jeudi 5 juin 2008
Friedrichshain, Musique

Des coin coin, des canards, des canards, miaou miaou, wouaf glouglou slurp. Bienvenue dans le comics strip de Camille. Camille, la seule chanteuse capable de faire chanter simultanément Miaou Miaou à une moitié du public et Wouaf Wouaf à l’autre moitié, la seule à pouvoir se moquer de Mariah Carey en chantant mieux qu’elle, la seule à oser traverser en slam une salle de concert vêtue d’une combinaison de plongée… Camille la drôle de fille est venue prendre le thé avec nous mardi soir, pour nous faire écouter ses dernières chansons. Enfin, elle est venue jouer à Berlin à la Postbahnhof mardi 3 juin avant de partir pour une tournée marathon à travers la France.
C’est avec un manque total d’objectivité et une mauvaise foi à toute épreuve (si elle chante bien même quand elle chante faux) que nous nous sommes rendus à son concert mardi dernier. Nous l’avions déjà vue deux fois en live, assez pour savoir que ses concerts ressemblent à des performances, et nous attendions donc les bras croisés d’être une fois de plus émerveillés. Mais Camille n’est pas si prévisible… Postés au pied de la scène, (parce que les petits Français que nous sommes ne font pas le poids face au gabarit Allemand), on a été un peu surpris par l’entrée en matière. Où était donc passée l’exubérante Camille qui dansait, chantait, sautait, criait, tout à la fois ? La nouvelle Camille, vêtue d’une tunique orange, est arrivée très calme, un peu blasée, et a enchainé les trois premières chansons presque comme une formalité. La glace a fini par se briser, sans qu’on sache où était la part de jeu. Au milieu du morceau « Au port », Camille oublie les paroles. « Eh, petite fille… », A-t-elle commencé. Blanc. « Je suis toi-même et je te parle », lui a répondu un Français qui suivait. C’est alors que le déchaînement attendu a commencé, une avalanche de morceaux piochés dans les trois albums pêle-mêle, parfois même mélangés entre eux. Camille se met au piano pour entamer « Pâle septembre », elle y insère une partie d’un morceau du dernier album pour terminer sur la montée finale de « Pâle Septembre ». Les morceaux, les voix, les sons, les mots, les partitions, sont passés au mixeur dans une sorte d’heureuse alchimie. Il faut dire qu’elle a le talent pour ça et qu’elle est bien accompagnée. La musique est physique pour Camille, qui fait de ses compagnons de scène des instruments de musique. Elle a le don de pouvoir transformer ses musiciens en sampler humain : elle entonne un son ou une mélodie puis fait signe à un des choristes dans son dos qui reprend le son, puis elle en chante un autre, repris par un autre choriste… Jusqu’à ce que tout ce petit monde s’accorde et que Camille lie ce joyeux bordel de sa voix. Une voix littéralement capable de tout : tantôt petite fille, tantôt diva, voix de canard ou de chanteuse lyrique, voix suave ou gueularde… En vrac, Camille a chanté Too drunk to fuck, reprise à succès de Dead Kennedys, Là où je suis née, Ta Douleur, Au port, Janine, et de nombreux morceaux de Music Hole, dont le génial Katie’s Tea.
2 heures plus tard, nous étions en nage et heureux. Pour la dernière chanson, Money Note, parodie des chansons à succès de divas de la soupe, Camille arrive sur scène avec ses airs de chatte vêtue d’une longue robe de soirée noire. Elle chante puis finalement se retourne, pour dévoiler un long décolleté du milieu du dos à la moitié de ses fesses. Elle nous annonce finalement avec un peu d’appréhension qu’elle va finir son concert à côté et demande au public de la porter jusqu’à l’autre salle. Elle enfile sa combinaison de plongée le plus naturellement du monde (enfin dans la mesure où on peut enfiler naturellement une combinaison de plongée) et se retrouve bel et bien sur la scène de l’autre salle. Ses musiciens la rejoignent et ils entament un dernier morceau a capella : Paris, de sa belle voix un peu gouailleuse. Un morceau qui a le don de nous rendre nostalgique. Paris, tu paries paries paries que je te quitte, que je change, de cap, de capitale…
Tags: Berlin, Camille, Concert, Fritzclub
juin 6th, 2008 at 8:04 pm
Merci pour l’article, j’étais au pied de la scène avec vous et j’avais l’impression de moi aussi porter Camille dans l’autre salle.
“Berlin, tu paries Berlin que je reviens…….”