le concert commence et là, changement de saison oblige, votre gorge (peut être titillée par les vapeurs d’oignon), commence à vous grattez, au point d’émettre un léger toussotement, arrêtez malheureux, ça ne se fait pas. Attendez donc la fin de la première partie et si l’ennui venait à vous gagner, concentrez- vous sur ces panneaux de bois, qui placés de chaque côté de la scène, pivotent pour changer l’acoustique de la salle (enfin c’est la seule explication que nous ayons trouvé). Ah, ça y est, le chef d’orchestre relève sa baguette, n’attendez pas les applaudissements, ils ne viendront pas. Mais dès que le chef d’orchestre abaisse la baguette, c’est un concert de toux, de raclement de gorges, et de reniflements qui se fait entendre, le moment où jamais de placer votre quinte de toux personnel. Quand tout le monde a bien éructé, le concert reprend.
Leçon n°5 : Savoir partir dignement, ou comment savoir quand le concert est fini.
Voilà une heure et demie que vous êtes assis (les panneaux de bois pivotant n’ont plus de secrets pour vous), vous commencez à vous demander pourquoi les solistes qui se sont levés trois fois et chanté 67 secondes en tout et pour tout, sont aussi respectés quand soudain le chef d’orchestre dresse sa baguette, vous vous apprêter à tousser à plein poumon quand l’ensemble de la salle applaudit à tout rompre, un événement qui signifie deux choses :
1. Le concert est fini
2. Il va falloir applaudir longtemps, très longtemps, 10 minutes environ, d’abord le chef d’orchestre puis les solistes, puis l’orchestre, puis le chœur, puis le chef d’orchestre, puis le premier violon, puis les solistes, puis l’orchestre, puis le chœur, puis les solistes, ah encore le premier violon, l’orchestre, ah et le chef d’orchestre encore, et les solistes et le chef d’orchestre, ah… on dirait bien que c’est fini.
Par Yann Faure
Eyvind revisite Walter Ruttman
mercredi 11 novembre 2009
Kultur & Konfitur, Musique, Tiergarten 762 commentaires
S’il ne devait rester qu’un film sur Berlin ce devrait-être celui-ci: “Berlin: die sinfonie der Großstadt”. Ce film expérimental de 1927 signé Walter Ruttman capture le Berlin des années 20 pendant une journée. Du départ des ouvriers à l’aube pour l’usine aux folles nuits des cabarets de l’Ouest en passant par la pause déjeuner. Rien n’échappe à ce film absolument incroyable.
Par Yann Faure
Moabit Vice
vendredi 29 août 2008
Berlinpinpin, Tiergarten 1,146 commentaires
Dans le rôle des deux flics à Miami, deux loosers de Moabit dans la plus pure tradition des séries policières Allemandes. Un logo on ne peut plus kitsch (qui a osé associer du vert et du violet depuis le générique de Sauvé par le Gong?), un générique absurde (pourquoi voit-on des flammands roses?) et une bande son à faire pâlir Eric Serra sont les ingrédients de cette mini série d’environ 5 minutes par épisode.
Dans le dernier épisode en date, publié vendredi dernier, Sunny et Rico (c’est le nom des deux protagonistes, représentants de la police du style) se retrouvent devant l’Arbeitsamt de Moabit, équivalent de l’ANPE, à traquer un Hartz IV, l’équivalent du Rmiste, qui roule en ferrari. De très bon goût et encore mieux que Tatort.

Par Soizic Cadio
Neue Nationalgalerie: Die aufregende Kunst des 20. Jahrhunderts
lundi 18 février 2008
Kultur & Konfitur, Musées, Tiergarten Comments Off
Il s’agit d’une sorte de grande rétrospective de la peinture du 20ème siècle, retraçant la plupart des grands courants picturaux à travers quelques œuvres représentatives. Tout y passe, dans le désordre : Expressionnisme, Expressionnisme Symbolique, Dadaïsme, Surréalisme, Réalisme, Bauhaus, Cobra, Art Minimal, art de la DDR… J’ai donc parcouru un peu sceptique l’histoire de l’art moderne en me perdant entre les pièces, les courants et la chronologie.
Et puis j’ai compris en regardant dans le dictionnaire le sens du mot « aufregend », qui signifie agaçant, énervant, irritant. Du coup, on comprend mieux le sens de cette expo et la justification de cette juxtaposition un peu chaotique. Il s’agit donc d’œuvres agaçantes, pas spécialement provocantes mais susceptibles d’irriter. Par exemple les « monochromes » américains du courant Colour Field Painting, un style dominant aux Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale qui cherchait à réduire ses tableaux à trois éléments fondamentaux : couleur, format, matière. Il s’agissait de s’abstraire de toutes les notions d’histoire, de mythe, de mélancolie, de mémoire, qui prévalaient dans la peinture européenne. Irritants aussi, les tableaux d’artistes contestataires Allemands de l’entre-deux-guerres (Otto Dix…), des artistes de la DDR…
Rétrospectivement, c’est une expo intéressante. Enfin ce petit mot « aufregend » est intéressant. Est-ce qu’il signifie que l’expo montre des peintures qui ont fait scandale en leur temps, qui ont irrité la morale, les dogmes et la bonne conscience de leurs contemporains ? Est-ce qu’elle nous parle de notre propre irritation face à des monochromes de Klein ou des néons de Dan Flavin ? D’ailleurs, à ce titre, j’ai rencontré un spécimen assez irritant des musées d’art moderne et contemporain. L’accompagnatrice d’un groupe de collégiens français qui cherchait à gagner la complicité de ses élèves en se ralliant à leurs railleries dans la salle dédiée à l’art minimal : « C’est vraiment scandaleux… Comment on peut exposer ça dans un musée ? Moi aussi je pourrais le faire… Tiens, c’est de l’art ça, l’étagère là ? ». Bref, une expo intéressante où on peut voir les liens, les passerelles, les connexions entre des styles et des époques, qui la plupart du temps nous échappent.
U2 Mendelssohn-Bartholdy-Park
Par Soizic Cadio










