SOS 36

Parmi la floppée d’anniversaire à célébrer en 2009, entre autre les 20 ans de la chute du Mur de Berlin, il y en a un qui aura une saveur toute particulière: les 30 ans du SO36. 30 ans… L’âge de la maturité, l’âge de la respectabilité, l’âge où on n’a plus besoin de faire ses preuves, l’âge où on peut faire la fête toute la nuit sans avoir peur de se faire emmerder par les voisins. C’est pourtant ce qui arrive au SO36, poumon de Kreuzberg, confronté à la force de frappe des “NIMBYs” (”Not in my Backyard”) qui prennent leurs aises à Berlin.

Kreuzberg 36 sans le SO36?

Le 27 février dernier, le SO36 a reçu une injonction pour le moins brutale: réduire le volume sonore ou mettre la clé sous la porte. Après avoir essayé pendant 30 ans de maintenir des relations cordiales avec le voisinage dans lequel il s’intègre, le SO36 se voit confronté à un choix qui n’en est pas un. Parce qu’il n’est pas question de limiter les concerts “à un niveau sonore raisonnable” et que la construction d’un mur anti-son est totalement hors de sa portée financière, le SO36 étant une association à but non lucratif… Il lance donc un appel aux dons et invite à envoyer un e-mail de soutien à Die Linke, au SPD et aux Verts (tous les détails ici).

Kreuzberg ne serait plus Kreuzberg s’il perdait son SO36, nommé ainsi d’après l’ancien indicateur téléphonique du quartier. D’ailleurs, comme il est scandaleux que nous n’ayons jamais parlé du SO36 ici, nous allons tout de suite réparer cette erreur en vous racontant l’histoire de ce lieu, véritable laboratoire aussi bien musical que social. Le SO36 a d’abord été un Biergarten, puis l’un des premiers cinémas de la ville, avant d’être récupéré par un groupe d’artistes qui en ont fait leur atelier. Peu à peu, il s’est transformé en lieu de concerts et est devenu le berceau de la scène punk allemande, accompagnant l’ancrage politique de Kreuzberg à la gauche de la gauche. Il a aussi accueilli un certain nombre de figures mythiques locales (Die Einstürzende Neubauten et Die tödliche Doris) et internationales (David Bowie et Iggy Pop, entre autres).

Le SO36 a bien sûr évolué depuis mais a conservé ses principes de base. Il est géré par une association dont le fer de lance est la mixité et l’intégration des sous-cultures de tous bois. Le mélange des genres, des cultures et des générations s’est opéré tout naturellement pour faire du SO36 un lieu singulier au capital sympathie beaucoup plus fort que la plupart des autres “clubs”. Voici comment s’organise une semaine ordinaire au SO36:

Le mardi (tous les 2ème mardis du mois), c’est Kiezbingo. Le grand hall se remplit de tables et chacun peut venir remplir sa grille dans la joie et la bonne humeur.

Le mercredi (un mercredi par mois), c’est Nachtflohmarkt, marché aux puces à la sauce SO36.

Le samedi (chaque dernier samedi du mois), c’est soirée Gayhan, où soirée Gay orientale. Le seul endroit de Berlin où l’on peut admirer des Turcs Gays au corps huilé se trémousser en rythme.

Le dimanche soir, c’est Café Fatal. Le grand hall dépouillé devient piste de danse et accueille des danseurs de salon professionnels et amateurs.

La programmation est bien sûr plus éclectique, avec d’autres soirées ponctuelles et de nombreux concerts sans préférence de genre (éléctro, rock, reggae, ska, punk…). Le SO36 est un lieu particulier et constitutif de l’identité de Kreuzberg 36. Profitons donc tout au long de l’année des soirées spéciales anniversaire et surtout, ne ratons pas la soirée “Nasty & Queer” du 1er mai, avec Team Plastique et les Plateaux Repas en guest stars.

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