Tout doit disparaître!


Par Soizic Cadio

Contemporary art in temporary places


Nous avions trouvé le Unkul en cherchant le Flohmarkt de Treptow. Aujourd’hui, c’est en cherchant la grande roue de Köpenick que nous nous sommes retrouvés au vernissage d’une exposition d’art contemporain dans une usine désaffectée. C’est fou comme les usines désaffectées peuvent renfermer d’incroyables secrets à Berlin et dans ses périphéries. Il faut en profiter, ça ne va pas durer…

 

En flânant à vélo le long de la Spree du côté de Stralau, nous nous sommes retrouvés au cœur d’un quartier résidentiel très chic composé de petits jardins, d’immeubles dernier cri aux balcons donnant sur le fleuve et même d’un paisible cimetière au bord de l’eau. Pas de doute, la grande roue n’est pas là, on s’est bien planté de rive… C’est là qu’apparaît le Speicher 13, une usine désaffectée où pendent des vêtements aux fenêtres sans vitres. Les portes sont ouvertes, on n’a qu’à rentrer. Il s’agit de l’exposition Palm Fiction, organisée par White Elephant Collective, du 28 juin au 13 juillet. Au rez-de-chaussée, un bar. Au premier étage, un atelier de travaux pratiques sur le thème « What if this place was yours ? ». Munis de crayons, de papiers, de ciseaux et de colle, on peut laisser courir son imagination et décrire ce que l’on ferait de cet endroit. Du roller, une boîte de nuit géante, un magasin ikea ? A chaque étage, on trouve des vidéos et installations de toutes sortes, mais la plus belle pièce se mérite. Un palmier en plastique planté dans un banc de sable factice vous attend au milieu de l’immense hall du quatrième étage.

 

L’espace de ce lieu incroyable est utilisé au mieux, dans une sorte d’urgence avant la disparition imminente. L’exposition est sous-titrée « Contemporary art in temporary space ». Si l’on en juge par les bandes de sécurité qui entourent les trous dans le plancher, et par le luxe du voisinage, cette usine ne devrait en effet pas tarder à disparaître. Il s’agit là d’un des aspects caractéristiques de cette zone, qui abrite encore de nombreuses usines, reliques d’un passé industriel berlinois, sinon prospère, du moins dynamique. Délaissées par les ouvriers, elles ont retrouvé une seconde vie comme squats puis comme entreprises artistiques à l’image du Unkul ou du White Elephant Collective, qui investissent ces lieux magiques et poétiques. Mais ces reconversions ne durent qu’un temps et les investisseurs immobiliers leurs prévoient d’autres desseins…


Par Soizic Cadio

Un serial killer s’en prend aux lapins

Photo: http://art-engage.net

Rentrez-vos lapins… Aujourd’hui, mercredi 25 juin, le journal Libération publie sur son site Internet un article très sérieux sur un tueur en série de lapins qui agit dans la région de la Ruhr. Ça ne s’invente pas.

« Il décapite ses proies et les saigne : depuis un an, un tueur en série de lapins sème la panique chez les éleveurs de la Ruhr et rend chèvre la police allemande. L’auteur présumé « agit la nuit, ouvre les clapiers, décapite les rongeurs avec un objet tranchant et emporte leur tête et leur sang »[…] 11 cadavres décapités de lapins domestiques ont été retrouvés dans 10 jardins de particuliers à Witten, tandis que huit autres ont disparu de leurs clapiers […] Dans la ville voisine de Dortmund, la police a aussi dénombré jusqu’à présent 18 décapitations dans 12 propriétés différentes. La dernière découverte macabre remonte au 2 mai […] Le sentiment d’insécurité est à hauteur des primes promises à celui qui mettra la main sur le bourreau : 15.000 euros récoltés par la fédération des éleveurs et auprès de particuliers ».

On espère fortement que le serial killer en question ne se rapproche pas de Berlin pour y poursuivre ses forfaits…


Par Soizic Cadio

Trouver un logement à Berlin

Berlin exerce depuis plusieurs années maintenant une force d’attraction significative sur une grande partie de l’Europe et au-delà, et tout ce petit monde doit trouver logement à son pied. Peut-être que vous aussi, qui suivez les Lapins techno depuis la France ou ailleurs, rêvez de venir vous y installer, pour quelques semaine, quelques mois ou à durée indéterminée. Si c’est le cas, vous avez sûrement tapé dans Google « trouver un logement à Berlin », et vous avez cru comprendre que se loger ici n’est vraiment pas un problème. Certes, excepté le fait que l’on doit souvent chercher avant de partir, qu’on ne parle pas toujours Allemand et que la recherche de logement à Berlin présente quelques subtilités qu’il peut être utile de connaître.

Il est évident que toute recherche d’appartement passe d’abord par l’épluchage des journaux. Oui mais lesquels, et quel jour de la semaine ? Les deux principaux pourvoyeurs de petites annonces sont les quotidiens locaux Berliner Morgenpost et Tagesspiegel, qui offrent chaque dimanche un cahier spécial logement. Une bonne raison de se lever à l’aube le dimanche matin pour acheter le journal en allant prendre son Frühstück et appeler assez vite dans la journée pour prendre rendez-vous. Mais, me direz-vous, comment je fais si je cherche un logement parce que, justement, je n’habite pas à Berlin, et qu’il me faut d’abord un appartement pour pouvoir aller manger un Frühstück le dimanche ? Ça se tient… Ces deux journaux publient également leurs petites annonces sur leurs sites internet respectifs, dans les rubriques « Anzeigenmarkt » (Berliner Morgenpost, Tagesspiegel).

Le quinzomadaire culturel Zitty offre également des annonces de location, disponibles sur son site internet. Enfin, pour multiplier vos chances, vous pouvez aussi vous inscrire sur le site spécialisé dans l’immobilier Scout 24. Vous remplissez vos critères de choix (quartier, taille, loyer…) et vous recevrez chaque jour quatre ou cinq annonces.

Une fois effectué ce tour d’horizon des moyens de trouver les annonces, le plus dur reste à faire. Vous partez plein d’enthousiasme en vous disant « trop facile, trouver un appart à Berlin, c’est pas comme trouver un boulot à Berlin ». Sauf qu’il arrive souvent que l’on tombe sur une annonce de ce type, qui a de quoi laisser un peu perplexe, voire désemparé, voire carrément déprimé :

Muskauer Str. 23, 88 qm, 512,-k, NK inkl., 1 OG, Küche, D-B, Lam, GH, K, So-Bes. 12 Uhr

Dans ce cas, ne pas paniquer et voir le bon côté des choses : même en parlant mal allemand, vous savez qu’il y a une cuisine, c’est déjà pas mal… Voici un petit aperçu du champ lexical utile à la recherche d’appartement :

Facile :

Die Wohnung : appartement

Mieten : louer

Die Miete : le loyer

Das Zimmer : la pièce

Kaltmiete : loyer sans les charges

Warmmiete : loyer charges comprises

Lage : situation de l’appartement

Besichtigungstermin : rendez-vous pour visiter

Provision : frais d’agence

Kaution : caution

 

Pas facile:

NB (Nebenkosten): charges

Inkl NB: charges comprises

AB (Altbau): bâtiment ancien

Ren. (Renoviert) : rénové

ZH (Zentralheizung) : chauffage central

EBK (Einbauküche) : cuisine intégrée

VH (Vorderhaus) : l’appartement est situé dans la première partie de l’immeuble et donne sur la rue, contrairement à Hinterhaus où il faut traverser une cour pour accéder à l’appartement

LAM (Laminat) : parquet laminé

Dielen : parquet

WG (Wohngemeinschaft) : collocation

OG (Obergeshoss) : étage

DB (Duschbad) : salle de bain avec douche

Une fois que vous avez compris l’annonce et que vous pensez qu’il s’agit de l’appartement de vos rêves, il vous faut prendre rendez-vous pour visiter. Evitez les agences qui demandent des frais d’agence. Les logements disponibles à Berlin sont suffisamment nombreux pour que l’on puisse s’en passer. Ensuite, sachez que la grande majorité des appartements est non meublée. Seule la gazinière (four et plaques) est fournie, le frigo ne l’est pas la plupart du temps. Quant aux documents à fournir, les propriétaires peuvent s’avérer étonnamment exigeant. Cela est dû au fait qu’en Allemagne, le droit des locataires est supérieur au droit des propriétaires, qui ont beaucoup de mal à faire expulser les mauvais payeurs. Ce qui les pousse à prendre leurs précautions… A ce titre, on peut vous demander de fournir une attestation de la Schufa, un organisme qui doit certifier que votre « casier judiciaire financier » est vierge. Cette méthode un peu limite est là pour prouver au propriétaire que vous n’avez pas fait l’objet de poursuites suite à un refus de paiement quelconque… Enfin rassurez-vous, tous les propriétaires ne le demandent pas. En revanche, il vous faudra fournir les documents habituels, photocopie de votre passeport, derniers bulletins de salaire…

Une petite anecdote pour finir… Nous avons visité une petit dizaine d’appartements avant de trouver le nôtre. Nous sommes passés par un appartement sans salle de bain, un appartement sans évier dans la cuisine, un appartement sous les toits dont l’un des côtés était une immense baie vitrée, parfait en cas de canicule… Et enfin, un dimanche après-midi du côté de Neukölln, nous avions rendez-vous pour une visite à 14h. Un peu en avance, on s’aperçoit que deux personnes attendent déjà devant la porte. Puis d’autres personnes arrivent, trois ou quatre chaque minute et finalement, on se retrouve à 40 dans un appartement de 40 m2. Certains trouvent ça très drôle et quittent l’appartement en riant, d’autres très sérieux, imaginent déjà où mettre leur canapé et font la queue auprès d’un agent immobilier aux lunettes carrées pour obtenir leur petit formulaire. Si cela vous arrive, rangez-vous dans la première catégorie et prenez ça comme un malentendu. Vous trouverez mieux ailleurs!

 


Par Soizic Cadio

Où est Charlie? Au Hasenheide Park avec les Sameheads

Le meilleur remède contre la létargie déprimante du dimanche de lendemain de fête: un breakfast anglais au Parc Hasenheide organisé par les Sameheads. Nous y étions, comme peut-être les abonnés à notre newsletter qui ont reçu le flyer de la soirée… On sait désormais que le nom Sameheads rime avec bonne musique, looks hallucinants et atmosphère festive et on ne manquera plus une seule de leurs soirées, qu’elles aient lieu le soir ou l’après-midi, dans un parc, un Kebab ou un Kindergarten…

 


Aujourd’hui donc, c’était le parc, et le thème de la journée, “Où est Charlie”. L’enjeu était de trouver Charlie, ou Wally en Anglais, pour trouver la fête. On a donc sillonné le Hasenheide parc à vélo en cherchant l’origine de la musique et on a fini par la trouver. A défaut de breakfast, saucisse-lard au barbecue et bière, de quoi suffir au bonheur de la centaine de personnes qui ont gravité autour du dancefloor toute l’après-midi, vêtus de shorts de foot, de vêtements rayés rouge et blanc ou de costumes de chenille fait maison. La musique était parfaite (Emil doesnt drive, Bangkok Impact, Tutto Fatto…), les gens aussi. Un dimanche réussi.   


Pour vous mettre dans l’ambiance ou pour vous y replonger, cet extrait vidéo:

 


Par Soizic Cadio & Yann Faure

48 stunden Neukölln: Les nuits blanches n’ont qu’à bien se tenir…

Nous faisions référence dans notre article Berlin je ne t’aime plus à l’émergence de Neukölln comme quartier culturel et créatif de Berlin. Les 48 heures de Neukölln (48 stunden Neukölln) qui se tiennent jusqu’à demain étaient pour nous l’occasion de satisfaire notre curiosité et d’aller à la rencontre de ce quartier si décrié et si particulier.
Nous pensions dans un premier temps vous faire un compte-rendu post-évènementiel, mais la qualité de la manifestation et l’incroyable dynamisme de ce quartier nous oblige à un peu d’urgence rédactionnelle. S’il n’est pas trop tard à l’heure où vous lisez ces quelques lignes, enfourchez votre bicyclette ou sautez dans le premier U-bahn et allez voir:

- Une cave de ferme avec des souris blanches pendues sur des cordes à linge
- Une machine à écrire robotisée et connectée à Internet qui écrit toute seule
- Une ancienne poste reconvertie en centre d’art contemporain (avec un bar incroyable…)
- Un coin de trottoir sous bulle plastique jaune…
On arrêtera ici les énumérations, d’autant plus que le programme complet est disponible ici. Ce qui nous a surtout frappé dans cette manifestation, c’est le côté absolument naturel de toutes ces choses étranges, complètement intégrées dans le paysage urbain de Neukölln.


Par Soizic Cadio & Yann Faure

Berlin, je ne t’aime plus ?



“Jamie Lidell : Donne-moi une bonne raison de quitter Berlin pour Paris.
Gonzales : Ta petite amie vit ici… moi aussi. Ça t’en fait deux ! “*

Miss Kittin est rentrée à Paris, Gonzales s’y est installé, Ellen Allien y distribue sa toute nouvelle ligne de vêtement (chez Colette). À l’heure où Paris fascine et attire les amateurs d’électro branchée et fluo, les icônes de la nuit Berlinoise prennent le chemin de l’exil.
Miss Kittin ne s’en cache pas. Après des années au service de l’underground berlinois, la DJ star aspire à une vie plus tranquille en terre Parisienne : « À mon retour à Berlin, je me suis dit : « C’est fini. » J’avais tourné une page de ma vie. Mais j’ai eu un pincement au cœur en quittant la ville (…). Après avoir commencé dans les squats à Genève, à peindre les murs et travailler dans un bar, après avoir connu l’explosion à Berlin, tout ça… Aujourd’hui je me sens bien à Paris. J’ai une vie plus beauf **» déclare Miss Kittin aux journalistes de Trax.
Cette envie d’ailleurs et d’autre chose des pionniers de la scène musicale Berlinoise marque-t-elle la fin d’une époque ou s’il en est la petite mort de Berlin comme pôle musical européen ?  

Berlin, la ville laboratoire ne sait pas garder ses enfants stars. La capitale allemande est vite dépassée par trendy Paris Paris quand il s’agit de Star appeal…. Berlin est un laboratoire, une ville où les artistes vont et viennent pour mûrir leurs projets loin de la hype et du star-system.
Mocky, Peaches, Feist, Gonzales, Miss Kittin, Ellen Allien, ou Jamie Lidell y ont fait leurs classes avant de venir éclabousser l’Europe de leurs productions. Hier maîtres de l’underground Berlinois dans les clubs de Mitte et de Prenzlauer Berg, les artistes de la première vague sonore Berlinoise sont aujourd’hui icônes pop figées sur le papier glacé de la presse musicale grand public. Des noms devenus trop grands, trop brillants pour Berlin l’underground, Berlin la pauvre, Berlin la verte…

À l’heure des départs, la question de l’influence culturelle et musicale Berlinoise sur le reste de l’Europe est posée. L’aube des années 2000 avait vu l’explosion d’une scène Berlinoise nourrie par l’effervescence du gigantesque chantier culturel et festif des années 90. Après Manchester dans les années 80, c’était au tour de Berlin d’attirer les artistes des quatre coins du monde.
Une époque révolue ? « Oui ! » répondront les nostalgiques, « non ! » si l’on en juge par l’arrivée massive de jeunes étrangers et d’artistes venus chercher dans la capitale leur petit bout de rêve Berlinois.

À l’image du producteur prodige Shonky qui vient de poser ses valises à Berlin, nombreux sont les artistes émergents qui délaissent le stress des grandes capitales pour goûter à la nonchalance Berlinoise. Ce sont également de nouveaux lieux qui succèdent aux squats historiques condamnés à fermer leurs portes (Tacheles, Unkul) au nom du développement économique de la ville. Oubliez donc le très chic et pseudo alternatif Mitte, les boboïsés Prenzlauerberg et Kreuzberg 61, les décors de ce deuxième acte se nomment Kreuzberg 36, Friedrichshain (déjà en phase de «lattemachiatisation» si l’on en croit l’excellent article de Stéphanie Pichon paru sur le site du petit journal de Berlin) et Neukölln, qui pour le magazine Zitty: « rockt » comme jamais.
L’effervescence et le brassage culturels sont tels, que la presse Berlinoise s’internationalise en même temps que la population, on connaissait Exberliner, magazine anglophone sur Berlin, voici Bang Bang Berlin !, un fanzine qui du haut de son deuxième numéro se veut la voix anglo-germanophone de la culture underground Berlinoise.

« Berlin, Acte II », c’est maintenant !

* Entretien parut dans le magazine Tsugi n°07 avril 2008
** Interview dans TRAX février 2008 n°110


Par Yann Faure


Les Lapins Techno, Currywursters since 2007. Un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, les shops, Berlin.