Teufelsberg, le diable s’habille en gravas…

Teufelsberg ou la montagne du Diable. En gravissant les premiers mètres de la colline aux côtés des couples et des familles s’adonnant à la ballade digestive dominicale et en observant les petits vieux collectionneurs de cerf-volant, on oublierait presque le sens de ce nom et l’histoire incroyable de l’endroit. La petite colline artificielle est pourtant le trait d’union improbable entre un projet d’université nazi, la destruction de Berlin, les services secrets américains et les aspirations spirituelles de David Lynch. Explications.
La suite..


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Christiane F., 46 ans…

Christiane F. Ce nom vous évoque peut-être quelque chose. Peut-être avez-vous été adolescente dans les années 90, élevée à Nirvana et adepte de lectures un peu trash donnant l’illusion de franchir des lignes interdites par procuration… Peut-être avez-vous lu Christiane F., 13 ans droguée, prostituée, fascinée par le Berlin des années 70, à l’époque où Bowie y enregistrait Heroes accompagné de son fidèle compère Iggy Pop.  

Si ce nom ne vous évoque rien, voici un petit résumé. En 1978, deux journalistes du magazine Stern partent à la rencontre de jeunes adolescents autour de la gare de Zoo dans l’idée de faire un reportage sur la scène de la drogue à Berlin. Au cour de leur enquête, ils vont croiser Christiane F., dont l’histoire va devenir emblématique d’une ville et d’une génération. Au lieu d’un reportage, c’est un best-seller qui va naître de cette confession. Christiane F. habite dans une cité de Neukölln dans les années 70, avec une mère dépassée et un père violent. De déménagements en crises familiales, elle connaît à 13 ans son premier amour, son premier acide et sa première piqûre d’héroïne. Rien de cette descente aux enfers ne nous est épargné, sur fond de Berlin gris et bétonné où la “scène” de la drogue se concentre autour de la gare de Zoo et du Sound. Christiane F. est entourée d’une bande de bébés zombies qui vont tomber les uns après les autres, palliant à l’absence d’autorité parentale et à l’abandon de l’école par toujours plus de drogues. L’histoire de Christiane F. a également donné lieu à un film, Wir Kinder vom Bahnhof Zoo, avec en guest star David Bowie jouant son propre rôle, comme une figure emblématique du Berlin de cette époque.

Cette histoire a donné lieu à certaines dérives, de l’utilisation du film comme pamphlet moralisateur anti-drogue à la fascination morbide de certaines adolescentes pour cette “héroïne” (lu sur un forum: “Christiane F. est mon idole! Son histoire est formidable, j’aurais aimé avoir eu sa vie”…). La vie de Christiane F. a donc été largement exploitée, elle-même ayant passé plusieurs années de sa vie à faire la promotion du livre et du film sur des plateaux de télé.

Si l’on vous parle de ça, c’est que Christiane F. a refait surface il y a quelques jours dans les journaux à scandales Allemands. Le livre s’achèvait sur un paragraphe de rédemption où l’on apprenait que Christiane F. s’en était sortie, qu’elle avait définitivement abandonné la drogue et vivait à Hamburg une vie clean et saine. Sauf qu’on apprend aujourd’hui que Mme F. vient de perdre la garde de son fils, qu’elle a replongé dans la drogue et que personne ne sait vraiment où elle est. Elle aurait été vue du côté de Kreuzberg, la “scène” s’étant déplacé de la gare de Zoo à Kottbusser Tor. 30 ans plus tard et 7 km au sud-est, la photo floutée de Christiane F. se retrouve aujourd’hui dans le Bild entre la pin-up dénudée et les résultats du foot…


Par Soizic Cadio

Kill Knut

Dans la rubrique Berlinpinpin se trouve en gros tout ce qu’on ne peut pas mettre ailleurs. Tout ce qui n’est ni un lieu, ni un lapin, ni un objet, ni de la Kultur, ni de la Konfitur, c’est du Berlinpinpin. Un peu comme du tralala, du tirelipinpon ou de la lambada. Impossible d’inaugurer cette rubrique sans parler de Knut. Où que vous soyez, vous avez forcément subi cette béatification généralisée de la population d’Europe autour de ce pauvre ourson qui n’avait rien demandé à personne.    

Et vous l’avez subie à plus forte raison si vous étiez à Berlin cet été. Pour ceux qui n’ont pas suivi ou ceux qui dormaient dans une tente au fin fond de l’Islande, Knut est un petit ours blanc né au zoo de Berlin. Jusque là, pas de raison de sortir les caméras. Mais la raison de cette émotion populaire, c´est que Knut a été abandonné par sa maman. Pauvre Knut. Méchante maman ours. C’est vrai que cet été au zoo de Berlin, si on contournait la foule qui se pressait devant les grilles de chez Knut pour aller voir les ours polaires adultes, on pouvait effectivement voir sa génitrice s’éclater en sautant dans l’eau comme une petite écervelée, pendant que sa progéniture criait famine pas très loin. Alors bon, on n’allait pas le laisser mourir ce pauvre Knut, donc on l’a nourri au biberon pendant des mois. Enfin on, pas moi hein, les soigneurs du zoo. Fin de l’histoire. Cette mini-tragédie a pourtant fait converger des milliers d’Allemands et d’Européens vers le zoo de Berlin. L’Ourson est devenu un super produit marketing qui satisfaisait tout le monde. Le zoo de Berlin d’abord, qui a dû voir tripler son nombre d’entrées annuelles. Les boutiques touristiques de Berlin, qui voyaient là l’occasion de renouveler un peu leur stock de symboles berlinois. Et enfin les “gens”, qui voyait en Knut l’occasion de s’émouvoir à moindre frais pour une bonne cause.

Sauf qu’aujourd’hui, Knut est deux fois abandonné… Les peluches à son effigie ont un peu lassé, les écrans de télé du U-Bahn ne suivent plus jour après jour sa courbe de poids et de taille. Et Knut lui-même n’a plus grand chose à voir avec la mignonne petite peluche blanche du début. Il est devenu une sorte d´adolescent ingrat et mal dans sa peau. Il a grandi, grossi et son pelage d’hiver tend vers le maronnasse. Plus personne ne se presse pour venir le voir et les gorilles ont retrouvé leur place de rois du zoo. Il y a bien encore quelques fans qui restent fidèles à leur visite hebdomadaire. Mais ceux-là font parfois un peu peur. Je soupçonne qu’il s´agisse des mêmes gens qui viennent au zoo tous les jours et qui parlent aux animaux comme des à de vieilles connaissances.

Mais comment va faire le zoo pour compenser la nette baisse des entrées qui le guette en 2008? Et bien figurez-vous que depuis quelques temps, un très mignon petit ours brun est très copain avec un très mignon petit chat. Mais il faut aller au zoo pour le voir. Si, je vous jure que c’est vrai…


Par Soizic Cadio


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.