Berlin, je ne t’aime plus ?



“Jamie Lidell : Donne-moi une bonne raison de quitter Berlin pour Paris.
Gonzales : Ta petite amie vit ici… moi aussi. Ça t’en fait deux ! “*

Miss Kittin est rentrée à Paris, Gonzales s’y est installé, Ellen Allien y distribue sa toute nouvelle ligne de vêtement (chez Colette). À l’heure où Paris fascine et attire les amateurs d’électro branchée et fluo, les icônes de la nuit Berlinoise prennent le chemin de l’exil.
Miss Kittin ne s’en cache pas. Après des années au service de l’underground berlinois, la DJ star aspire à une vie plus tranquille en terre Parisienne : « À mon retour à Berlin, je me suis dit : « C’est fini. » J’avais tourné une page de ma vie. Mais j’ai eu un pincement au cœur en quittant la ville (…). Après avoir commencé dans les squats à Genève, à peindre les murs et travailler dans un bar, après avoir connu l’explosion à Berlin, tout ça… Aujourd’hui je me sens bien à Paris. J’ai une vie plus beauf **» déclare Miss Kittin aux journalistes de Trax.
Cette envie d’ailleurs et d’autre chose des pionniers de la scène musicale Berlinoise marque-t-elle la fin d’une époque ou s’il en est la petite mort de Berlin comme pôle musical européen ?  

Berlin, la ville laboratoire ne sait pas garder ses enfants stars. La capitale allemande est vite dépassée par trendy Paris Paris quand il s’agit de Star appeal…. Berlin est un laboratoire, une ville où les artistes vont et viennent pour mûrir leurs projets loin de la hype et du star-system.
Mocky, Peaches, Feist, Gonzales, Miss Kittin, Ellen Allien, ou Jamie Lidell y ont fait leurs classes avant de venir éclabousser l’Europe de leurs productions. Hier maîtres de l’underground Berlinois dans les clubs de Mitte et de Prenzlauer Berg, les artistes de la première vague sonore Berlinoise sont aujourd’hui icônes pop figées sur le papier glacé de la presse musicale grand public. Des noms devenus trop grands, trop brillants pour Berlin l’underground, Berlin la pauvre, Berlin la verte…

À l’heure des départs, la question de l’influence culturelle et musicale Berlinoise sur le reste de l’Europe est posée. L’aube des années 2000 avait vu l’explosion d’une scène Berlinoise nourrie par l’effervescence du gigantesque chantier culturel et festif des années 90. Après Manchester dans les années 80, c’était au tour de Berlin d’attirer les artistes des quatre coins du monde.
Une époque révolue ? « Oui ! » répondront les nostalgiques, « non ! » si l’on en juge par l’arrivée massive de jeunes étrangers et d’artistes venus chercher dans la capitale leur petit bout de rêve Berlinois.

À l’image du producteur prodige Shonky qui vient de poser ses valises à Berlin, nombreux sont les artistes émergents qui délaissent le stress des grandes capitales pour goûter à la nonchalance Berlinoise. Ce sont également de nouveaux lieux qui succèdent aux squats historiques condamnés à fermer leurs portes (Tacheles, Unkul) au nom du développement économique de la ville. Oubliez donc le très chic et pseudo alternatif Mitte, les boboïsés Prenzlauerberg et Kreuzberg 61, les décors de ce deuxième acte se nomment Kreuzberg 36, Friedrichshain (déjà en phase de «lattemachiatisation» si l’on en croit l’excellent article de Stéphanie Pichon paru sur le site du petit journal de Berlin) et Neukölln, qui pour le magazine Zitty: « rockt » comme jamais.
L’effervescence et le brassage culturels sont tels, que la presse Berlinoise s’internationalise en même temps que la population, on connaissait Exberliner, magazine anglophone sur Berlin, voici Bang Bang Berlin !, un fanzine qui du haut de son deuxième numéro se veut la voix anglo-germanophone de la culture underground Berlinoise.

« Berlin, Acte II », c’est maintenant !

* Entretien parut dans le magazine Tsugi n°07 avril 2008
** Interview dans TRAX février 2008 n°110

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