Leçon de style par NUCLEUS aCCumbens


C’est en réalisant l’interview des frères Dukes, créateurs du collectif Sameheads (voire l’article “Sameheads ou les fluofrangins”) le jour du Carnaval des cultures, que nous avons pu entrapercevoir l’étendue du réseau d’artistes qui gravitent dans leur petit univers de mode et de fête. Ce jour-là, nous avons rencontré Laurent, alias NUCLEUS aCCumbens, vêtu très sobrement d’un immense T-Shirt jaune et affublé de lunettes jaunes rayées à la Kanye West. Son métier, c’est de faire « des fringues, des fringues, des fringues », dans un mélange d’inspirations de la rue, du sportswear et du Japon, où il se rend chaque année depuis 2000 pour ramener des tissus. Il a accepté de nous rencontrer pour nous parler de son travail, de la mode, de Berlin et nous l’avons suivi au sein de son QG à Kreuzberg, le Sündstrom, version diurne du Schwuz, le club gay historique de Berlin. Il fait 30 degrés à l’ombre et Berlin vit au ralenti. La discussion démarre tout naturellement sur les Français de Berlin, que les Français de Berlin adorent détester.  

« Les Français qui viennent ici ne sont jamais satisfaits… Moi je me suis fâché avec des potes de Marseille à cause de ça : ils critiquent tout, ne sont jamais contents et ils essayent toujours de t’apprendre quelque chose (qui est faux la plupart du temps), alors que bon, je vis ici depuis 15 ans… C’est vrai qu’il y a vachement plus de Français qu’avant à Berlin ». Dès les premières phrases, on sent pointer un petit accent du sud qui apparaît et disparaît comme par enchantement. Laurent vient de Marseille, où il a fait ses premiers pas dans la mode. Il a étudié pendant trois ans dans une école de stylisme et les rencontres ont fait le reste. « J’ai été pendant six ans avec un mec qui était aussi couturier. Je l’aidais, on travaillait ensemble, le couple parfait quoi ! Après, j’ai eu quelques petits succès, j’ai fait des photos, des vidéos, quelques télés… Et puis j’ai rencontré des gens assez influents dans le make-up. Vous connaissez Topolino ? » Euh… « J’ai tenu un magasin pendant cinq ans à Marseille, ça a plus ou moins bien marché. J’ai aussi travaillé avec le Musée de la mode. Bref, j’ai commencé à faire des fringues à 16 ans et j’ai continué ici, faire des fringues, des fringues, des kilos de fringues…»

Et comment un designer Marseillais décide du jour au lendemain qu’il ne vivra pas ailleurs qu’à Berlin ? « Je suis venu en 93 pour la Love Parade et je suis tombé directement amoureux de la ville. Il y avait des lasers partout où il y avait des soirées, c’était hallucinant, je m’en souviendrais toujours… Dans le taxi, je me suis dit que je devais venir habiter ici, c’était pas possible autrement ! J’ai rencontré un de mes supers potes, que je vois toujours. Je suis tombé directement dans une clique quoi ! C’était la folie ici en 93. C’était underground, vraiment underground. Et puis la mode ici me plaisait, Marseille me gonflait, alors voilà, je suis resté. Enfin, ça a duré un an. J’ai commencé à apprendre l’Allemand et puis j’ai tout vendu, le magasin, la clientèle, les machines… Pour venir m’installer ici. J’avais du fric pour deux ans, et ça a été la fête, tous les jours… ». Depuis, Berlin a changé et la Love Parade n’est plus ce qu’elle était. D’ailleurs, elle n’est plus, tout simplement. Elle a été transférée à Dortmund, quelle drôle d’idée. Laurent nous apprend qu’il existe bien d’autres fêtes gay à Berlin, dont nous ne soupçonnions même pas l’existence, comme la Motzstrassen Fest, le Christopher Street Day ou la Gay Pride alternative de Kreuzberg. « Surtout des prétextes pour faire la fête, mettre un gros son et boire des bières ! ».

 

 

 

Et les fringues à Berlin dans tout ça ? Tout a commencé à Mitte, le quartier ultra-luxe de Berlin dont on a du mal à imaginer qu’il a pu être un jour un vaste chantier underground. « Il n’y avait pratiquement pas de magasins, on a construit tous ensemble le Mitte fashion ! J’avais des potes qui tenaient un magasin à Mitte, Soma, sur des thèmes Japonais. J’y suis allée avec une copine et ça lui a tellement plu qu’elle a monté son magasin (Shibuya) dans la Münzstrasse, en face de l’Adidas Store. Au début, je vendais des fringues dans ces deux magasins. A l’époque, c’était beaucoup plus underground, il y avait des squats partout, le Tacheles, qui était beaucoup plus grand qu’aujourd’hui, plein de magasins underground… C’était cool ! Mais cette époque est complètement passée. Mes potes qui ont passé leur vie là-bas veulent venir à Kreuzberg, à Neuköln, dans les quartiers qui poussent. Il n’y a plus que des riches à Mitte, c’est pas ce qu’on voulait ! En même temps, c’est bien, il fallait un quartier fashion à Berlin. Et puis la fringue, ça crée du boulot ! »

Et comment passe-t-on de Mitte aux Sameheads ? « Les Sameheads, c’est surtout des potes, ça s’est toujours passé un peu comme ça. C’est une copine qui m’a dit qu’un super magasin à Kreuzberg cherchait des créateurs. On y est allé et ça a tout de suite fusionné. La semaine d’après, je leur amenais des fringues, ils ont dit « génial » et voilà, c’était parti ! C’est un peu une grande famille. J’aime bien les Sameheads et j’aime bien faire partie d’eux. C’est dynamique. C’est comme avec mes potes de Soma et Shibuya. On est même allés jusqu’à Tokyo ensemble. C’est vraiment des copines ! Quand j’ai des problèmes ils sont là, quand ils ont des problèmes je suis là. On s’entraide quoi ! Berlin, c’est sharing, sharing, sharing… ».

 

 

« Cette photo, c’était pour Schweppes. En fait, je travaillais jusqu’à récemment pour une agence de Munich avec laquelle je participais à l’ISPO (International Trade Fairs for Sports Equipment and Fashion), l’une des plus grandes foires de sport au monde je crois. On a inventé un mélange de sport et de fashion, en s’inspirant de ce qui existait dans la rue. On avait un stand énorme avec tous les designers d’Allemagne et je m’occupais de la déco, j’habillais les mannequins… Schweppes était le sponsor officiel de notre stand et ils m’ont offert une photographie par ce photographe génial, Jens Boldt. Je suis assez fier de cette photo… ». En découvrant la passion de Laurent pour la mode, le styling, la mise en valeur des créations, on se demande pourquoi il n’a pas cherché à ouvrir son propre magasin de vêtements. « J’en aurai rêvé mais c’est le fric qui manque. On vivotte, c’est gonflant au bout d’un moment. Tu fais des photos, comme la photo pour Schweppes par exemple, et tu n’es jamais payé. Bien sûr, j’ai une super photo, elle est même parue dans le Süddeutsche Zeitung… Mais bon, ça ne te fais pas acheter des pâtes ! Donc il faut se démerder. Et puis j’ai fait des tas de conneries aussi. Parfois, j’ai arrêté de faire des fringues pour travailler dans des agences de styling par exemple. Ça m’a vite gonflé, c’est un tel stress ! Ils te poussent à bout, je déteste ça. J’ai aussi eu un contrat d’un an avec MTV Designorama. Dans ce genre de contrat, tu dois juste respecter les directives. On devait faire des fringues pour les présentateurs mais apparemment, ils n’ont pas trop apprécié mes fringues, je devais être un peu trop hardcore… »

Nous qui faisons partie de la récente vague d’immigration Française à Berlin, on s’intéresse toujours à la manière dont les Français qui vivent à Berlin depuis plus longtemps perçoivent les mutations qu’a subies cette ville depuis 15 ans. Il y a deux écoles : ceux pour qui c’était mieux avant, et les autres, qui s’accommodent du changement et participent au mouvement. « Tout a changé, tout, mais c’est vital que ça change, sinon c’est chiant ! Et si je n’aimais pas le changement, je n’aurais pas changé de pays. Moi ça me gonfle les gens qui disent que Berlin c’était mieux avant. C’était bien avant mais c’est génial aujourd’hui aussi. C’est sûr, c’était plus facile de vivre à Berlin il y a 15 ans. Avec le Deutschemark, j’étais super riche ! Mais en même temps, je vois des choses qui me plaisent de plus en plus. A l’époque, il y avait le KitKat. Aujourd’hui, nos temples, c’est le Bar 25 ou le Panorama Bar, comme tout le monde. C’est une autre époque ! »

Et la suite ? « Je continue à faire des fringues, mais beaucoup moins qu’avant. Je ne fais plus de collections, ce genre de trucs. Maintenant je veux faire des vidéos. Je l’ai fait pour la première fois à une soirée des Sameheads. Il y a aussi un projet que je veux faire depuis trois ans déjà, un photoshoot de Burkas en tissus Louis Vuitton. Tout simple. Toute une série de photos sur des thèmes récurrents pour choquer un peu les gens. On va aussi essayer de faire un truc avec des enfants derrière une vitrine, comme dans un musée, vu que les enfants, ça va commencer à être rare… Mais j’adore les enfants hein ! C’est aussi pour ça que j’aime le Japon, qui est un pays d’enfants ». Bref, Laurent a plein de projets dans son sac, liés ou non à la mode, mais dont la scène sera toujours Berlin, lui qui se sent « deux fois Berlinois ». « A Marseille, je meure, je fais une crise de nerfs chaque fois que j’y retourne ! Les gens sont irrespectueux et ils me regardent comme un étranger. Ça fait drôle d’être étranger dans ma propre ville. Et puis les soirées sont pourries, il n’y a pas de scène… Quand tu as connu Berlin, c’est pas possible de revenir ». L’avenir sera donc Berlinois pour Laurent, qui nous prédit que cet été sera l’été de tous les étés (rien que ça). La chaleur, la fête, les gens… « Là, vous allez en recevoir des leçons de style ! Le monde entier à Berlin, tu fais tes courses ! ». Il n’attend pas l’été lui, pour la leçon de style, et il continue à travailler même en sirotant une bière à l’ombre d’une Strandkorb, ponctuant le passage des promeneurs de commentaires assassins ou élogieux. Le monsieur en baskets-chaussettes à la banane posée sur le ventre a tout faux. Par contre, la jolie fille Noire a tout bon dans le style, jusqu’au moindre détail. « Sûrement une New-Yorkaise ». On retient la leçon. Vive le Stil in Berlin !


Par Yan & Zou

Concours: gagnez un exemplaire de Volume, le nouveau mensuel musical des Inrocks

Lire Les Inrocks a Berlin, un rêve que seuls les plus courageux d’entre nous pouvaient s’offrir. Se lever à l’heure des poules et se rendre a la gare la plus proche (pour nous Ostbahnhof, 25 minutes et un changement), pour acheter ses Inrocks chaque semaine avait de quoi décourager même les fans les plus fidèles.
Réjouissez-vous! Les Inrocks retournent aux sources et sortent un magazine mensuel exclusivement consacré à la musique: Volume. Les Inrocks version longue, un nouveau format qui réjouira à la fois les fans de la première heure nostalgiques du “mensuel”, les passionnés de musique et les Français de Berlin. Sans parler des Français de Berlin passionnés de musique et nostalgiques du mensuel.

Les Lapins Techno vous proposent de gagner un exemplaire du premier numéro de Volume, avec Monsieur Thom Yorke en couverture et même de le livrer sur votre paillasson. Il vous suffit d’habiter Berlin et de nous envoyer un email à leslapinstechno@yahoo.fr avec votre nom et votre adresse. Les cinq plus rapides recevront un exemplaire de Volume.

Par Yan

Camille ist ein Berliner: son concert au Fritzclub

Des coin coin, des canards, des canards, miaou miaou, wouaf glouglou slurp. Bienvenue dans le comics strip de Camille. Camille, la seule chanteuse capable de faire chanter simultanément Miaou Miaou à une moitié du public et Wouaf Wouaf à l’autre moitié, la seule à pouvoir se moquer de Mariah Carey en chantant mieux qu’elle, la seule à oser traverser en slam une salle de concert vêtue d’une combinaison de plongée… Camille la drôle de fille est venue prendre le thé avec nous mardi soir, pour nous faire écouter ses dernières chansons. Enfin, elle est venue jouer à Berlin à la Postbahnhof mardi 3 juin avant de partir pour une tournée marathon à travers la France.
C’est avec un manque total d’objectivité et une mauvaise foi à toute épreuve (si elle chante bien même quand elle chante faux) que nous nous sommes rendus à son concert mardi dernier. Nous l’avions déjà vue deux fois en live, assez pour savoir que ses concerts ressemblent à des performances, et nous attendions donc les bras croisés d’être une fois de plus émerveillés. Mais Camille n’est pas si prévisible… Postés au pied de la scène, (parce que les petits Français que nous sommes ne font pas le poids face au gabarit Allemand), on a été un peu surpris par l’entrée en matière. Où était donc passée l’exubérante Camille qui dansait, chantait, sautait, criait, tout à la fois ? La nouvelle Camille, vêtue d’une tunique orange, est arrivée très calme, un peu blasée, et a enchainé les trois premières chansons presque comme une formalité. La glace a fini par se briser, sans qu’on sache où était la part de jeu. Au milieu du morceau « Au port », Camille oublie les paroles. « Eh, petite fille… », A-t-elle commencé. Blanc. « Je suis toi-même et je te parle », lui a répondu un Français qui suivait. C’est alors que le déchaînement attendu a commencé, une avalanche de morceaux piochés dans les trois albums pêle-mêle, parfois même mélangés entre eux. Camille se met au piano pour entamer « Pâle septembre », elle y insère une partie d’un morceau du dernier album pour terminer sur la montée finale de « Pâle Septembre ». Les morceaux, les voix, les sons, les mots, les partitions, sont passés au mixeur dans une sorte d’heureuse alchimie. Il faut dire qu’elle a le talent pour ça et qu’elle est bien accompagnée. La musique est physique pour Camille, qui fait de ses compagnons de scène des instruments de musique. Elle a le don de pouvoir transformer ses musiciens en sampler humain : elle entonne un son ou une mélodie puis fait signe à un des choristes dans son dos qui reprend le son, puis elle en chante un autre, repris par un autre choriste… Jusqu’à ce que tout ce petit monde s’accorde et que Camille lie ce joyeux bordel de sa voix. Une voix littéralement capable de tout : tantôt petite fille, tantôt diva, voix de canard ou de chanteuse lyrique, voix suave ou gueularde… En vrac, Camille a chanté Too drunk to fuck, reprise à succès de Dead Kennedys, Là où je suis née, Ta Douleur, Au port, Janine, et de nombreux morceaux de Music Hole, dont le génial Katie’s Tea.  

2 heures plus tard, nous étions en nage et heureux. Pour la dernière chanson, Money Note, parodie des chansons à succès de divas de la soupe, Camille arrive sur scène avec ses airs de chatte vêtue d’une longue robe de soirée noire. Elle chante puis finalement se retourne, pour dévoiler un long décolleté du milieu du dos à la moitié de ses fesses. Elle nous annonce finalement avec un peu d’appréhension qu’elle va finir son concert à côté et demande au public de la porter jusqu’à l’autre salle. Elle enfile sa combinaison de plongée le plus naturellement du monde (enfin dans la mesure où on peut enfiler naturellement une combinaison de plongée) et se retrouve bel et bien sur la scène de l’autre salle. Ses musiciens la rejoignent et ils entament un dernier morceau a capella : Paris, de sa belle voix un peu gouailleuse. Un morceau qui a le don de nous rendre nostalgique. Paris, tu paries paries paries que je te quitte, que je change, de cap, de capitale…


Par Zou

Entendu à la sortie du concert de Camille au Fritzclub

“C’est tellement beau comme métier, chanteuse… Enfin, tous les métiers sont beaux hein! Mais ce métier là, c’est vraiment un beau métier…”
Le compte-rendu du concert qui fait dire n’importe quoi, dès demain…

Par Yan


Les Lapins Techno: un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, de la musique, les expos, les shops, Berlin.