Photographie par Thomas Toussaint


Par Yan & Zou

Des livres et des cafés : Oranienstrasse

La Oranienstrasse est l’une des rues les plus sympathiques et animées de Kreuzberg. Entre les bars, les cafés, les boutiques de créateurs et les épiceries turques, on y trouve également un nombre impressionnant de librairies. On est loin du monopole de la librairie parisienne qui règne en maître sur les lecteurs de son quartier. Entre Kottbusser Tor et Görlitzer Bahnohf, pas de grande surface culturelle ni de Hugendubbel mais pas moins de quatre librairies. Chacune a ses caractéristiques propres, mais toutes se situent du même côté de la rue, comme s’il y avait un côté pour acheter des livres et un autre pour les lire devant un café.  

Oh * 21 (Oranienstr. 21)
Lorsqu’on arrive de Görlitzer Bahnof, la première librairie que l’on rencontre s’appelle Oh * 21. L’intérieur est assez sobre, les livres sont entreposés sur de hautes étagères métalliques, comme dans une sorte d’usine du livre. Des quatre librairies de la Oranienstrasse, celle-ci paraît être la plus spécialisée dans le domaine de la littérature « engagée », si présente dans l’histoire du quartier. Voici quelques-unes des rubriques que l’on peut y trouver: Fascismus, Anti-Fascismus, Vernichtung, Frauen, Ökologie, Kapital, Neue Recht… Le ton est donné. On y trouve également un rayon de littérature classique et de romans, mais l’on sent surtout dans cet endroit le souffle des thèmes qui ont façonné Kreuzberg depuis plusieurs décennies.

Modern Graphics (Oranienstr. 22)
La vitrine donne à elle seule l’envie de passer des heures dans cette boutique de BD et de Comics. Les amateurs de BD dilettantes seront comblés autant que les nerds collectionneurs de X-men introuvables. On y trouve un grand nombre de bandes dessinées, allemandes et étrangères, dont quelques-unes sont disponibles en version originale (Black Book, Calvin and Hobbes), la majorité étant traduite en allemand (Perspepolis, Donjon Parade). On y trouve également de nombreux livres d’art, de graphisme ou de design, des vieux comics pas chers et plein de petits objets rigolos et régressifs. Modern Graphics est une sympathique boutique tout en longueur où il y a toujours du monde.

NGBK (Oranienstr. 25)
NGBK est à la fois une librairie est une galerie d’art contemporain. La librairie en elle-même est spacieuse et très complète. On y trouve notamment une importante sélection de revues et de magazines spécialisés sur de nombreux thèmes ainsi qu’une multitude de livres sur Berlin. Outre les habituels guides et cartes de Berlin, NGBK présente à peu près tous les ouvrages disponibles sur la ville : art, politique, histoire, romans…D’immenses rayonnages de romans, de livres d’art ou de cuisine, font de cette librairie l’une des plus intéressantes de Berlin.
La galerie mérite également le détour. L’exposition actuelle présente certaines pièces très intéressantes, notamment en photo et en vidéo. À l’entrée de la galerie, dans une petite pièce sombre, des vidéos de chorales filmées dans différentes villes (Hambourg, Singapour, Los Angeles, Saint-Pétersbourg…) passent en boucle toute la journée. Ces chorales sont le fruit d’ateliers ouverts dans ces villes durant plusieurs mois et ouverts à tous ceux qui le souhaitaient. Dans ces ateliers de « complaintes », les participants ont été chargés d’écrire des paroles en se plaignant de leur ville avec humour, le tout ensuite mis en musique sur des airs d’opérette.

Antiquariat Kaligramm (Oranienstr. 28)
La dernière librairie de la Oranienstrasse est en fait un petit bouquiniste où l’on trouve – logiquement – de nombreux livres d’occasion, et curieusement de nombreux ouvrages de philosophes ou de sociologues français, en allemand dans le texte, bien sûr.


Par Zou

Bloc-notes…


photographie par Les Lapins Techno


Par Zou

Berlin, métropole culturelle, Boris Grésillon

Lorsque l’on commence à effectuer quelques recherches sur Berlin, son histoire, sa culture, sa géographie, on a de fortes chances de tomber sur l’ouvrage de Boris Grésillon, Berlin, métropole culturelle, qui semble faire figure d’étude incontournable. On a rarement lu une thèse aussi intéressante sur cette ville qui se cherche encore une identité et une définition. 
Boris Grésillon a tenté d’établir, à travers cette étude, une géographie culturelle de la ville. Quand on connaît Berlin, on pense immédiatement que l’angle d’approche le plus pertinent à une étude de la ville passe en effet par une cartographie de son paysage culturel. L’histoire est un premier passage obligé. La culture vient immédiatement après et en est indissociable. Berlin se définit avant tout par son statut de métropole culturelle, qui en fait sur ce point une ville plus attractive encore que Londres ou Paris. On inclut dans ce statut, sans établir de distinction consciente, la culture officielle (musées, théâtres, opéras…) qui marque le paysage berlinois par ses institutions, et la culture alternative qui contribue autant que la première à la réputation de Berlin. Boris Grésillon, lui, établit clairement la distinction entre ces deux formes de culture, entre culture « off » et culture « in ». Il semble que cette dualité permette d’appréhender la ville d’un œil neuf et de mettre à jour une perception plus ou moins consciente.  

Son étude passe par tous les rappels historiques nécessaires à la compréhension de la ville. L’âge d’or des années 1920 et de la République de Weimar (Fritz Lang, Georg Grosz, Berthold Brecht, le Bauhaus…), la « Germania » du IIIème Reich, la ville occupée par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale puis divisée par le mur, la vitrine occidentale du socialisme et la vitrine orientale du capitalisme, la réunification, le retour des institutions, le « chantier » … Cette trame historique est constitutive d’une trame urbaine riche en « lieux de mémoire » mais, paradoxalement, empêche la ville de se figer, de se complaire dans un passé muséifié. Tant de passés doivent cohabiter que cela crée une dynamique absente à Paris ou à Londres. Mais revenons à ce statut de métropole culturelle cher à Boris Grésillon. Malgré un chômage élevé, malgré les difficultés économiques, malgré la position excentrée de Berlin par rapport à la banane bleue, la ville exerce depuis plusieurs années une force d’attraction incomparable sur l’Europe et au-delà. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le parcours d’artistes, de musiciens, de peintres Français pour s’en rendre compte. La petite phrase « vit et travaille à Berlin » est devenue une ritournelle familière. Entre 2003 et 2007, le nombre de Français à Berlin serait passé de 9 000 à 17 000. L’attrait semble aussi fort sur les Anglo-Saxons et les Européens de l’Est, Polonais, Roumains ou Russes. On peut avancer sans trop de risque que la richesse culturelle de Berlin constitue l’une des principales sources de cette attraction pour l’avoir nous-mêmes subie.

La ville de Berlin investit beaucoup dans la culture, particulièrement dans es lieux de la culture officielle, dite culture « in », et l’Etat fédéral se soucie également de plus en plus de son développement culturel (450 millions d’€ en 2003). Boris Grésillon dénombre dans son étude ces lieux de la culture in : 3 opéras, 8 orchestres symphoniques, 120 théâtres, 350 musées et galeries… Il met aussi des noms sur cette fameuse culture : Frank Castorf, Claus Peymann, Daniel Barenboïm, Thomas Ostermeier… C’est, selon lui, cette culture de capitale qui permet à Berlin de tire son épingle du jeu du marasme économique. Car la culture rapporte à Berlin, elle n’est pas un supplément d’âme mais un véritable poumon. Elle emploierait plus de 50 000 personnes et le tourisme culturel rapporterait à la ville plus d’1,5 milliards d’euros chaque année.
L’autre facette de cette richesse culturelle est celle que Boris Grésillon nomme fort justement la culture « off ». Celle qui fascine et confère à la ville son air de mystère et de liberté. La culture off est plus alternative, plus difficile à repérer, plus secrète. Établie dans des cours, des quats, des bâtiments industriels à l’abandon, elle fait la vitalité e Berlin et structure elle aussi sa géographie. Elle a établi ses quartiers à Prenzlauer Berg, Kreuzberg ou Friedrichshain.

On ne vous en dira pas plus sur cet ouvrage à lire impérativement si vous voulez en savoir plus sur Berlin que ce qu’en disent les guides touristiques. Voilà une étude complète, intéressante et poussée sur Berlin, en Français, détail non négligeable…


Par Zou

Kreuzberg Museum : « Schade das Beton nicht brennt »

Il n’est pas très difficile de deviner que Kreuzberg est de loin notre quartier préféré. C’est un quartier fourmillant, attachant, vivant, qui s’affirme depuis plusieurs années comme un quartier à la mode, tout en restant populaire et accessible. À l’image de la ville entière, Kreuzberg recèle d’une multitude d’ambiances très différentes d’une rue à l’autre. Peu de points communs par exemple entre les après-midi paisibles de Kreuzberg 61 (Bergmannstrasse, Viktoria Park…) et les nuits agitées de Kreuzberg 36 (Oranienstrasse, le SO36…).
L’histoire de Kreuzberg 36 est si particulière qu’un petit musée lui est consacré. Situé à proximité de Kottbusser Tor, le musée de Kreuzberg est assez modeste mais fourmille de petits trésors. Situé au 2ème étage d’un étrange bâtiment, il se compose d’une seule pièce où les informations sont extrêmement condensées. On y trouve l’histoire du quartier des années 60 à aujourd’hui, avec une insistance toute particulière sur l’agitation sociale des années 80. C’est donc un musée très local, une sorte de musée du béton. D’abord l’infrastructure, l’architecture, et ses multiples évolutions. Ensuite, les gens qui y vivent et s’y accommodent.
Le premier intérêt de ce musée est la reconstitution du quartier en maquettes très précises, où chaque façade, chaque square, chaque boutique est représenté. Sous les maquettes, on trouve de curieuses jumelles dans lesquelles on aperçoit une photo en 3D d’un commerçant ou d’un habitant de Kreuzberg, dans sa boutique ou dans son appartement. Ces petits personnages figés dans les jumelles ont l’air étrangement vivants dans leur petite pièce en 3D.
Sur les murs, tout autour de la pièce, une longue frise chronologique reprend l’histoire du quartier grâce à des textes et des photos. Mieux vaut parler allemand si l’on veut saisir pleinement la dynamique de Kreuzberg. On y apprend que l’histoire du quartier, resté longtemps à la marge de la ville, a été très mouvementée. Situé à l’ouest du mur mais à l’est de la ville, le destin de Kreuzberg à l’époque du mur a été des plus singuliers. Dans les années 60 a été mise en œuvre une importante politique urbaine appelée « Sanierung », soit rénovation. Ce plan devait s’accompagner de destructions et de reconstructions d’immeubles et d’appartements pour leur donner un format standard, ce qui devait passer par de nombreuses expulsions et délogements. L’histoire de quartier est également étroitement liée à la communauté turque, largement concentrée à Kreuzberg dès les premières vagues de migration. Durant la période de « Sanierung », la communauté de Kreuzberg s’est animée, s’est révoltée, s’est unie contre. Scandalisée par les expulsions et les spéculations immobilières, elle a mis en place de nombreuses associations et réunions de quartier pour organiser la résistance par des actions spectaculaires comme l’occupation illégale de logements vides.
Enfin, confortablement installé dans un canapé, on peut achever sa visite en visionnant de courtes vidéos sur des thèmes qui ont fait l’histoire et la vie de Kreuzberg : la constitution du club mythique SO36, les manifestations, les émeutes urbaines et la répression policière, la communauté turque… On peut également y voir un film dont le titre pourrait être celui du musée : « Schade das Beton nicht Brennt ». Dommage que le béton ne brûle pas.  

Kreuzberg Museum
U1 U8 Kottbusser Tor
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h
Entrée gratuite


Par Zou

Bloc-notes…


photographie par Les Lapins Techno


Par Yan & Zou

Cupcake

Le seuil du Cupcake à peine franchi que nous voilà instantanément transportés au pays d’Alice et des merveilles. Avec la même impression diffuse de malaise et de bien-être à la fois. C’était en sortant du Flohmarkt de Mauerpark transis et saturés de monde, d’objets inutiles et d’odeur de saucisses. Nous sommes passés devant cette vitrine, l’œil attiré par tant de rose. Dans la vitrine de droite, une minuscule boutique. Au milieu, un petit escalier qui descend et la porte d’entrée, qui donne directement sur une impressionnante vitrine de cupcakes et de magnifiques muffins de toutes les couleurs. Roses, pistaches, sucrés, crémeux, ces gâteaux semblaient presque faux et toxiques à force d’être mignons et appétissants. Nous prendrons donc un thé et un de ces délicieux Cupcakes fluos pour jouer à la dînette, en nous demandans si ceux que l’on a choisis vont nous transformer en géants ou nous faire rapetisser.
L’ambiance à l’intérieur est très maison de poupées : napperons en crochet accrochés aux murs, tasses de toutes les couleurs, petites chaises roses et bancs en bois blanc, flacons de parfum dans les toilettes, des fleurs, des carreaux, du pastel… Un rêve de petite fille. Un peu émerveillés, on a bu sagement notre thé sans fumer, mangé proprement notre muffin sans faire de miettes, le tout sans parler trop fort et sans bouger pour ne pas faire tomber une jolie babiole. Le café Cupcake reste un endroit à découvrir, en particulier le dimanche à l’heure du thé. L’ambiance et le soin apporté à chaque détail valent qu’on s’y arrête pour fêter son non-anniversaire.  

Zionskirchstrasse 36, Penzlauer Berg  

Il existe un autre Cupcake à Friedrichshain: Krossener Strasse 12  

 


Par Zou


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