Mai 08: J-1

Photographie par Thomas Toussaint

À Berlin, nous sommes bien loin des célébrations des 40 ans de Mai 1968. Nous avons lu avec plaisir le numéro spécial de Pilote, on s’est instruit sur les « jeunes » en lisant le dossier spécial du Nouvel Obs, ou « quarante ans après mai 68, la jeunesse d’aujourd’hui »… Mais l’ambiance n’y est pas. En contrepartie, on échappe aussi aux gesticulations de ceux qui veulent liquider un héritage qui n’est pas le leur et qui, a 13 ans déjà, rêvaient de rétablir l’ordre contre tous ces gauchistes qui cherchaient la plage sous les pavés.  

Mais on ne nous enlèvera pas le 1er mai. Demain, donc, les Lapins pointeront le bout de leur museau dans les rues de Kreuzberg pour aller renifler la bonne odeur de saucisse gauchiste. Ici, on est loin du traditionnel défilé des syndicats. L’heure est aussi à la manifestation, mais ce sont des punks et des anarchistes que l’on verra, entre autres, sous les banderoles. C’est donc souvent avec un léger frémissement, voire avec une lueur d’effroi au fond de l’œil que les Berlinois évoquent le 1er mai à venir, songeant immédiatement aux violents affrontements qui ont eu lieu certaines années entre policiers et manifestants. Tout en s’efforçant de se rassurer immédiatement : les choses ont changé, les manifestations du 1er mai ne virent plus au chaos (à part dans certaines rues, à certaines heures…). Il s’agit maintenant d’une grande fête populaire, avec bières, barbecue, spectacles de rue (ça, on se demande si c’est une bonne chose…) et concerts toute la journée et une bonne partie de la nuit.

On sait que ce sera festif, car en matière de fête, les Kreuzbergiens font bien les choses. On évitera seulement certaines rues à certaines heures et surtout, si on a envie d’un cheeseburger, on évitera soigneusement le Mac Do, on ira plutôt au Kreuzburger


Par Zou

Le Schwuz : Search and destroy

Un petit tour sur la galerie d’images du site du Schwuz et la perspective d’une nuit « Search and Destroy Queer Noises » dans le club gay de Kreuzberg 61 peut faire frémir. Station Meringdham, 2 minutes de marche et nous voici donc, de bonne heure et de bonne humeur face au Schwuz, prêts, impatients. La façade est des plus sobres et la baie vitrée laisse entrevoir un bar on ne peut plus classique avec serveurs et buveurs de pintes (on est déçus). Mais comme souvent à Berlin, c’est à la cave que ça se passe. Direction le fond du bar, la caisse, le physio, une porte, des marches : on y est. Première impression : c’est énorme, pas moins de trois salles avec autant de bars et de DJ. La sobriété de l’endroit s’affirme encore un peu plus, rien sur les murs, rien sur le sol, une cave une vraie. La déco se fera progressivement, sans forcer, alcools, sueurs, look délurés, et dancefloors bondés jusqu’au petit matin, on oublie vite les murs, on ne les voit plus. Au menu, du rock millésimé, des performances live et de l’électroclash dans la plus pure tradition Berlinoise… On est bien.
On s’en ira un peu plus tard, claqués et heureux, et l’on appréciera d’être arriver à l’heure des petits mickeys en regardant les clubbers du matin patienter en haut des marches. 

www.schwuz.de
Mehringdamm 61 / U7 & U6 Mehringdamm


Par Yan

« Berlin, pauvre mais sexy » Vs « Be Berlin »

Le 11 mars dernier, Berlin a changé de visage, ou plutôt d’image. De « Berlin. Arm aber sexy », le slogan de la ville s’est transformé en « Be Berlin ». Au lieu du programmatique Pauvre mais sexy, un laconique Sois Berlin.  

Pauvre mais sexy, un slogan qui allait si bien à la ville que personne ne songeait à lui en trouver un autre. A part le très actif et branché maire de Berlin, Klaus Wowereit qui, avec les autorités de la ville et le Sénat, a finalement estimé que ce slogan, c’était bien rigolo mais pas très sérieux. Le temps du marasme économique et de l’art pour l’art était révolu. Les 60 milliards de dettes et les 20 % de chômeurs appartenaient au passé. Il était temps d’offrir au monde une nouvelle image de Berlin, plus positive et susceptible de parler aux touristes autant qu’aux investisseurs. Soyez Berlin donc, vous tous. D’ici 2009, une campagne de promotion de 10 millions d’euros va être lancée à l’échelle locale, puis nationale et internationale pour promouvoir Berlin et son nouveau slogan. Des affiches et des flyers sont d’ors et déjà prêts à investir les rues et les trottoirs.

Pour trouver ces deux mots, un grand appel à proposition a été lancé auprès de près de 300 agences de publicité et de communication, avec le concours des principaux journaux et magazines berlinois, qui ont mis leurs lecteurs à contribution. Voyons un peu ce à quoi nous avons échappé :
« Bärlin zum KNUTschen »
« Ohne dich nur ein Stadt. Berlin », Sans toi, juste une ville, Berlin
« Hauptsache Berlin », L’essentiel, Berlin
« Berlin. Jeder bekommt eine zweite Chance », Tout le monde a une deuxième chance
« Ich war der Palast der Republik », J’étais le Palais de la République, en référence au bâtiment emblématique de la DDR qui a été démonté pour être remplacé par la reconstitution d’un château rococo, c’eut été très rigolo.
« Power ohne Mauer » , La puissance sans mur

Mais le plus créatif de tous dans cette recherche effrénée de slogans a sans doute été Zitty, magazine hebdomadaire et agenda culturel berlinois, toujours au fait de l’actualité et des dernières tendances locales. Voici quelques uns des slogans proposés par Zitty, qui ont le mérite d’être mordants, ironiques, voire cyniques, et de coller à la mentalité particulière de Berlin :

« Berlin. Stadt der Begegnung », ville de la rencontre, avec pour illustration le fameux baiser de Honecker et Brejnev sur le mur de Berlin ou encore une photo de policiers chargeant des manifestants.
Autre proposition : « Berlin. Wir können alles. Nur nix richtig ». Nous pouvons tout faire mais seulement à moitié. Pour illustrer cette idée, une photo de la nouvelle gare de Berlin, Hauptbahnhof, dont le magnifique toit en verre ne recouvre que la moitié des quais, faute d’argent pour couvrir la totalité.
Pour Zitty, le slogan de Berlin doit illustrer l’idée d’une ville d’oisifs urbains, une ville où les gens passent leur temps à refaire le monde aux terrasses des cafés avec leur Mac Book sur les genoux et une tasse de Late Macchiato à la main.

Mais finalement, on ne saurait mieux résumer l’atmosphère de Berlin que par son ancien slogan. Une ville grouillante d’idées et de créativité qui exerce sur toute l’Europe une attractivité sans égale mais où les entreprises n’investissent pas et où les gens n’ont pas de travail. Ce qui les pousse à aller boire des cafés et à être créatifs. Logique.

Nous on continue de penser que Berlin et pauvre et sexy, sans ça, on ne trouverait plus de fallafel à 2 €, de vendeurs de cafés ambulants, de gens qui font du bateau pneumatique sur la Spree, de clubs gratuits, de boutiques de créateurs extravagants, de friperies chic, de vélos à tous les coins de rue, de tables de Ping Pong sur le trottoir, de bars dans les jardins, de look improbables, de Flohmarkt sauvages…


Par Yan & Zou

Rencontre avec Patrick Suel, fondateur de la librairie Zadig à Berlin


En septembre 2003, Patrick Suel a crée Zadig, la librairie française de Berlin. Les Lapins techno sont allés le rencontrer il y a quelques semaines pour savoir comment c’est d’être libraire à Berlin, libraire francophone, libraire indépendant, libraire tout court.  

Pourquoi avoir choisi le nom de Zadig ?
Parce que Zadig comme Zorro, comme Voltaire et comme Zidane… Plus sérieusement, on voulait un nom qui incarne le classicisme et l’humanisme, et qui sonne Arabe. Simplement. Crûment. On voulait un nom qui sonne « Multikulti » comme on dit ici, multiculturel, pour ressembler à la France d’aujourd’hui. Quand on va à Paris, c’est beaucoup plus coloré, métissé qu’à Berlin par exemple. On a naturellement pensé à Voltaire parce que c’est un personnage récurrent qui a une certaine cote ici. Il y avait donc dans ce nom une accroche évidente, qui s’est imposée à nous.

Etiez-vous déjà libraire avant de créer Zadig ou avez-vous suivi une formation de libraire ?
Ni l’un ni l’autre. J’avais beaucoup d’amis dans la filière du livre et j’étais surtout public de librairies, j’ai beaucoup acheté de livres. Avant, j’avais fait de la philo. Et une formation n’est pas obligatoire pour monter une entreprise. Par définition, il faut avoir une idée. Notre idée était de créer une librairie francophone et, au bout de quatre ans d’existence, on peut dire qu’on y est parvenu. On a respecté ce titre programmatique en faisant le choix de la diversité et des francophonies au pluriel : les francophones d’Europe, les francophones Nord-africains, Africains, Québécois… Ce qui m’intéressait et me passionne encore, ce sont les îlots francophones des pays de l’Est, en Roumanie, en Pologne… L’équation était là : Berlin est une ville qui réunit l’Est et l’Ouest et Berlin représente un Orient pour les Français. Cet aspect oriental s’incarne dans le logo de Zadig. Et la boucle est bouclée.

Et pourquoi avoir choisi Berlin?
Je n’ai pas choisi Berlin, c’est Berlin qui m’a choisi. Berlin est un coup de cœur. Je n’ai pas ciblé une ville en fonction de mes projets. Comme pour beaucoup de Français ici, c’est Berlin la base de mon inspiration et de ma motivation. On n’était pas sûr que ça prendrait au début mais au bout de quatre ans, avec les contraintes, les difficultés qu’on a eues et le peu de gain - parce qu’un libraire ne gagne jamais de sous - on est à même de dire qu’on a fait quelque chose. Pour ça, on doit rendre hommage à Berlin, qui incarne le modèle culturel parfait pour une librairie. Berlin a été une bonne base pour renouveler les genres, parce qu’ici on était inattendus. On n’est pas seulement un comptoir du livre français basique, on a aussi un côté artistique, künstlerisch, un peu avant-garde, qu’on a cultivé au début mais qui prend très bien ici.

Vous parliez de contraintes et de difficultés. Est-ce que, en tant que libraire français à l’étranger et compte tenu de la spécificité de votre clientèle, vous ressentez la crise du marché de livre ?
Les libraires ne sont pas touchés par la crise du marché du livre, ou du moins ce ne sont pas eux qui en souffrent le plus. Il est vrai qu’il y a des librairies qui ferment à cause des phénomènes de concentration, et que les libraires ne gagnent peut-être pas autant qu’ils pourraient attendre, mais la crise vient de la surproduction. Je pense que les gens lisent mieux mais qu’on les inonde beaucoup trop. La crise du livre vient des 600 ou 700 nouveaux livres publiés chaque année pour la rentrée littéraire. Moi je me place sur le front des libraires indépendants. C’est un concept très français. Il s’agit de défendre la qualité et de savoir éponger la surproduction de certains éditeurs.

Justement, comment et sur quels critères opérez-vous cette sélection pour « éponger la surproduction » ?
Dans le métier de librairie, on parle de fonds, un peu comme un fond de sauce j’allais dire… Puis on fait monter en « gamme », à partir de ses intuitions de départ. On a aussi suivi certains clients à la trace sur leurs goûts, comme le ferait une librairie de quartier. Dès le départ, on a adopté cette démarche pragmatique et méthodique du commerce de proximité. Sauf que notre zone, c’est Berlin. Et je pense qu’on a collé assez facilement au goût d’ici.
Quand je parle de difficultés, c’est surtout la logistique : les facilités de paiement des éditeurs, le besoin de fluidifier le commerce du livre, de raccourcir les délais de livraison… Dès le début, on a voulu envoyer des signes aux clients, en établissant une grille de prix, en garantissant des délais, et on continue à se battre pour ça : des livres qui mettent quinze jours pour arriver de Paris, c’est inadmissible. C’est mon plus gros boulot de lobbyiste en France et dans l’Association Internationale des Libraires Francophones (AILF). Donc tout n’est pas satisfaisant, c’est clair, mais je pense qu’on est quand même parvenu à apporter un souffle d’air frais, à dépoussiérer le métier.

Vous aviez pensé à la librairie française des Galeries Lafayette avant de créer Zadig ?
Disons que j’ai compté sereinement avec. J’avais même compté avec la Romanische Buchhandlung près de la Savignyplatz, qui était un commerce de qualité mais qui était déjà en difficulté à l’époque. Je ne suis pas un fin stratège, j’ai fait ça avec le cœur, les tripes et l’opinion aussi. Je voulais tenter ma chance et j’ai compté avec ces deux concurrents là. Mais en même temps la conjoncture est bonne, on a fait notre place.

Entretenez-vous des liens particuliers avec les « institutions » Françaises de Berlin : Ambassade, Institut Français, Gazette de Berlin…
Oui, absolument. Je connais très bien le fondateur de la Gazette de Berlin, journal qu’on a vu naître. Dans le réseau institutionnel, on a de très bons rapports avec le Bureau du livre de l’Ambassade, avec l’Institut Français et la fondation Genshagen, une fondation franco-allemande datant de la chute du mur et qui a des programmes littéraires. Je n’ai pas de préjugés, je suis ouvert au développement de partenariats avec tous ceux qui travaillent sur la promotion des auteurs, des éditeurs. On a aussi tissé des liens avec des autorités francophones mais non françaises, la Belgique par exemple.

Pensez-vous avoir un rôle de conseil plus fort encore qu’un libraire classique, du fait de la spécificité de votre clientèle, qui souhaite sans doute maintenir un lien affectif et intellectuel fort avec son pays et être au courant de son actualité ?
Non je ne crois pas. Les Français ici sont très bien renseignés. La clientèle française a changé : elle est plus jeune, a moins de pouvoir d’achat, mais elle fait la navette entre Paris et Berlin grâce aux compagnies low cost et elle est très instruite et renseignée sur ce qui se passe en France. Les meilleurs acheteurs lisent au moins Le Monde des Livres, ce qui est déjà beaucoup. C’est le niveau culturel de Berlin qui est intéressant, et notre clientèle allemande est elle aussi très informée. D’après un comptage rigoureux que nous avons fait deux étés de suite, notre clientèle se compose à 50-50 de Français (ou francophones), et d’Allemands.
Ce que je cherche à faire, c’est avant tout trier, inventorier, tenter de guider les clients hors des sentiers battus et des idées reçues. Bien sûr, je garde un ton bien à moi, j’ai mes basiques et mes fondamentaux, on aime ou on n’aime pas…

Par exemple ?
Il y a plusieurs thèmes que j’affectionne, comme le paysagisme, l’architecture ou la jeune fiction francophone, mais je n’ai pas de credo unique auquel on pourrait me réduire. J’ai interrogé ma clientèle et j’ai parfois levé le pied sur certaines choses. On a moins aujourd’hui cette image élitiste ou tournée vers les jeunes auteurs branchés du moment. Ça nous a permis de lancer notre fonds et d’incarner une certaine nouveauté, mais on a très vite agrégé des classiques universels comme Boulgakov ou Faulkner…. On ne peut pas créer la librairie idéale dès le début, à moins d’être un gros investisseur avec des idées préconçues mais ça n’était pas ma démarche. Pour définir notre ton, on pourrait parler de subculture. Le terme « Underground », est tellement réducteur et galvaudé, surtout à Berlin et dans un quartier artistique comme celui-ci. Le mot élitiste me plaît encore moins. On peut dire exigeant et avant-garde. Dans ce domaine, le fonds qui plaît particulièrement à la clientèle allemande est tout ce qui touche à Marcel Duchamp, le dadaïsme, Guy Debord, le situationnisme… Le rayon de la pensée critique et des maîtres à penser du XXe siècle, à partir de Sartre et Camus, est très important chez nous et intéresse beaucoup la clientèle allemande. Voici quelques pistes pour résumer notre ton et notre action.

De quelles manières assurez-vous l’animation de votre librairie en tant que lieu culturel ?
On établit une programmation par semestre et selon l’actualité. J’ai toujours quatre ou cinq lectures en tête. J’ai maintenant pas mal de contact avec des auteurs qui vivent et travaillent ici, et il y en a de plus en plus. Je suis de plus en plus sollicité par des gens qui veulent faire des choses à Berlin, parce qu’ils y vivent ou parce qu’ils sont de passage. Je savais que dès que notre librairie connaîtrait un certain développement, cet aspect suivrait naturellement. Maintenant il faut trier, sélectionner. Par exemple, pendant la biennale d’art contemporain, on organise une exposition, chose que l’on n’a pas faite depuis deux ans. Il s’agit d’une exposition de l’artiste Corinne Laroche qui dans sa pratique du dessin sort des cadres convenus – elle se fait éditeur de cartes postales pour cet événement ! Je ne cherche pas à être animateur ou agitateur culturel, je n’ai pas envie d’être autre chose qu’un libraire. Je ne veux pas m’éparpiller et faire de l’événementiel pour l’événementiel et je n’ai pas envie de sortir de mon terrain d’action, qui est le livre, l’écrit. On m’a parfois sollicité pour mettre des choses sur les murs, j’ai souvent dit non. Mais cette fois, nous clôturerons l’exposition par une présentation de livres d’artistes, amis de l’artiste invitée ou bien auteurs de fascicules et ouvrages déjà présents dans la librairie. In fine, on retombe sur nos pattes.

Voudriez-vous nous faire partager votre dernier coup de cœur littéraire ?
Je m’intéresse de plus en plus aux auteurs du dadaïsme berlinois comme Raoul Hausmann et Richard Huelsenbeck, dont l’Almanach Dada a été réédité et publié aux Presses du Réel. Je m’intéresse beaucoup en ce moment aux années 20 à Berlin. Hélas, il y a très peu de traduction des auteurs de l’époque de la République de Weimar et je pense que nos chers éditeurs français feraient bien de revoir leurs domaines de traduction de la littérature allemande. C’est une époque passionnante sur laquelle il y a un manque, comme une impasse. On y vient peu à peu : Berlin Alexanderplatz de Döblin vient d’être retraduit chez Gallimard, Seul dans Berlin de Hans Fallada a crée un très fort engouement, aussi bien à Paris qu’à Berlin. Kurt Tucholsky par exemple, dont il n’y a plus aucun titre disponible à ce jour, n’est réédité qu’en cette fin d’année 2008 par l’excellent éditeur français Circé.

Cette époque me passionne car je pense que les années 20 avaient beaucoup de similitudes avec la nôtre. J’aime l’idée qu’une ville a des fondamentaux, une mémoire, une pérennité, et je crois que Berlin, tellement en vogue aujourd’hui, a toujours eu certaines de ces caractéristiques. La créativité de cette époque est méconnue parce que la tragédie nazie totalitaire, la double culpabilité allemande, le marasme qu’a vécu Berlin avec sa coupure en deux, ont occulté la vigueur de la scène artistique des années 20. Il y avait une vie la nuit, les cabarets, la danse, les théâtres… Le dadaïsme berlinois est très peu connu alors qu’il était extraordinairement avant-gardiste, de même qu’aujourd’hui beaucoup de choses tombent dans l’oubli, mais l’avant-garde c’est ça aussi. A mon humble avis, ce foisonnement et cette créativité étaient déjà là à l’époque.
J’aurai toujours un œil attentif sur la promotion des auteurs locaux, pour faire mon boulot d’acteur culturel français berlinois. C’est important de savoir pourquoi on est là. Berlin est une ville passionnante, il souffle ici un petit vent de folie et il y a un culte de l’avant-garde pour l’avant-garde, et tout ça a des sources.

Zadig, Linienstrasse 141
Du 26 avril au 10 mai, exposition “Le mur postal” de Corinne Laroche dans la librairie Zadig.

Par Zou

Du sex in the city : Sébastien Tellier à Berlin le 9 mai

Décidément, l’Europe musicale n’en finit plus de se faire. Après la deuxième édition de la nuit européenne des clubs le week-end dernier, c’est au tour de notre représentant national à l’Eurovision de faire la une de l’actualité culturelle Berlinoise. Sébastien Tellier sera en effet de passage à Berlin le 9 mai au club Cookies pour une interprétation live de son dernier album, Sexuality, paru chez Record Makers. Le label a montré un savoir-faire impressionnant dans le développement d’artistes, en témoigne la montée fulgurante des artistes Klub des Loosers, Kavinsky, et bien sûr Sébastien Tellier…

L’artiste déchaînait récemment les passions et les foudres des défenseurs fanatiques de la francophonie (on en parlait même sur RFI) car la chanson (Divine) que Sébastien Tellier interprétera pour l’Eurovision est en Anglais (pardon Molière). Bref, encore une preuve de l’étroitesse d’esprit de certains hommes politiques qui n’ont toujours pas conscience que la réputation de la culture française à l’étranger ne se fait pas exclusivement à grands coups de petit Larousse. Les mauvaises langues devraient plutôt jeter un œil au nombre impressionnant de visites de la page Myspace de Sébastien Tellier et s’entretenir un court instant avec nos voisins Britanniques et Allemands, encore sous le choc du maxi « Sexual Sportswear ».

L’album Sexuality, produit par Guy-Manuel de Homem-Christo (Daft Punk), est une petite perle, un album touchant, direct, moite et synthétique avec des gros morceaux de sexe eighties dedans. On attend avec impatience la performance live du virtuose, en attendant allez donc faire un tour sur sa page myspace.

myspace.com/telliersebastien


Par Yan

Photographie par Mareile Kabowski
www.mareilekabowski.de


Par Yan & Zou

Qui a peur du Grand méchant loup? Pas les Lapins…

« Qui a peur du Grand méchant loup ? C’est pas nous, c’est pas nous… » chantaient les trois petits cochons, après avoir compris qu’une maison en paille, c’est pas l’idéal. C’est aussi ce que chantent les enfants du projet Grand méchant loup quand ils partent à la découverte de Berlin, quand ils écrivent leur journal ou quand ils vont faire l’interview d’une personnalité célèbre. Même pas peur. 

Grand méchant loup, c’est une association crée il y a cinq ans par deux mamans, Christiane Baumann et Catherine Raoult, avec une petite vingtaine d’enfants franco-allemands habitant Berlin et âgés de 8 à 13 ans. Ce projet, à la fois scolaire et informel, ludique et pédagogique, mais surtout pas institutionnel, a plusieurs facettes, dont la base est un site internet. Ce site comprend un certain nombre de ressources et de matériaux réalisés par les enfants eux-mêmes, dont un journal billingue qui sort deux fois par an, sur papier et en ligne.

Les petits loups qui participent au projet sont de jeunes reporters qui (se) posent beaucoup de questions. Sur leur ville, Berlin, sur la France, l’Allemagne, ce qui rapproche et ce qui oppose, sur l’Europe et sur ceux qui la font. Ils ont déjà à leur actif un certain nombre d’interviews de personnalités, parmi lesquelles Simone Veil, Giscard d’Estaing, Klaus Wowereit le maire de Berlin, l’acteur Daniel Brühl, l’écrivain Marie Ndiaye, le gardien de but Jens Lehmann ou encore l’ancien chancelier Helmut Schmidt…

Depuis peu, les plus jeunes d’entre eux font comme les Lapins techno, ils partent à la découverte de Berlin avec leur petit sac-à-doc, leur stylo et leur appareil photo. http://berlingml.blogspot.com/

Bref, un projet intéressant et sympathique qui ne demande qu’à grandir en même temps que les enfants qui le font.

Le Grand méchant loup, c’est là : http://www.mechant-loup.schule.de/


Par Zou


Les Lapins Techno: un blog curieux et culturel sur Berlin, en Français... les bars, les clubs, les bons plans, de la musique, les expos, les shops, Berlin.